par Nicolas Anderbegani

Mohammed Ben Sulayem, nouveau président de la FIA

MBS, des initiales qui riment avec pouvoir au Moyen-Orient ! L'élection à la présidence de la FIA a désigné Mohammed Ben Sulayem comme successeur de Jean Todt.

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Hier soir avait lieu le gala de remise des prix de la FIA (boudé par Mercedes), à l'occasion duquel Jean Todt a fait ses adieux, après 12 ans et trois mandats passés à la tête de la puissante FIA. En marge du gala et du conseil mondial du sport automobile, l'élection du nouveau président de la FIA a désigné vainqueur Mohammed Ben Sulayem. L'émirati a récolté 61,4 % des voix, battant largement Graham Stoker, qui était le président-adjoint pour le Sport sortant et qui incarnait en quelque sorte la continuité.

Changement d'ère

Cette élection est évidemment très symbolique. A 60 ans, l'émirati est le premier président non-européen d'une fédération dont les origines remontent à 1904, quand elle s'appelait AIACR. Il confirme ainsi le poids grandissant que les états du Golfe Persique ont pris dans l'univers de l'automobile et du sport automobile, deux leviers du "soft power" que les pétromonarchies développent depuis quelques années. Le géant saoudien Aramco est devenu un des gros annonceurs de la F1 (et peut-être bientôt de Mercedes en remplacement de Petronas ?), 4 grands prix du Moyen-Orient sont désormais installés dans le calendrier, l'Arabie Saoudite est devenu l'hôte du Dakar, sans oublier évidemment l'actionnariat des fonds souverains dans certains géants de l'industrie, etc.

L'élection sera sans doute perçue par certains comme la consécration de la puissance financière des émirats, ou d'autres y verront l'opportunité de davantage d'ouverture pour cette région du monde, qui compte désormais parmi ses rangs un président d'une fédération de plus en plus engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique, l'égalité hommes-femmes ou la lutte contre les discriminations. Après, on pourra rétorquer que l'Arabie Saoudite et la Chine se sont disputées âprement un siège au conseil des droits de l'Homme de l'ONU, sans que l'on constate de changements spectaculaires...

Qui est MBS ? (non, pas l'autre)

Né à Dubaï en 1961, Mohammed Ben Sulayem fait ses études aux Etats-Unis à l'American University de Washington et au Royaume-Uni. Il a d'abord mené une fructueuse carrière de pilote au Moyen-Orient. Entre 1986 et 2002, il remporte ainsi 14 fois le championnat régional des rallyes, avec plus de 60 victoires au total, en pilotant successivement des Toyota Celica Turbo, Ford Escort Cosworth et Ford Focus WRC. Il participe aussi à 23 rallyes du championnat du monde, avec une 6e place au rallye d'Argentine 1993.

Après sa carrière de pilote, Ben Sulayem se lance dans une carrière institutionnelle. A partir de 2006, il préside le puissant Automobile and Touring Club of UAE et contribue à en faire l'une des fédérations les plus influentes. En plus de son implication dans l'organisation de grands évènements comme le GP d'Abu Dhabi ou le Desert Challenge, la fédération développe un large panel de catégories et d'évènements régionaux et locaux autour du sport automobile, tout en s'engageant aussi dans les questions de mobilité et de sécurité. En 2008, il est nommé vice-président de la FIA et membre du Conseil mondial du sport automobile.

MBS fait une première tentative aux présidentielles de 2013 avant de se retirer subitement. Il reste toutefois au sein de la FIA puisque le vainqueur Jean Todt l’inclus dans sa liste électorale comme l’un des sept vice-présidents chargé des sports, dans sa région du Moyen-Orient en l’occurrence. Son élection à la présidence apparait donc comme une suite "logique" après un parcours rondement mené.

