par Elisabeth Studer

Skoda accusé de favoritisme par les syndicats de Volkswagen

Décidément le temps est à la zizanie au sein du groupe Volkswagen, elle s'exprime désormais entre la maison mère et sa filiale tchèque Skoda. Chacun tentant de tirer la couverture à soi et de bien dissocier les comptes des uns et des autres. Dirigeants et syndicats veillant au grain … voire jetant de l'huile sur le feu.

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Alors que Porsche, propriété de VW, réclamerait à Audi, un dédommagement de 200 millions d’euros  en s'estimant victime des moteurs trafiqués, Volkswagen tente pour sa part de limiter les effets de la concurrence de Skoda. Le groupe VW envisage ainsi de transférer en Allemagne une partie de la production du constructeur tchèque. Il souhaite également que Skoda mette un peu plus la main au portefeuille, en augmentant la rétribution de l'utilisation de technologies communes.

Sans bien sûr le présenter ainsi, VW tente au final de grappiller quelques subsides, histoire de se renflouer, alors que le dieselgate est loin d'arranger ses finances, et que la situation n'est guère glorieuse en termes d'emplois. Le groupe semble presque envier la rentabilité élevée de Skoda et son image positive véhiculée auprès des consommateurs et des medias. Et pourrait être amené à déshabiller Pierre pour habiller Jacques.

De sources proches du dossier, on laisse entendre que VW compte user de plusieurs arguments pour plaider en sa faveur. Le groupe pourrait faire valoir que le fait que Skoda puisse tout à la fois faire usage de la technologie allemande tout en bénéficiant d'une main d‘oeuvre bon marché constitue autant d'avantage indus. Une situation qui au final serait la clé de sa belle santé financière, Skoda ayant dégagé en 2016 une rentabilité de 8,7%, taux supérieur à celui réalisé par Audi. La marque VW bénéficiant parallèlement d'une marge opérationnelle de seulement 1,8%.

Skoda : une rentabilité due à l'usage de la technologie de VW ?

Mais certains se cachent à peine pour dire désormais que la bonne performance de Skoda  serait due principalement au fait que Volkswagen se ferait en quelque sorte tondre la laine sur le dos.

Entre 2013 et 2016, le bénéfice opérationnel de Skoda a été multiplié par plus de deux, à 1,2 milliard d‘euros. Un chiffre obtenu grâce à la mise en œuvre progressive de la plate-forme MQB, partagée avec VW.

Il est en effet bien loin le temps où Skoda réutilisait d’anciennes plates-formes de la maison mère. En mai dernier, Lahouari Bennaoum, directeur de Skoda France, se félicitait que la filiale profitera « immédiatement de la nouvelle base de Volkswagen dédiée aux électriques, prévue pour 2020 ». En attendant, les nouveaux SUV Kodiaq et le compact Karoq partagent d'ores et déjà moteurs, transmissions, et connectique avec la dernière version du Tiguan de VW.

En juin dernier, Lahouari Bennaoum enfonçait le clou, déclarant : « depuis vingt-cinq ans, nous capitalisons sur la technologie Volkswagen, ses châssis, ses moteurs, ses boîtes automatiques à double embrayage, sa qualité de fabrication, mais aussi sur notre capacité à offrir plus d’espace intérieur que les concurrentes ».

Concurrence déloyale via des charges de personnel amoindries ?

Si le mot n'est certes pas prononcé, l'idée est là : certains syndicats laissent désormais entendre que la filiale tchèque mènerait une concurrence déloyale vis à vis de Volkswagen. Tout en pointant du doigt la distorsion de concurrence induite par l'écart des salaires entre Tchéquie et Allemagne. Il est vrai que Skoda bénéficie

d‘une main d‘oeuvre bon marché, le salaire horaire moyen étant de 10,10 euros en République tchèque, où sont assemblées la plupart de ses voitures. En Allemagne, il avoisine 38,70 euros.

Les syndicats de VW montent au créneau

Dans un tel contexte, une source proche du conseil de surveillance vient d'indiquer que certains représentants syndicaux de Volkswagen exigeaient le transfert d‘une partie de la production de Skoda dans des usines allemandes en sous-activité. Le principal syndicat de Skoda a répondu tout net qu'une telle opération pourrait conduire à la suppression de 2.000 emplois en République Tchèque.

Les syndicats de VW estiment également que Skoda devrait payer une redevance plus élevée en échange de son droit d‘utiliser la plate-forme MQB.

Le sujet pourrait donner lieu à des échanges houleux lors de la prochaine réunion du conseil de surveillance du 17 novembre. D'autant plus que doivent y être approuvés les budgets d‘investissements annuels au sein du groupe. Ceci pouvant expliquer cela … .

Sources : Reuters, Skoda

Crédit Illustration : Skoda

Pour résumer

Décidément le temps est à la zizanie au sein du groupe Volkswagen, elle s'exprime désormais entre la maison mère et sa filiale tchèque Skoda. Chacun tentant de tirer la couverture à soi et de bien dissocier les comptes des uns et des autres. Dirigeants et syndicats veillant au grain … voire jetant de l'huile sur le feu.

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