par Nicolas Anderbegani

25 ans déjà : Roland Ratzenberger, la mort dans l'ombre

Contraste saisissant : le 7 mai 1994, l'autrichien Roland Ratzenberger, décédé le 30 avril aux qualifications du grand prix de San Marin, est enterré en présence de ses proches et de quelques pilotes, loin des caméras. 3 jours plus tôt, Ayrton Senna, décédé le 1er mai, recevait des obsèques nationales au Brésil dignes d'un chef d'état.La coïncidence des décès est ainsi faite que la disparition de l'un peut être totalement oblitérée par celle d'un autre, plus connu ou plus adulé. Ainsi, le décès de la célèbre actrice Farrah Fawcett passa presque inaperçu, survenant le même jour que celui de Michael Jackson, le 25 juin 2009.

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Roland Ratzenberger faisait partie des "forçats" du fond de grille, ceux qui roulaient en queue de peloton, loin des caméras et de la gloire du podium. Il avait débuté tardivement en F1, à 34 ans, là où la plupart des autres ont déjà bien entamé leur carrière voire s'apprêtent à raccrocher. Cette course contre le temps, elle avait commencé par un mensonge sur son âge. Ratzenberger se rajeunissait de deux ans, déclarant être né en 1962, pour attirer davantage sponsors et patrons d'équipe en quête de jeunisme.

Ratzenberger se fait un nom en 1986, en remportant le fameux Formule Ford Estival, l'épreuve de référence de la discipline en Europe. Il court par la suite en Angleterre (Formule 3, BTCC, F3000 britannique) et même dans le championnat du monde de supertourisme sur BMW M3, avec quelques places d'honneur mais rien qui ne permette d'attirer le regard sur lui. Au début des années 90, Ratzenberger fait même une pige en CART puis s'exile au Japon. Il se démarque par son éclectisme, pilotant aussi bien en Formula Nippon qu'en Tourisme et Sport-Prototypes. Il remporte d'ailleurs une course d'Endurance avec Toyota et termine 5e des 24 heures du Mans 1993. Des résultats qui lui permettent d'obtenir des appuis financiers, lui qui s'est fait tout seul sans la moindre facilité.

Passé tout près d'un volant en F1 dès 1991 chez Jordan, projet avorté en raison d'un manque de sponsors, Roland décroche enfin le Graal en 1994, en étant embauché pour 5 courses au sein de la nouvelle équipe Simtek, fondée par l'ingénieur Nick Wirth. Pour l'autrichien, déjà âgé de 34 ans, c'est la récompense après de longs efforts et beaucoup d'abnégation. La Simtek n'est pas un foudre de guerre et il échoue à se qualifier au Brésil, puisqu'à l'époque, 14 équipes sont engagées, soit 28 voitures pour 26 places sur la grille. Les Simtek se battent avec les Pacific de Gachot et Belmondo pour éviter l'humiliante non-qualification. Au grand prix du Pacifique d'Aïda, sur une piste qu'il connaît, Ratzenberger parvient à se qualifier et termine 11e de la course.

Arrive donc Imola, ce funeste 30 mai 1994. 13h20. Pour se mettre à l'abri d'une non-qualification, l'autrichien est à l'attaque. Le tour précédent le drame, il est sorti de la piste et a visiblement endommagé son aileron avant. Mais bien décidé à améliorer son temps, il ne rentre pas aux stands et repart pour un nouveau tour. Au bout de la ligne droite précédant le virage Villeneuve, l'aileron avant se détache subitement, au pire moment, juste avant de braquer. La voiture est incontrôlable, Ratzenberger ne peut rien faire et fonce à plus de 315 Km/h dans le mur. Le choc, terrible, inflige des lésions cérébrales irréversibles. Même la coque a été transpercée sous la violence de l'impact. Et les images de l'épave disloquée, avec la tête de Ratzenberger penchée sur le côté, dodelinant tel un pantin désarticulé, ne laissèrent que peu de doutes sur l'issue. Roland courait pour rattraper le temps, encore et encore...

La suite, on la connait. Décédé en réalité peu après le choc comme le révéla l'autopsie (l'impact a provoqué une fracture à la base du crâne), Ratzenberger est déclaré mort d'un arrêt cardiaque à l’hôpital de Bologne vers 16 heures, un mensonge éhonté qui évite une potentielle mise sous scellés du circuit pour enquête, ce qui aurait évidemment entrainé l'annulation de la course et fortement contrarié le show-business de la F1. Show must go on...

Au briefing des pilotes du 1er mai, dans une ambiance pesante, décision est prise de reformer le syndicat des pilotes, le GPDA, afin de peser sur les indispensables améliorations de sécurité qu'imposent le drame du samedi. Ayrton Senna, terriblement choqué par la mort de Ratzenberger qu'il a vécu en direct, tergiverse: doit-il courir ou non ? En professionnel, il courra finalement ce maudit 1er mai, en embarquant dans son cockpit un drapeau autrichien, qu'il souhaite déployer en cas de victoire. La grande faucheuse, décidément pas rassasiée, ne lui en donnera pas l'occasion...

Le président de la FIA, Max Mosley, pris dans la tourmente et accusé, au même titre que Ecclestone, d'avoir négligé la sécurité au profit du spectacle, se rendra à l'enterrement de Ratzenberger. "Roland a été oublié, je viens à son enterrement car tout le monde va à celui de Senna". Quelques pilotes furent présents, dont ses compatriotes Gerhard Berger et Karl Wendlinger, ce dernier échappant de peu à la mort quelques semaines plus tard à Monaco. Et si le virage maudit de Tamburello accueille aujourd'hui une stèle en hommage au champion brésilien, il n'y a rien dans le virage Villeneuve.

Pour résumer

Contraste saisissant : le 7 mai 1994, l'autrichien Roland Ratzenberger, décédé le 30 avril aux qualifications du grand prix de San Marin, est enterré en présence de ses proches et de quelques pilotes, loin des caméras. 3 jours plus tôt, Ayrton Senna, décédé le 1er mai, recevait des obsèques nationales au Brésil dignes d'un chef d'état.La coïncidence des décès est ainsi faite que la disparition de l'un peut être totalement oblitérée par celle d'un autre, plus connu ou plus adulé. Ainsi, le décès de la célèbre actrice Farrah Fawcett passa presque inaperçu, survenant le même jour que celui de Michael Jackson, le 25 juin 2009.

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