par Elisabeth Studer

Russie : produire des Moskvitch pour contrer les pénuries de pièces ?

Alors que Renault a été contraint de quitter la Russie, la ville de Moscou veut relancer Moskvitch, marque emblématique de l’époque soviétique. De quoi démontrer l’ampleur de la tourmente dans laquelle est plongé le secteur automobile russe ?

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Le maire de Moscou veut produire à nouveau des Moskvitch sur l’ancien site de Renault

Le maire de Moscou a pour projet de produire à nouveau des voitures Moskvitch dans l’usine moscovite Renault, site que le groupe automobile français a été contraint de céder pour 1 euro symbolique, en raison des sanctions découlant de la guerre en Ukraine.

Il a ainsi déclaré que l’usine de Renault sera réaffectée à la production de voitures de tourisme de la marque dont la dernière fabrication remonte à deux décennies.

Sergueï Sobianine promet «d’ouvrir une nouvelle page» de l’histoire de cette usine où ont été assemblés les modèles de cette marque légendaire jusqu’en 2001 … en nationalisant l’usine.

“Le propriétaire étranger a décidé de fermer l’usine Renault de Moscou. Il en avait le droit, mais nous ne pouvons pas permettre à des milliers de travailleurs d’être laissés sans emploi”, a expliqué l’édile.

Segments attitrés

Pour rappel, le système de production automobile de l'URSS était planifié et n'incorporait pas les règles de libre concurrence du modèle capitaliste. Ainsi, les constructeurs avaient leur "pré carré" et leurs segments attitrés. A ZIL les limousines de luxe gouvernementales, à GAZ les grosses berlines et à AvtoVAZ (Lada) ou Moskvitch l'entrée de gamme partagée entre les petites voitures et les compactes.

Des véhicules thermiques puis électriques

Le fabricant de la Moskvitch, conçue pour être une voiture robuste et abordable, a été privatisé après l’effondrement de l’Union soviétique puis déclaré en faillite. Près de 200 000 Moskvitch – littéralement « natif de Moscou » – sont encore immatriculées en Russie, dont 46 000 ont plus de 35 ans, selon les statistiques de Autostat.

Sergueï Sobianine a déclaré que l’usine de Moscou, une fois reprise, fabriquerait d’abord des voitures conventionnelles à moteur à combustion, mais qu’elle produirait des voitures électriques à l’avenir.

Toutes les usines automobiles de Russie à l’arrêt

L’ensemble du parc industriel automobile de Russie est à l'arrêt en raison des pénuries de composants et de pièces détachées induites par les sanctions occidentales. Les constructeurs sont confrontés à un épuisement des stocks d'électronique, de produits techniques en caoutchouc, d'engrenages, de roulements. S’ils ont toujours la possibilité de faire appel à d'autres fournisseurs ou de produire ces pièces localement, selon les spécialistes, 4 à 7 mois minimum seront nécessaires pour mettre en place des chaînes logistiques. Le prix des pièces détachées a quant à lui augmenté de plus de 30% en deux mois.

Allégement des normes : ABS ou airbags ne sont plus nécessaires

La Russie a parallèlement allégé les normes en vigueur pour la fabrication de véhicules sur son territoire, autorisant la production de voitures sans ABS ou airbags. Tentant ainsi de trouver une solution pour faire face à sa manière aux pénuries. Pour cela, le gouvernement russe a promulgué un décret le 12 mai, qui restera en vigueur jusqu’au 1er février 2023. La Russie, selon ce même décret, réduit aussi considérablement les normes environnementales. Celles-ci reviennent à un niveau équivalent aux véhicules produits en 1988.

Ironie du sort : pour l’adaptation de ces véhicules et notamment des Moskvitch, la Russie pourra peut-être aller chercher des infos à Cuba  ?

Notre avis, par leblogauto.com

Une proposition du maire de Moscou qui intervient alors que toutes les usines automobiles du pays sont à l'arrêt et que les acheteurs se font de plus en plus rares. Pas si « loufoque » que çà donc … mais plutôt symptomatique d’un secteur en pleine crise …

Le marché automobile russe s’avère en effet laminé par les sanctions internationales mises en place suite à l’offensive menée par la Russie en Ukraine. Les acheteurs manquent à l’appel. Signe que l’économie russe ne va pas aussi bien que ce qu’affirme fièrement Vladimir Poutine … et que la population est inquiète pour son avenir, et son portefeuille …

Les ventes de voitures neuves se sont en effet effondrées de près de 80 % au mois d'avril. Dans le cadre des sanctions occidentales, les véhicules de plus de 50 000 euros ne peuvent plus être importées dans le pays, les oligarques doivent faire grise mine … Pas sûre qu’une Moskvitch les satisfasse pleinement …

L’incertitude règne : le secteur a perdu ses repères et ne sait absolument pas combien de voitures doivent être produites et combien il y aura de clients pour les acheter. « Le marché est désormais dicté par l'acheteur qui a de moins en moins d'argent » selon l'expert du marché automobile russe, Alexandre Pikoulenko.

Enfin, rappelons qu’en 2015, Renault avait lancé la procédure pour racheter la marque Moskvitch, suggérant qu'il pourrait relancer la production de cette voiture légendaire de l'époque soviétique.

Sources : Courrier International, France Info, Capital

Pour résumer

Alors que Renault a été contraint de quitter la Russie, la ville de Moscou veut relancer Moskvitch, marque emblématique de l’époque soviétique. De quoi démontrer l’ampleur de la tourmente dans laquelle est plongé le secteur automobile russe ?

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