par Bernard Fournol

Changements culturels chez Honda

Champion du développement en interne, Honda se tourne plus que jamais vers des compétences externes. Un choix de raison autant qu’une nécessité.

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En mars 2017, un véhicule semi-autonome de la marque heurtait un mannequin lors d’un test. Une affaire suffisamment sérieuse pour enterrer la technologie maison, développée par une ancienne filiale, Elesys. Désormais ce sont des caméras Robert Bosch que l’on trouvera à l’avant des N-Box et autres Civic.

Soichiro Honda, fondateur de la marque, décédé il y a tout juste 27 ans, refusait de dépendre de quiconque. Une culture de l’indépendance qui a donné naissance aux  Super Cub de 1958 à moteur 4 temps, à la NSX de 1989 au système VTEC ou encore à la Civic de 1972 à motorisation CVCC. Toujours à la manœuvre, la puissante R&D de la marque, fierté du fondateur, a régné sans partage sur l’innovation. Mais cette culture du développement 100% maison semble avoir atteint ses limites. Honda est à la recherche d’un nouveau mode de fonctionnement, entre le fait maison et l’achat de produits de sous-traitants, comme c’est le cas pour les caméras.

En février 2017, Hitachi et Honda annonçaient ainsi la création d’un joint-venture. Un pas vers des moteurs co-développés, qui devraient se trouver dans la prochaine Urban EV. Honda a annoncé des accords avec les chinois Baidu ou SenseTime, une start Up de l’Intelligence Artificielle. La marque japonaise a également conclu des partenariats avec Google Waymo ou Grab. En juin dernier, c’est avec GM que Honda signait. Le géant américain fournira au groupe japonais ses modules de batteries. Le mois dernier, Honda et Panasonic annonçaient expérimenter prochainement le partage de batteries.

Dans le même temps, Asimo vient de prendre sa retraite. La mise en placard du robot 100% maison semble signer la fin d’une ère, qui heurte certains. Après avoir été patron de l’Institut de recherche de Honda aux USA, et travaillé sur les Nanos technologies, Hideaki Tsuru est parti à la retraite en 2016. « Honda est en train de changer des choses que Honda ne devrait pas changer ». Faire un produit unique, c’est « l’âme de Honda » confie-t-il.

Rester dans la course de tête

Dans le secteur automobile, les 10 millions d’unités produites sont en passe de devenir la norme. Des volumes qui permettent d’amortir toujours plus d’innovations. Avec 5 millions de voitures construites, Honda est dans le peloton. Lors de son arrivée en 2003, Takeo Fukui, ambitieux, vise Toyota. La priorité est aux volumes, au Diesel et l’hybridation maison, l’IMA, pas chère et éprouvée fera l’affaire. Certains projets pourtant bien avancés, comme l’électrique EV Plus, sont placardisés. La R&D, alors libre de faire ce qu’elle voulait avec 5% des revenus du groupe, est mise sous tutelle. Fukui est remplacé par Takahashi Ito, qui arrive après la crise financière de 2007/2008. Il oblige à une réduction drastique des coûts. La R&D vit sous la pression de la finance. Mitsuru Horikoshi, ingénieur en chef du projet Civic raconte qu’on lui a demandé de tailler à la hache dans le projet, alors que celui-ci était en cours de développement. Pour répondre au cahier des charges, l’ingénieur dit avoir « utilisé des matériaux moins chers et diminué la taille de la voiture pour réduire le coût matière » Du jamais vu chez Honda. Sans surprise, cette Civic, décriée à sa sortie en 2011, obligera à tout repenser pour la génération suivante. Les problèmes qualité se multiplient. Le système hybride i-DCD des Jazz et HR-V est miné par de nombreux rappels sur fond de crise Takata.

Conserver l’identité maison

Alors que les besoins s’accélèrent en matière d'innovation, il n'est plus question, comme par le passé, de rogner sur la qualité pour gagner en profitabilité et trouver des moyens supplémentaires. Le plan stratégique de Takahiro Hachigō, arrivé à la tête de l’entreprise en 2015, met en avant la mobilité et l’électricité. Des domaines dans lesquels Honda multiplie justement les accords avec d’autres entreprises, afin de maîtriser les coûts de R&D. Un incubateur maison, Honda Xcelerator, crée en 2015, coordonne les Start Up. Plus question de tout faire, il faut travailler différemment sur des technologies sous-jacentes ou pour certains projets. L’innovation n’est plus le fruit de la seule R&D. Avec un risque pour l’entreprise et son identité.

Yoshiyuki Matsumoto, actuel directeur de la R&D et Takahiro Hachigō l’affirment, une équipe travaille à coordonner les nouvelles options. Sans toutefois révéler l'identité de ses membres, on sait que cette équipe travaille dans le quartier de Kyobashi. Un symbole puisque c'est dans ce quartier qu'est né la Honda Motor Company.

"Ce groupe est la preuve de l’attachement à l’ADN Honda "confie Matsumoto. Une vision partagée par Yuji Yasui, ingénieur en chef véhicules autonomes. « Nous n’avons pas changé » confie t-il. « Ce qui a changé, c’est qu’il est inefficace pour Honda de tout faire lui-même ».

Via Wall Street Journal et X-tech

Pour résumer

Champion du développement en interne, Honda se tourne plus que jamais vers des compétences externes. Un choix de raison autant qu’une nécessité.

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Rédacteur
Bernard Fournol

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