par Nicolas Anderbegani

Réflexion : quel avenir pour Alfa Romeo en compétition ?

Quelles possibilités pour Alfa Romeo en compétition ? Le sport automobile a toujours été essentiel dans l'image de la marque, mais elle quittera la F1, où elle sponsorisait Sauber, à l'issue de la saison 2023. Hypothèses, dans le contexte du groupe Stellantis et d'un avenir en profonde transformation.

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Introduction

En 2023, le partenariat entre Alfa Romeo et Sauber en Formule 1 prendra fin. Revenu en 2017, le Biscione était surtout un prête nom, son investissement étant avant tout d’ordre marketing et très peu technique puisque l’on rappelle, pour les non avertis, que les monoplaces de Bottas et Zhou sont propulsées par un bloc Ferrari.

La marque est en pleine phase de relance, avec la sortie -enfin- d’une nouveauté, le crossover Tonale, qui vient en renfort des Giulia et Stelvio qui portent à bout de bras le constructeur depuis plusieurs années. Selon les derniers dires de JP Imparato, Alfa Romeo est sur la bonne voie, c’est-à-dire un retour à la rentabilité. Mais le travail de reconquête est encore long pour une marque qui a l’ambition de marcher sur les plates-bandes du premium germanique.

Autre élément clé, la compétition. Maserati revient enfin à la compétition, avec une version GT2 de la MC20 et un programme Formule E. Tout comme le Trident, la légende et la réputation d’Alfa Romeo se sont forgés par le sport automobile. Pourtant, si l’on met de côté la présence en F1 ces dernières années, le dernier vrai programme sportif d’envergure remonte à plus de 20 ans, au temps de la 156 de supertourisme. Quel pourrait être l’avenir sportif de la marque au trèfle à quatre feuilles ?

Tourisme ?

C’est une discipline à laquelle l’on pense naturellement pour Alfa Romeo, la catégorie la plus logique pour promouvoir une berline. Les Giulia 1300, 1600 et GTA ont marqué le championnat d’Europe de tourisme à la fin des années 60. Les Alfetta GTV, 75 Turbo et 155 TS ont eu une carrière en tourisme, notamment la dernière avec sa variante Class 1 155 V6 Ti qui a défié et vaincu les allemands chez eux lors du championnat DTM 1993. La 156 Supertouring a pris la relève et remporté plusieurs titres italiens et européens, notamment avec Fabrizio Giovanardi, au tournant des années 1990-2000. C’est avec la 159 que la lignée s’est arrêtée, celle-ci n’ayant pas eu de version de compétition contrairement à ses devancières.

La formule TCR aurait pu convenir à Alfa mais, comble de l’ironie, c’est quand sa carrière commerciale était quasiment achevée, en 2019, que la Giulietta a eu droit à une version TCR développée par le préparateur Romeo Ferraris, sans appui officiel. Quelques succès par-ci par-là, mais il n’y a pas eu de remplaçante pour la compacte milanaise, ni trop de demande face aux cohortes de Honda Civic, Audi RS3 et autres Seat Leon dont le développement et la commercialisation en compétition-client ont été appuyés par les constructeurs. Par conséquent, la présence en TCR s’est éteinte ou se limite à quelques championnats nationaux confidentiels. La Giulia moderne aurait pu se retrouver en DTM, contre les Audi RS5 et autres BMW M4, mais le coupé n’est jamais sorti et le DTM a finalement fait sa mue pour basculer vers le GT. On trouve une Giulia en course, si si…en ETCR, la version électrique, un comble quand on pense que la berline n’a même pas encore d’hybridation dans sa gamme…

La Giulia sera bientôt restyée et pourrait se retrouver en WTCR, à condition que le championnat ne périclite pas trop.

Endurance ?

Là encore, la marque a un riche passé. Avant-guerre, la 8C 2300 remporte 4 fois de suite le Mans, avec Raymond Sommer et Tazio Nuvolari entre autres. A la fin des années 60, la superbe Tipo 33, dont Alfa prépare selon les dernières rumeurs une réinterprétation moderne, a gagné pas mal de courses en classe 2 litres. Les versions prototypes ouverts 2 litres, les 33TT12 et 33SC12, décrochent même les titres mondiaux constructeurs en 1975 et 1977. A la fin des années 80, quand le Biscione tombe dans le giron de FIAT, le programme en F1 cesse et Alfa se retrouve avec un V10 sur le bras, qui avait été développé en prévision du retour des blocs atmosphériques à partir de 1989.

