par Elisabeth Studer

Pression du Japon sur le Liban pour verrouiller le discours de Ghosn  ?

Le Liban aurait demandé à Carlos Ghosn de ne pas nommément citer des responsables du gouvernement japonais lors de sa conférence de presse de la semaine dernière. Evénement médiatique durant lequel l'ancien patron déchu de Renault- Nissan a dénoncé son ancien employeur japonais et ceux qui, selon lui, étaient derrière un complot visant à le faire arrêter pour malversations financières. C'est en tout cas ce qu'ont affirmé à Bloomberg des personnes proches du dossier.

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Des diplomates japonais auraient fait pression sur le Liban

Le gouvernement libanais, poussé en cela par des diplomates japonais, aurait ainsi exercé des pressions sur Ghosn avant qu'il ne parle aux journalistes le 8 janvier dernier à Beyrouth afin qu'il ne divulgue pas les noms ou les détails de la façon dont il a fui le Japon.

Selon les sources, le Liban aurait accepté de s'entretenir avec Ghosn afin de maintenir de bonnes relations diplomatiques avec le Japon.  Toujours d'après eux, l'ancien patron de Nissan avait préalablement l'intention de nommer des noms au sein du gouvernement, mais il aurait au final accepté de garder le silence.

L'évasion de Ghosn embarrasse le Japon

L'évasion rocambolesque de Ghosn du Japon à destination du Liban a pour le moins embarrassé le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe et a provoqué une nouvelle fracture avec Nissan.

L'ancien patron de l'Alliance Renault Nissan Mitsubishi Motors Corp impute son arrestation et ses poursuites au Japon à un complot entre Nissan et le gouvernement japonais.  Réfutant les accusations d'inconduite financière et d'usage de l'argent de Nissan à des fins personnelles, il a par ailleurs déclaré qu'il avait quitté le Japon pour échapper à un système juridique injuste.

Fuite de Ghosn au Liban : comme un air d'incident diplomatique

Le gouvernement japonais aurait fait part de ses préoccupations au Liban au sujet de Carlos Ghosn, vu comme un accusé qui a fui illégalement en toute liberté dans un autre pays, selon un responsable du gouvernement japonais. Selon lui, cet « incident » est considéré comme suffisamment grave pour affecter les relations entre le Japon et le Liban.

Un représentant du ministère japonais des Affaires étrangères a toutefois déclaré que le gouvernement n'avait pas fait pression sur le gouvernement libanais.

Le Parti libéral-démocrate japonais aurait également fait pression

Les membres du Parti libéral-démocrate au pouvoir au Japon auraient également exhorté le ministère des Affaires étrangères nippon à essayer d'obtenir que le Liban arrête la conférence de presse de Ghosn avant qu'elle ne débute ou du moins qu'il "s'assure" que son contenu soit "décent". C'est en tout cas, ce qu'affirme Shigeharu Aoyama, un député du parti, dans un article de blog.

Rencontre du Président libanais avec l'ambassadeur du Japon

La veille de la conférence de presse de Ghosn, le président libanais Michel Aoun a rencontré l'ambassadeur du Japon Takeshi Okubo à Beyrouth. Aoun a alors déclaré que le pays coopérerait pleinement avec la demande nippone d'obtenir de l'aide pour mener l'enquête sur l'ancien dirigeant, ajoutant parallèlement que le gouvernement libanais n'avait joué aucun rôle dans l'évasion de Ghosn.

Interrogé sur l'implication du gouvernement japonais dans sa chute, Carlos Ghosn a déclaré: «Je m'impose le silence sur cette partie de la présentation, car je ne veux en aucun cas montrer ou dire quoi que ce soit qui puisse nuire aux intérêts des Libanais, citoyens ou gouvernement.

Notre avis, par leblogauto.com

Il est fort probable que le Liban ait reçu des fortes pressions du gouvernement japonais pour tenter de limiter la portée des propos de Carlos Ghosn. Le cas échéant, cela semble signifier tout de même que le gouvernement nippon pourrait avoir quelque chose à se reprocher. Tant au niveau des pressions qu'il aurait pu exercer au sein de Nissan pour mettre à mal un projet de fusion entre Renault et le constructeur japonais, qu'au niveau d'un éventuel complot ourdi pour limiter le pouvoir de Carlos Ghosn, de Renault - voire de l'Etat français - au sein de l'Alliance, qu'en ce qui concerne les modalités de l'enquête menée à son encontre. Sans parler de ses conditions de détention et la manière avec laquelle la justice japonaise aura traité le dossier.

Sources : Reuters

Pour résumer

Le Liban aurait demandé à Carlos Ghosn de ne pas nommément citer des responsables du gouvernement japonais lors de sa conférence de presse de la semaine dernière. Evénement médiatique durant lequel l'ancien patron déchu de Renault- Nissan a dénoncé son ancien employeur japonais et ceux qui, selon lui, étaient derrière un complot visant à le faire arrêter pour malversations financières. C'est en tout cas ce qu'ont affirmé à Bloomberg des personnes proches du dossier.

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