par Joest Jonathan Ouaknine

Le centenaire de Ferruccio Lamborghini

Né le 28 avril 1916, Ferruccio Lamborghini aurait eu 100 ans jeudi. Des vignes d'Emilie-Romagne à celles d'Ombrie, il mena une vie digne d'un roman, qu'on ne saurait réduire aux automobiles éponymes.

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Né le 28 avril 1916, