par La rédaction

Nous nous sommes tant haïs : Mercedes Classe E (W211)

S'il faut vivre caché pour vivre heureux, élites et idoles peu portées sur l'exhibition de leur réussite ont trouvé dans la Mercedes Classe E le meilleur moyen de rouler à l'ombre. Systématiquement banalisée en gris rase-muraille de peur dattiser la haine des riches, dépourvue du chiffre de cylindrée à larrière pour ne pas ranimer la lutte des classes, ce chef d'uvre de convenance BCBG reste l'un des moyens les plus sournoisement faux-culs de traverser crises économiques et troubles sociaux à labri de la vindicte populaire. Ce nest certes pas là la preuve d'une grande imagination, ni le signe dun esprit très progressiste, quand bien même votre Classe E porterait la discrète mention « Avant-garde ».

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Il va sans dire quune Benz packagée à lavant-gardisme présente le même degré d'authenticité qu'une évocation de Jean Jaurès perdue au beau milieu d'une harangue sarkozyste. Or, nous le rappellerons à ceux qui n'auraient d'autres références culturelles que l'Equipe, lavant-garde est en matière artistique l'équivalent assez exact d'un bras dhonneur adressé à tous les conformismes.

Il va donc falloir nous expliquer en quoi ces quelques 1700 kilos d'orthodoxie germanique rompent avec les conventions sociales et esthétiques d'un certain establishment. Rude gageure !

Symptomatique dune génération ayant dissolu le discours soixante-huitard dans l'aisance, politiquement correcte au point de dissimuler les plus licencieuses des grosses cylindrées sous les dehors trop oubliables dun taxi ordinaire, conforme aux sempiternels codes esthétiques prisés des Rastignac et machiavels soucieux dincognito, rigoriste jusque dans ses ténébreuses harmonies intérieures, la Benz cache fort bien les penchants révolutionnaires de conducteurs assez peu suspects d'idées contestataires...

Tant quà se réclamer de lavant-garde, Mercedes aurait certes pu s'inspirer des plus audacieuses compositions de Kandinsky pour élaborer ses sinistres nuanciers, voire enluminer ses habitacles funéraires de sérigraphies colorisées à la Andy Warhol. Nul doute que le concept aurait séduit la clientèle des cuistres soucieux dexhiber leur goût pour les arts fussent-ils de merde enveloppée dans les milieux tenus pour distingués.

Par quel miracle du marketing en est-on arrivé là ? Admettons que pour les non francophones, la langue de Montaigne, même employée à tort et à travers, possède dincontestables vertus pédantes qui feraient passer nos plus viles expressions pour le comble du raffinement mondain. Oh, France, lovely, so sweet ! Les Américains ont bien eu droit à une Renault « Encore », les Japonais à une Nissan « Chapeau » et le monde entier à des Audi « Après », pardon, « Avant », sans que cela nempêche leau de mouiller. Alors, pensez-vous, une Mercedes « Avant-garde », it's so smart !

Et si pareille antinomie ne provoque rien dautre en vous quun hochement de tête résigné, soyez rassurés et dormez tranquilles. Comme le disait si justement le regretté Pierre Desproges, on peut fort bien vivre sans aucune espèce de culture.

Pour résumer

S'il faut vivre caché pour vivre heureux, élites et idoles peu portées sur l'exhibition de leur réussite ont trouvé dans la Mercedes Classe E le meilleur moyen de rouler à l'ombre. Systématiquement banalisée en gris rase-muraille de peur dattiser la haine des riches, dépourvue du chiffre de cylindrée à larrière pour ne pas ranimer la lutte des classes, ce chef d'uvre de convenance BCBG reste l'un des moyens les plus sournoisement faux-culs de traverser crises économiques et troubles sociaux à labri de la vindicte populaire. Ce nest certes pas là la preuve d'une grande imagination, ni le signe dun esprit très progressiste, quand bien même votre Classe E porterait la discrète mention « Avant-garde ».

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