Pour recycler ce V10, Alfa s’investit d’abord dans le projet Procar avec la 164 (une formule spectaculaire qui prévoyait des berlines type silhouette mues par des V10) qui tombe rapidement à l’eau. Un projet de secours est envisagé en Endurance, pour suppléer le retrait de Lancia, d’autant plus logique que la catégorie Groupe C prévoit d’adopter à partir de 1990 des blocs moteurs calqués sur la F1 (atmosphérique 3500cc). Un prototype SE048 est construit, mais là encore tout s’arrête, et c’est la 155 qui bénéficiera d’un budget compétition conséquent pour le tourisme.

Alfa Romeo est donc légitime en Endurance et l’arrivée de la classe LMDh, hybride et maîtrisée au niveau des coûts, serait pertinente. Les LMDh vont courir en IMSA, ce qui coïnciderait avec les ambitions d’Alfa sur le marché US. Pas besoin d’un modèle de série, puisque nous sommes sur une catégorie prototype. Cependant, Peugeot est arrivé avec une Hypercar dans le WEC, qui sera ouvert aussi aux LMDh. Une concurrence au sein de Stellantis sur la piste est-elle envisageable ? Audi et Porsche l’ont fait.

Rallye ?

Quand on pense à Alfa Romeo en sport auto, le rallye ne vient pas forcément à l’esprit tout de suite. Et pourtant...la Giulietta a gagné le Tour de Corse 1957 et dans les années 70 et 80, l’Alfetta GT puis GTV ont eu droit à des versions Groupe 2, Groupe 4 et Groupe A qui, merci la propulsion, assuraient le spectacle. Yves Loubet s’est distingué en championnat de France avec la GTV6, mais aussi en mondial. Il termina 3e du tragique Tour de Corse 1986. En 1987, la GTV6 remporte même le championnat d’Australie. Une version rallye fut aussi développée sur l'Alfa 75 Turbo, mais avec moins de succès.

Pourquoi pas ? Les constructeurs engagés ne sont que 3 pour l'instant, bien qu'ils ne soient pas sur le créneau premium que vise le Biscione. Problème, il n’y a pas de modèle adéquat à ce jour. Les Rally 1 actuelles sont basées sur des des citadines ou un crossover compact, et seule la Mito rentrait dans ce gabarit mais, là encore, il n’y a pas eu de descendance. Par contre, dans d’autres classes, R ou GT, un prochain modèle aurait peut-être une opportunité.

Indycar ?

Faute de modèle, un constructeur peut faire valoir son savoir-faire comme motoriste. Aux USA, l’Indycar doit entamer sa mue en 2024 avec l’arrivée de l’hybridation et les dirigeants n’ont pas caché leur souhait de voir arriver de nouveaux motoristes aux côtés de Honda et Chevrolet.

Alfa Romeo a déjà participé au CART, entre 1989 et 1991, avec un V8 Turbo fourni au Patrick Racing qui faisait rouler des pilotes comme Roberto Guerrero et Danny Sullivan, mais sans grand succès. On l’a déjà dit plus haut, le marché US est important pour qu’Alfa Romeo poursuive sa remontée. Une rumeur a déjà sérieusement circulé en 2018/2019. Alors, une Dallara-Alfa Romeo, ça aurait de la gueule non ?

GT ?

On attend pour 2023 une sportive spéciale, qui pourrait marcher sur les traces de la 33 Stradale des années 60, et ressusciter le nom GTV. La 8C Competizione, malgré son nom, n'a pas eu de déclinaison piste, mais pourquoi ne pas imaginer une version GT4 voire GT3 d'une éventuelle future GTV ou néo-Stradale ? Sauf que la production de cette sportive sera visiblement assez limitée, empêchant ainsi une probable homologation.

Sinon, l'Alfa Romeo Giulia GTAm sortie en 2020 pourrait faire l'affaire...

Formule E ?

L’arrivée de Maserati aux côtés de DS rend peu probable ue présence d’Alfa Romeo. Et puis entre nous, un programme Alfa électrique, ça ne fait pas frissonner…

Pour résumer

La F1 étant bientôt terminée, l'avenir en compétition d'Alfa Romeo ne laisse pas énormément de possibilités, surtout qu'il faut composer avec une gamme encore retsreinte - d'où la difficulté d'avoir un modèle adapté - et avec la famille Stellantis qui peut refuser une concurrence interne en piste. Les Alfistes continuent de rêver.

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