par Nicolas Anderbegani

F1 2021 : vers une boîte de vitesses standardisée

Leit-motiv des instances dirigeantes, la réduction des coûts est aussi un sujet tabou et potentiellement explosif dans les négociations avec les constructeurs, alors que l'avenir de la F1 se joue maintenant.

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Budgets capés, simplification des moteurs : pour l'instant, la FIA a fait chou blanc dans sa volonté de revoir les bases de la règlementation globale de la F1 avec les constructeurs. Les choses pourraient cependant évoluer avec cet appel d'offres lancé par la FIA pour trouver un fournisseur commun de boîte de vitesses à partir de 2021.

Qui emboîtera le pas ?

« Le but du fournisseur unique est de maintenir les performances actuelles pour les changements de rapports, à un coût bien plus faible pour les concurrents, tout en mettant fin à la nécessité des équipes de concevoir ou de trouver le fournisseur pour une boîte de vitesses » précise l'appel d'offres de la FIA. La fédération précise que les boîtes de vitesses pourront disputer plusieurs saisons, « ce qui mettra fin au besoin d'un développement continu. » Toutefois, « le boîtier externe de la transmission restera spécifique aux écuries, c’est-à-dire que chaque concurrent devra concevoir et produire le sien, et ce afin de permettre aux écuries de conserver une liberté de dessin au niveau de la suspension et des surfaces aérodynamiques de la boîte de vitesses ». La FIA précise que cette boîte, semblable aux modèles actuels, sera limitée à 7 rapports et qu'elle devra supporter une puissance accrue du MGU-K (système de récupération d'énergie cinétique) d'environ 30 Kw. Le fabricant devra en assurer la production, la livraison et la maintenance, au moins jusqu'en 2024.

Le célèbre fabricant anglais X-Trac est sur les rangs pour remporter l'offre mais une des équipes F1 pourrait postuler pour fournir l'ensemble du plateau. Actuellement, c'est déjà le cas pour McLaren qui fournit l'ECU. L'appel d'offres est également clair quant au fait que le fournisseur vainqueur devra travailler avec les équipes sur le design. "La boîte de vitesses devra être dessinée avec le concours de tous les concurrents et les fournisseurs d'unités de puissance pour garantir qu'elle puisse fonctionner aussi bien que possible dans toutes les voitures, et tous les efforts nécessaires doivent être faits pour satisfaire un maximum d'exigences des concurrents et des fournisseurs d'unités de puissance."

Boîte à malices

En effet, le développement des boîtes de vitesses s'avère très coûteux pour gagner en poids, en compacité. Cela contribue à la course aux armements entre les équipes car son impact sur l'aérodynamique et l'équilibre de la voiture est considérable. Ce n'est pas un hasard si des équipes comme Haas et Alfa Romeo ont préféré acheter un "pack" complet à Ferrari moteur+boîte pour gagner sur les coûts de production et de développement internes.

Justement, cette standardisation voulue par la FIA a sans doute pour objectif de contrer le système de partage de technologies qui s'est renforcé entre les équipes-fournisseurs et leurs clients, à l'instar de RedBull/Toro Rosso ou de Ferrari et Haas/Alfa Romeo: par exemple, l'écurie américaine achète à Ferrari non seulement son ensemble moteur-boîte mais aussi ses suspensions, dont le dessin découle évidemment de la boîte de vitesses. Ce partenariat très poussé a  souvent fait réagir vivement d'autres équipes (Renault et Force India pour ne pas les nommer) qui étaient très critiques et tiraient la sonnette d'alarme contre la prolifération des "voitures bis" des top-teams. Avec cette boîte commune, la vente de trains arrières complets à des équipes affiliées sera plus difficile et représentera un manque à gagner pour les grosses écuries.

La date butoir de l'appel est fixée au 15 mars, un délai donc très court. La FIA semble vouloir reprendre la main alors que les négociations pour le règlement 2021 sont un peu au point mort. Renault indiquait ces derniers jours être assez anxieux face au manque d'avancées des discussions sur la future législation.

L'avis de leblogauto.com

La standardisation n'est pas dans l'ADN de la F1 (quoique, 90% du plateau roulait en V8 Cosworth dans les années 70...) mais face aux contraintes budgétaires et au risque permanent de course aux armements, il faut légiférer. Des questions demeurent : est-ce la première étape vers une standardisation plus poussée de la F1, avec le risque de faire fuir à terme une équipe comme Ferrari ? Est-ce plutôt un aveu d'échec pour la FIA qui, faute d'avoir pu faire évoluer sensiblement la règlementation moteur, se reporte sur la boîte de vitesse par défaut ? Doit-on y voir une manœuvre visant à contrecarrer la mainmise technologique des top-teams sur le reste du plateau ?

Pour résumer

Leit-motiv des instances dirigeantes, la réduction des coûts est aussi un sujet tabou et potentiellement explosif dans les négociations avec les constructeurs, alors que l'avenir de la F1 se joue maintenant.

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