par Joest Jonathan Ouaknine

Arrêt aux stands pour Mark Webber

Le soir du 19 novembre, à l'issue des 6 heures de Bahrein, Mark Webber deviendra porte-parole de Porsche. Aux côtés de Walter Röhrl, il écumera les opérations de promotions. En creux, l'annonce de cette nomination signifie la retraite sportive de l'Australien. Trois ans après son retrait de la F1.

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Le soir du 19 novembre, à l'issue des 6 heures de Bahrein, Mark Webber deviendra porte-parole de Porsche. Aux côtés de Walter Röhrl, il écumera les opérations de promotions. En creux, l'annonce de cette nomination signifie la retraite sportive de l'Australien. Trois ans après son retrait de la F1.

Les mauvaises langues disent que les pilotes Australiens ont souvent un début de carrière laborieux. Jack Brabham et Alan Jones ont percé sur le tard en F1. Quant à Mark Webber, il doit patienter huit ans avant d'accéder à la F1.

Sa carrière débute en 1994, alors qu'il a 18 ans, dans le championnat australien de Formule Ford. L'année suivante, il redouble et s'invite au Formula Ford Festival de Brands Hatch, qu'il termine 3e (alors qu'il découvre la piste.) En 1996, il "monte" en Grande-Bretagne et termine vice-champion de FF. Surtout, il remporte le Formula Ford Festival. Dans le paddock, il croise Norbert Haug (alors patron de la compétition chez Mercedes.) Il repart avec sa carte de visite.

En 1997, les poches trouées, il termine 4e du British F3. Il appelle Haug, qui se souvient de lui et lui propose un baquet en GT-FIA. L'équipe est issue du DTM et nombre d'équipiers de l'Australien pourraient être son père... Webber hérite d'un rôle ingrat : il débute la course aux côtés de Bernd Schneider, mais lorsqu'une autre Mercedes est devant, l'Allemand change de voiture ! En parallèle, le bizut doit assurer les opérations presse et emmener les VIP pour des tours de manège.

En fin de saison, les GT1 sont chassées du GT-FIA. Le programme de Mercedes 1998 se limite aux 24 heures du Mans. D'après la légende, le marketing aurait exigé au dernier moment que l'on rajoute une calandre étoilée sur la CLR. L'appendice déséquilibre la voiture et comme d'autres, l'Australien effectue un joli soleil dans la Sarthe.

Webber retrouve la monoplace... Et les galères. En 2000, son compatriote Paul Stoddart l'embauche en F3000. L'Australien est d'autant plus enthousiaste que l'équipe, European, est partenaire de l'écurie Arrows. Mais il déchante vite. Eternel filou, Tom Walkinshaw ne lui propose qu'un unique test, avec une F1 bonne pour le musée. En 2001, il redouble chez Super Nova. Flavio Briatore lui propose un poste d'essayeur chez Benetton. La condition sine qua none, c'est que l'Italien devienne son manager ; il accepte.

A l'hiver 2001-2002, Stoddart rachète Minardi, dans laquelle il injecte sa structure F3000. Webber est disponible, pas cher, il a déjà roulé en F1, il connait European et en plus, il est Australien ! Le casting est donc vite fait. La saison débute en Australie. Pour ses débuts -qui plus est à domicile-, Webber profite des malheurs des leaders pour terminer 5e. La joie est telle que Stoddart et Webber s'invitent sur le podium (une fois la cérémonie terminée.) Stoddart tire ses revenus du leasing d'avions de ligne. Or, suite au 11 septembre, le transport aérien est morose et les avions d'European restent cloués au sol. Donc plus d'argent pour Minardi.

A l'été 2002, Jaguar cherche déjà un pilote pour 2003. Alex Wurz et Franck Montagny tiennent la corde, mais Briatore manœuvre. Webber effectue un test, malgré son contrat avec Minardi, puis il décroche la timbale (NDLA : alors que Montagny est également managé par l'Italien...) Mais les ennuis ne sont pas finis. Chez les "verts", cadres et pilotes défilent. Début 2003, Ford annonce qu'il réduit les budgets pour le sport auto. L'année suivante, il accroche un panonceau "à vendre" sur le fronton de l'usine Jaguar F1. La saison 2004 est marqué par l'incertitude. Les uns évoquent un rachat par Red Bull, d'autres une dissolution pure et simple de l'équipe. Pour son dernier Grand Prix chez le gros matou, Webber s'accroche avec son équipier, Christian Klien. Tout un symbole du manque de cohésion de l'équipe.