« Je suis très heureux d’avoir été élu président de la FIA à l’issue de l’Assemblé Générale annuelle, a déclaré le vainqueur des élections. Je remercie tous les membres pour leur estime et leur confiance. Je félicite Graham (Stoker) pour sa campagne et son engagement auprès de la Fédération. Je tiens à exprimer ma gratitude infinie au nom de la FIA et de ses membres à Jean Todt pour tout ce qui a été accompli au cours des 12 dernières années. »

Quel est son programme ?

MBS se présente comme un candidat de rupture. Sa volonté est de moderniser la FIA et de la rendre plus transparente, promettant un audit externe sur la gouvernance, une évaluation des finances et la mise en place de rapports budgétaires et financiers transparents.

"La situation financière de la FIA n’est pas saine, nous voulons examiner les finances et prouver que la FIA peut revenir aux affaires d’une façon positive", dit-il. "La transparence et la responsabilité sont très importantes si vous voulez être pris au sérieux dans ce monde. Par exemple, les comptes de la FIA sont très compliqués à obtenir quand vous souhaitez les consulter. Alors je pense que nous devrions suivre l’exemple des grandes fédérations dans le monde comme le CIO, dont nous faisons partie, puisque leurs comptes sont consultables sur leur site Internet."

Il veut aussi nommer un PDG à la tête de l'instance, ce qui serait une première. Sous Todt et son prédécesseur Max Mosley, le Président dirigeait la FIA, tandis que les deux piliers du sport et de la mobilité étaient chacun pilotés par un secrétaire général. Cette nouvelle vision créerait un nouveau rôle très puissant et permettrait à la FIA d’être dirigée comme une entreprise. "La gestion au jour le jour, ce n’est pas pour le président", dit-il. "Je ne veux pas de micro-gestion. Je veux être président pour diriger, et confier les tâches quotidiennes à un PDG qui pourra unir le sport et la mobilité".

Côté sportif, il souhaite d'ici 2025 doubler la participation mondiale en sport auto. Pour cela, il vise la jeunesse en promettant de produire des cross-cars (buggys légers) et des karts d'entrée de gamme abordables.

"Il faut des véhicules abordables pour les niveaux d’introduction", déclare-t-il. "Nous avons lancé le Cross Car. Et c'était incroyable, je crois que c'est l'avenir. Mais les coûts sont supposés être de 8000 €, pas plus. Et puis ça a grimpé à 25 000 €. Si vous regardez l’Inde et la Chine, ils possèdent des moteurs, alors pourquoi leur imposer les nôtres ? Nous faisons le projet, nous veillons à ce que les règles de sécurité soient appliquées, pourquoi ne pas les laisser participer à leurs propres championnats locaux et régionaux ? Si notre objectif est de doubler la participation en quatre ans, c’est réalisable."

"La Formule 1 et le WRC sont en bonne forme, en très bonne santé même. Mais le monde a besoin de plus. Je veux dire qu’au niveau local et régional, il y a besoin de participations locales, d’événements locaux et régionaux. Cela ne peut se produire que si nous le faisons d'une manière abordable."

Au-delà de ces belles intentions, le nouveau président devra traiter aussi des sujets très chauds, notamment d'un point de vue sportif avec les récentes controverses en Formule 1.

Dernier point intéressant : sur la liste de Mohammed Ben Sulayem, on trouve comme postulante à la vice-présidence pour le Sport en Amérique du Sud une certaine Fabiana Ecclestone. Ancienne cadre du grand prix du Brésil, l'épouse du fameux Bernie deviendra ainsi la première femme à accéder à un tel poste. Est-ce aussi un moyen pour Bernie Ecclestone de revenir un peu aux affaires, après avoir été écarté de la F1 par Liberty Media ? L'ancien grand manitou de la F1 s'est déclaré prêt à conseiller son épouse si besoin est...

Pour résumer

MBS, des initiales qui riment avec pouvoir au Moyen-Orient ! L'élection à la présidence de la FIA a désigné Mohammed Ben Sulayem comme successeur de Jean Todt.

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