par Elisabeth Studer

Renault : entre chômage complet et partiel, l’Etat préserve le cash

Renault vient d’indiquer que compte-tenu de l'impact de la crise sanitaire engendrée par le coronavirus, toutes ses usines étaient désormais à l'arrêt, à l'exception de ses sites implantés en Chine et en Corée du Sud. Lesquels ont repris leur activité ou sont en cours de reprise.

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La marque au losange a également mis lundi la plupart de ses salariés tertiaires d'Ile-de-France en chômage partiel. Argument invoqué : s’adapter à la baisse d'activité générée par la pandémie.

Les sites industriels de Renault à l’arrêt sauf Chine et Corée du Sud

Toutes les usines du constructeur à travers la France sont désormais à l’arrêt. Les salariés des sites ont quant à eux été déclarés en chômage complet.

Le constructeur automobile prévoit de relancer les activités de production dans les différents pays concernés dès que les conditions le permettront. Il affirme par ailleurs qu’il mettra en oeuvre toutes les mesures nécessaires pour répondre efficacement à la demande commerciale.

16 000 salariés franciliens au chômage partiel

Renault a par ailleurs indiqué lundi que la plupart de ses salariés du secteur tertiaire (comprenez cols blancs) d'Ile-de-France avaient été mis en chômage partiel pour s'adapter à la baisse d'activité. Utilisant ainsi le dispositif mis en place par l'Etat.

"Après deux semaines d'arrêt de l'activité industrielle et commerciale, il faut adapter le temps de travail des collaborateurs", a déclaré une porte-parole du groupe.

A compter de ce jour et jusqu'à nouvel ordre, les salariés du tertiaire seront en télé-travail le matin, et en chômage partiel l'après-midi, à l'exception d'un petit nombre de personnes maintenues à plein temps pour assurer des fonctions essentielles de l'entreprise (sécurité, maintenance, communication ...). Selon les syndicats, cette mesure concerne environ 1.500 à 2.000 personnes.

Financement d’une partie des salaires par l’Etat

Les ordonnances mises en place par le gouvernement dans le contexte actuel lié au coronavirus prévoient le financement par l'Etat de 84% du salaire net des salariés en chômage partiel.

En ce qui concerne les salariés au forfait jour, notamment les cadres, en vertu d'un accord du secteur de la métallurgie, Renault versera un complément en vue d’atteindre 100% du salaire net.

Au final, donc, le constructeur devra prendre sur ses deniers propres pour verser à ses salariés du secteur tertiaire un peu plus de la moitié de leurs salaires, correspondant aux heures de télé-travail du matin et au complément du salaire sur les heures de l'après-midi déclarées en chômage partiel.

Vers une mise en application du contrat social de crise ?

Renault mène par ailleurs depuis vendredi des discussions avec les représentants syndicaux de l’entreprise en vue de réinstaurer, sur le modèle du "contrat social de crise" de 2008-2009, un système permettant d'utiliser des jours de congés (ou plus précisément des RTT) des salariés les mieux lotis pour financer le maintien du salaire des autres.

Redémarrage des sites Renault de Chine et Corée du Sud

Renault a par ailleurs indiqué lundi que son usine située en Chine et celle implantée en Corée du Sud avaient repris leur activité ou étaient en cours de reprise, tous ses autres sites étant quant à eux à l'arrêt en raison de la pandémie du Covid-19.

La production a été interrompue à la fin du mois de janvier sur le site de Wuhan, ville chinoise où ont émergé les premiers cas de la maladie. L’usine a une capacité actuelle de production de 150 000 voitures, cette dernière pouvant être doublée si l’on en croit le site internet du constructeur.

Les activités de l’'usine de Busan, qui fabrique annuellement 216 000 véhicules, ont été arrêtées interrompues le 7 février dernier.

Notre avis, par leblogauto.com

La politique de Renault de mise à l’arrêt de ces sites - qui lui permet notamment de préserver la santé de ses salariés et de leurs proches … mais aussi de ses finances - tranche fortement avec celle de PSA, le constructeur sochalien choisissant lui au contraire de faire redémarrer ses sites européens en faisant appel à de la main d’œuvre volontaire.

Si l’Etat français est actionnaire de Renault à hauteur de 15 %, tout comme Nissan (dont Renault est actionnaire à hauteur de 43,4 %), en mars 2017, l’Agence des participations de l’Etat a vendu 12,7 % de ses titres PSA pour 1,92 milliard d’euros à la banque publique BPI France. Désormais, BPI France détient 12,2 % de Peugeot … tout comme le chinois Dongfeng. 

Une structure d’actionnariat de nature à changer la donne ?

En tout état de cause, le gouvernement français ne peut se payer le luxe à l’heure qu’il est d’un éventuel scandale que pourrait causer l’émergence de graves problèmes sanitaires dus au maintien d’activité dans les usines de Renault.

Autre élément à prendre en compte : PSA n’est pas dans la même situation financière que son compatriote et néanmoins concurrent. Si la crise due à la propagation du coronavirus affecte certes l’ensemble des constructeurs, elle tombe particulièrement mal pour Renault, dont les comptes sont passés dans le rouge pour la première fois en 2019. En février dernier, le groupe automobile a annoncé un plan d'économies, sans pouvoir exclure des fermetures d'usines. Les ventes de Renault ont reculé de 3,4% à 3,75 millions d'unités l’année dernière.

Or, le fait de recourir au chômage partiel a un coût … notamment pour l’Etat, et a pour but de soulager les comptes des entreprises en difficulté … ou risquant de l’être. La politique RH de Renault peut aussi être comparée à celle de Chanel, qui, après Danone, a indiqué qu’il n’aurait pas recours aux deniers publics pour financer le versement des salaires de ses employés. Le géant du luxe a annoncé qu’il maintiendra à 100 % les salaires de ses 8 500 employés en France pendant 40 jours ouvrables. « Cette décision relève de notre plan de solidarité responsable. Car l’Etat français va avoir d’autres priorités. Il lui faudra venir au secours d’entreprises en difficultés », a expliqué Bruno Pavlovsky, président de Chanel. Renoncer au recours au chômage partiel pour une durée de deux mois porte sur un montant de « plusieurs dizaines de millions d’euros », a estimé le dirigeant.

Pour faire face à « cette situation historique », l’entreprise, qui emploie 27 000 personnes dans le monde, puisera dans sa trésorerie. Une solution que ne peut se permettre Renault, déjà fragilisé avant que n’émerge la crise sanitaire du coronavirus.

Via le financement des mesures de chômage partiel, l’Etat pourra quant à lui espérer pouvoir maintenir le cours de l’action de Renault – déjà fortement malmené avec une chute de plus de 50 % depuis le 1er janvier - en évitant de trop fortes sorties de cash, préservant ainsi la valorisation de son capital investi dans le constructeur. Espérons que ce jeu d’équilibre … ne soit pas un jeu d’équilibristes …

Sources : AFP, AWP, Reuters, Renault

Pour résumer

Renault vient d’indiquer que compte-tenu de l'impact de la crise sanitaire engendrée par le coronavirus, toutes ses usines étaient désormais à l'arrêt, à l'exception de ses sites implantés en Chine et en Corée du Sud. Lesquels ont repris leur activité ou sont en cours de reprise.

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