par Elisabeth Studer

Pace, le plan de redressement d'Opel au sein de PSA

Vaste challenge pour PSA suite à programme Pace. Une réplique de "Back in the Race" lui-même élaboré par Carlos Tavares  lors son arrivée à la tête de PSA en 2014 diront certains.

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Vaste challenge pour PSA suite à la reprise d'Opel. Cent jours après la clôture du rachat de la filiale européenne de GM, le groupe sochalien se devait de présenter un plan de redressement. C'est désormais chose faite à travers l'annonce du programme Pace. Une réplique de "Back in the Race" lui-même élaboré par Carlos Tavares  lors son arrivée à la tête de PSA en 2014 diront certains.

En un jeu subtil d'équilibriste, tentant de rassurer tant les salariés que les partenaires financiers, le PDG d'Opel, Michael Lohscheller a ainsi présenté les principaux points des mesures qui seront mises en œuvre dans les prochains mois par le constructeur, lors d'une présentation au siège de Rüsselsheim, en Allemagne.

Si certes, le redressement devra passer avant tout par des réductions de coûts, l'emploi ne serait pas menacé , du moins à court terme. Il est vrai que le gâchis évoqué récemment par Carlos Tavares, le patron de PSA, plaide en faveur de telles politiques. Ce dernier avait alors déclaré que les coûts de production dans les usines d'Opel étaient supérieurs de 50 % à ceux des usines du groupe.

Au lieu de frapper dans la force vive, mieux vaut déjà mettre une place une organisation cohérente et optimisée. La mise en place de plates-formes communes devrait permettre d'agir en ce sens. Certes, l'épineux problème des suppressions de postes n'aura été qu'effleuré. Il n'en demeure pas moins qu'une négociation débute à l'heure actuelle avec le syndicat IG Metall.

Cote marketing et production, le constructeur souhaite miser sur l'électrique. Il compte ainsi proposer une "offre électrifiée" sur toutes ses lignes de produits d'ici à 2024.

Une situation dramatique

Reste qu'il y a urgence … ! «  Opel est dans une situation dramatique, c'est un fait, il n'y a pas de temps à perdre », a ainsi martelé par trois fois et sans ambages Carlos Tavares jeudi. Une situation semblable à celle de PSA il y a près de 4 ans, alors en quasi-faillite.

Opel "n’a pas pu revenir aux profits depuis 1999", a reconnu pour sa part Michael Lohscheller tandis que Carlos Tavares rappelait que l'ancienne filiale de GM avait cumulé 19 milliards d’euros de pertes depuis 1999.

Retour à la rentabilité dès 2020

Après avoir repris Opel et le britannique Vauxhall PSA vise désormais un retour à la rentabilité de ces marques d'ici à 2020 sans départs contraints de salariés.

Rappelons que l'ancienne filiale de GM a accumulé la bagatelle de 15 milliards de dollars de pertes depuis 2000. Qu'à cela ne tienne. Elle s'est déjà fixé pour objectifs de free cash flow positif et de marge opérationnelle de 2 % en 2020 et de 6 % en 2026.

Opel s'est également donné pour objectif de réduire ses coûts "de 700 euros par voiture" via un plan d'économies. Selon le constructeur, rien que les économies d'échelle avec les marques françaises du groupe PSA (Peugeot, Citroën et DS) devraient permettre d'économiser 1,1 milliard d'euros d'ici à 2020 et 1,7 milliard d'ici à 2026. Le seuil de rentabilité de l'ensemble Opel et Vauxhall s'établirait quant à lui à une production annuelle de 800 000 véhicules.

Près de 200.000 véhicules produits à l'heure actuelle en Corée du Sud – héritage de son passé commun avec General Motors - seront désormais assemblés en Europe, ouvrant ainsi la voie à une mutualisation des achats et une augmentation du plan de charges des usines Opel.

Reste que les coûts devront être réduits dans toutes les fonctions, tant au niveau des frais administratifs qu'en terme de dépenses de R&D. Les investissements passeront quant à eux de 6 % à 4 % des revenus.

Optimisation des plates-formes

Si les véhicules d'Opel sont fabriqués à l'heure actuelle sur 9 plates-formes techniques. Ces dernières devront être réduites à deux en 2024. Parallèlement, le nombre de blocs moteurs et boîtes de vitesse chutera de 10 à 4.

La firme allemande ne devrait utiliser à terme plus que des plates-formes et des moteurs du Groupe PSA.

Pas de réduction de postes mais une réduction du coût du travail

Par une réflexion et une terminologie pour le moins subtiles, le PDG d'Opel aura tenté de rassurer ses salariés sur leur devenir. Jouant presque avec les mots le dirigeant a mis en avant la nécessité de réduire le coût du travail …. avant de réduire le travail lui-même.

Rien ne sert en effet de réduire l'emploi si les vices demeurent. Mieux vaut prendre le problème à la source que de mettre un pansement sur une jambe de bois. Le pansement ne réglera pas le problème et la multiplication de jambe de bois ne ferait que freiner la production et le moral des troupes.

Pour rappel, PSA avait promis qu'il n'y aurait ni fermeture de site, ni licenciement en Allemagne, jusqu'à fin 2018. reste qu'en octobre dernier, Opel a tout de même annoncé 400 suppressions de postes chez Vauxhall, au Royaume-Uni.

"Nous devons réduire les coûts du travail, ce sera inévitable, nous le ferons de manière responsable et réfléchie, en évitant les licenciements et les fermetures d'usines", a déclaré jeudi Michael Lohscheller.

« Les décisions ne seront pas faciles, mais les managements impopulaires d'aujourd'hui seront les héros de demain », a déclaré Carlos Tavares. Laissant ainsi entendre que la situation sur le terrain financier est réellement on ne peut plus dramatique et que seules des mesures drastiques permettront de ne pas mettre la clé sous la porte. Ce n'est pas du chantage … mais de la négociation …

Des aides aux départs … et donc des effectifs moindres

"La réduction constante du coût du travail est une nécessité et doit être obtenue par des mesures réfléchies, telles que des concepts innovants d'aménagement du temps de travail, des programmes de départs volontaires ou des dispositifs de retraite anticipée", a néanmoins déclaré M. Lohscheller, sans toutefois dévoiler de chiffres.

Si la suppression d'emplois n'est pas à l'ordre du jour … reste que la réduction de postes pourrait l'être puisque que les départs des seniors devraient être favorisés sans qu'il ne soit question de relève pour le moment.

Une réduction des coûts qui doit permettre d'aller de l'avant

Le groupe "a l'intention de conserver et moderniser toutes ses usines", a par ailleurs martelé le dirigeant. Tentant ainsi de rassurer les salariés. Selon lui, la réduction des coûts "crée un bouclier qui protège l'entreprise et les salariés des vents contraires". Une manière comme une autre de faire évaluer la pilule des réorganisations internes qui devraient découler du plan.

M. Lohscheller l'affirme haut et clair : Opel a «aussi une ambition de croissance ».

Deutsche Qualität et nouveaux modèles

Si certains redoutaient un abandon à terme de la marque Opel, ceci n'est pas à l'ordre du jour. Bien au contraire, PSA compte bien tirer partie de l'image de Deutsche Qualität véhiculée par le constructeur allemand. Ses véhicules seront d'ailleurs conçus dans le centre de R&D de Rüsselsheim.

Cette image de « technologie, précision, et qualité » liée à son caractère allemand, selon les termes mêmes de Michael Lohscheller devrait ainsi permettre à la marque d'augmenter ses prix.

Opel promet par ailleurs le lancement d'un nouveau modèle majeur par an.

Développement à l'international

Opel souhaite bâtir cette croissance en misant en partie sur l'international et en développant son chiffre d'affaires. Il ambitionne ainsi de se développer sur «  plus de 20 nouveaux marchés à l'export d'ici à 2022  », dont la Chine et le Brésil. Une stratégie qui n'avait pas été possible durant le temps où le constructeur rendait compte à GM.

Désormais, Opel veut augmenter ses ventes sur le segment des véhicules utilitaires légers de 25 % entre 2017 et 2020.

Alors que l'entreprise perdait des parts de marché et réalisait 40 % de ses ventes aux particuliers à des prix bradés (aux loueurs ou aux concessionnaires), elle souhaite désormais se montrer comme une entreprise conquérante non seulement en Europe, mais dans des contrées plus lointaines.

En avant l'électrique

Opel table également sur l'électrique pour se refaire une santé. Le constructeur va ainsi proposer une «  offre électrifiée  », 100 % électrique ou hybride, sur toutes ses lignes de produits d'ici à 2024.

La marque souhaite en parallèle relever le défi du respect des normes européennes de CO2. Opel doit en effet s'y préparer, car rappelle Carlos Tavares, «  le niveau des amendes représente un risque vital pour l'entreprise ». Pour ce faire, le constructeur utilisera progressivement les technologies de PSA pour électrifier son parc.

Dans cette optique, Michael Lohscheller a également annoncé que le centre de recherche et développement de Rüsselsheim, qui emploie 7 700 ingénieurs, allait devenir «  un centre de compétence global  » pour le groupe PSA, notamment sur la pile à combustible et certaines technologies de conduite automatisée.

Opel a confirmé l’arrivée de différents modèles électrifiés dont une version 100 % électrique de la prochaine génération de l’Opel Corsa. Le constructeur équipera son futur véhicule via une technologie développée par PSA . Son arrivée est prévue d’ici 2020. Si le communiqué du constructeur ne détaille pas ses caractéristiques, elle devrait reprendre une grande partie des éléments e-CMP de PSA.

Présentée en 2016 et prévue pour équiper toutes les marques du groupe, cette plate-forme repose sur un moteur électrique de 115 ch associé à une batterie de 50 kWh rechargeable en AC 7 kW ou via une borne rapide Combo.

Au-delà de la Corsa électrique, Opel annonce trois autres produits électrifiés d’ici à 2020 dont la version hybride rechargeable du Grandland X. Révélée lors du dernier salon de l’automobile de Francfort, cette déclinaison « plug-in hybrid » devrait reprendre les éléments de la plate-forme EMP2 qui équipera le DS7 Crossback et la Peugeot 3008 hybrides rechargeables.

Quant à l'épineux sujet de l'Opel Ampera-e, le plan de redressement n'aura pas abordé le sujet. Reste que les retards de livraisons et la récente hausse de prix imposée par GM sont loin de faciliter les choses …

La priorité actuelle est de pouvoir lancer des produits capables de dégager rapidement de la marge et du volume pour sortir du déficit. De quoi donner du plomb dans les ailes de l'Ampera-e. 

Sources : Opel, AFP, Les Echos, Challenges

Crédit Illustration : Opel

Pour résumer

Vaste challenge pour PSA suite à programme Pace. Une réplique de "Back in the Race" lui-même élaboré par Carlos Tavares  lors son arrivée à la tête de PSA en 2014 diront certains.

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