Au moins, chez Jaguar, Webber s'est affirmé en leader. De quoi intéresser Williams. A Monaco, il décroche son premier podium. La rivalité avec Nick Heidfeld est intense. Puis, à l'été, BMW annonce qu'il rachète Sauber. S'estimant trahi, Franck Williams renvoi "Quick Nick" et pour 2006, Williams est motorisé par un modeste Cosworth. Webber aussi, se sent trahi, mais pas pour les mêmes raisons : lorsqu'il avait signé, son patron lui jurait qu'avec BMW, le deal durerait des années. Désormais, on lui jure qu'en 2007, Williams disposera d'un Toyota "spécifications usine", mais l'Australien préfère remettre son CV en ligne.

Ainsi, il se retrouve chez Red Bull, qui n'est qu'une émanation de Jaguar Racing. Dieter Mateschitz aurait voulu aligner au moins un pilote issu de sa pouponnière. Mais Christian Horner a su le convaincre de mettre ses novices en apprentissage chez Toro Rosso et d'avoir deux pilotes chevronnés dans l'écurie-phare. Webber débute 2007 en étant persuadés qu'à 31 ans, il est au soir de sa carrière. Sur le Nüburgring, il décroche un second podium. Fin 2008, au terme d'une saison moyenne son équipier, David Coulthard, raccroche. Il est remplacé par Sébastian Vettel, pur produit Red Bull.

2009 est marqué par de gros changements de réglementation. Red Bull est -avec Brawn GP- l'équipe qui s'y adapte le mieux. En Allemagne, il obtient un premier succès ; il récidive au Brésil. S'y ajoute six autres podiums, bien plus que ce qu'il a obtenu jusqu'ici. L'Australien a enfin une voiture pour jouer la gagne et il n'est plus question de retraite !

En 2010, l'Australien remporte quatre victoires. Il semble sur une pente ascendante. Le souci, c'est que Vettel grimpe encore plus vite. Au Grand Prix de Turquie, les deux pilotes s'accrochent. Red Bull se retrouve coupé entre pro-Webber et pro-Vettel. La pression est si forte que lorsque l'Australien se blesse à l'épaule, il préfère serrer les dents et poursuivre la saison.

L'Allemand enchaine les titres, mais Webber refuse d'être un "pilote N°2". Il est persuadé que son tour finira par arriver...

Finalement, il annonce sa retraite à l'été 2013. Il file chez Porsche, où il participe aux débuts de la 919 en WEC. En 2015, il termine 2e des 24 heures du Mans. Maigre lot de consolation : il remporte le titre WEC.

En 2016, Webber se comporte déjà en ex-pilote. A 40 ans, il publie son autobiographie. Il donne son avis sur Twitter et commente les Grands Prix. Lorsque son remplaçant chez Red Bull -et compatriote- Daniel Ricciardo s'impose, il l'accueille avec un "shoey", une pratique qui s'est depuis répandue sur les podiums de sport auto.

Et donc, à la veille de la manche de WEC de Fuji, l'Australien annonce sa retraite sportive. Il sera désormais porte-parole du constructeur. Rien ne dit qu'il ne courra plus, de temps en temps.

Webber aura toujours été un pilote atypique. Le seul de sa génération passé par l'endurance sur la route de la F1 ; le seul qui n'était pas au moins troisième pilote à 20 ans. C'est sans doute les années de galères qui lui ont appris à rester humble. Les paillettes, la pipolisation, ça n'a jamais été son truc. Sa vie privé; elle reste privée. Le linge sale, il le lave loin des micros et des caméras. Mais cette distance apparait aussi comme de la froideur et ça le coupe d'une partie du public.

En tout cas, merci pour tout, Mark.

Crédits photos : Porsche (photos 1 et 9), Ford (photo 2), Mercedes (photo 3), Super Nova (photo 4), Jaguar (photo 5), BMW (photo 6), Red Bull (photos 7, 8, 10 et 11.)

Pour résumer

Le soir du 19 novembre, à l'issue des 6 heures de Bahrein, Mark Webber deviendra porte-parole de Porsche. Aux côtés de Walter Röhrl, il écumera les opérations de promotions. En creux, l'annonce de cette nomination signifie la retraite sportive de l'Australien. Trois ans après son retrait de la F1.

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