par Joest Jonathan Ouaknine

Brève rencontre: Spider Renault Sport

Question: si vous comptiez sortir un Spider ultra-sportif et que vous aviez les labels Alpine, Gordini et Williams, quel nom lui donneriez vous?

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Renault a répondu "Renault Sport" à cette question. Il ne faut pas chercher plus loin la mévente (et depuis, le relatif oubli) d'une voiture pourtant pleine de qualités, mais qui ne savait pas qui elle était.

Sans remonter jusqu'à la Floride, la dynastie des spiders de Renault débute au salon de Paris 1990. Officielement, Patrick Le Quément avait juste demandé à son équipe de dessiner la "voiture de leurs rêves". Elle fut équipé d'un 2l turbo de R21 (en position centrale) et baptisée "Laguna" afin de tester l'appelation. On sait aujourd'hui, qu'elle aurait du préfigurer une future Alpine, mais Renault avait imposé un prix de vente maxi de 200 000frs et Dieppe le dépasse largement. La très belle Laguna bleue restera donc un prototype.

Autre occasion manquée, l'Argos (la Clio II aurait du s'appeler ainsi) du salon de Genève 1994, construite sur base Twingo et inspirée librement de la Voisin "Laboratoire".

D'après la légende, en octobre 1992, le soir du grand prix d'Australie, Christian Contzen (PDG de Renault Sport) était soucieux: Renault est champion du monde de F1, mais aucun véhicule de la gamme ne capitalise sur ce titre. L'Alpine n'a aucun lien avec le programme F1 (la faute à qui?) et Contzen songe à une voiture "Renault Sport".

Au printemps 1993, il contacte Patrick Le Quément et lui demande de créer un Spider 2 places. Elle est basée sur un châssis en aluminium, qui sera construit chez Fior Concept, à Nogaro. Un an et demi plus tard, un prototype quasi-définitif est présenté au salon de Genève 1995.

En janvier 1996, les premiers Spider Renault Sport de série sortent... Sans pare-brise, ni capote. Ils sont fabriqués à Dieppe, ce qui signifie l'arrêt de mort de l'Alpine A610 (donc d'Alpine.) Les fans devront se satisfaire des freins d'A610 et d'un avant vaguement inspiré par l'A110. La plupart des journalistes sont emballés. Seul Automobiles Classiques trouve que le 2l "F7R 710" 150ch empruntés à la Clio Williams et au Coupé Mégane est trop juste.

En revanche, tout le monde est d'accord sur le fait qu'il lui manque un vrai badge. Dans un sondage, Renault a découvert que le taux de notoriété d'Alpine n'est que de 20% et Gordini de 8%. Donc pour maximiser le succès du Spider, il faut le vendre sous la marque Renault (sauf qu'évidemment le Spider s'adresse aux 20% de connaisseurs.)

A 195 000frs, le Spider est 20 000frs plus cher qu'une Caterham ou une Lotus Elise, mais à peine moins cher qu'une Alfa Romeo Spider nettement moins dépouillée. En 1997, une version "pare-brise" est enfin proposée.

Le Spider n'a jamais su qui il ciblait. Son badge Renault rebutait les fans de voitures extrêmes, alors que le lien avec le reste de la gamme était ténu; pour le quidam, elle est trop spartiate. Du coup, au lieu des 4 exemplaires quotidiens, seuls 1730 voitures furent produites entre 1996 et 1999. Son châssis en aluminium aurait du être réutilisé sur d'autres véhicules, mais seul le prototype Fifties de 1996 (qui évoquait maladroitement les 50 ans de la 4cv) en a bénéficié.

Dés 1996, une coupe monotype fut lancée. L'Eurocup se produisait en levée de rideau des grand prix de F1 (les Anglais eurent le droit à une coupe nationale.) Le Spider "coupe" reçoit un arceau-cage et un moteur poussé à 200ch. Il y en aura trois éditions, avant qu'elles ne laissent leurs places aux Clio V6.

Fior récupérera des Spider et créera en 1999 son "Fior F99", qui courra en Chine au sein d'une formule monotype.

En 1994-1995, la petite équipe Legeay Sport a tenté d'engager une A610 au Mans. L'un des partenaires, Jean-Luc Roy, ayant eu vent du Spider, il contact Contzen afin d'en obtenir un châssis, qu'il modifiera pour l'engager en GT1. Il le recevra en novembre 1995 et en avril 1996, Roy présente fièrement son Spider (devenu un coupé) à moteur Safrane Biturbo (poussé à 550ch.)

Roy et Legeay iront de déception en déception. La Spider V6 tentera de se qualifier au Mans 3 années de suite, sans succès. En 1998, les officiels l'exclueront car la voiture fut modifiée entre les essais et la course. Roy tentera de la produire en série, avec l'aide de Fior: ce sera la Helem (LM, Le Mans), qui fera long feu.

Suite au bide commercial du Spider, Renault décide de ne pas lui donner de successeur. Un "Spider MK2" fut pourtant créé. Racheté par Pastore, devenue propriétaire de Venturi, il devint la Venturi Fetish.

Depuis, Renault a présenté d'autres prototypes de Spider. La Wind fut présentée au salon de Genève 2004. C'est un concept-car "réaliste" et l'année suivante, lorsque Carlos Ghosn prend les commandes de Renault, d'aucuns s'imaginent que la Wind sera produite en produite en série. Au grand dam des fans, ce ne fut pas le cas. Pourtant, autant le Spider Renault Sport n'obéissait à aucune logique, autant la Wind aurait largement trouvée sa place.

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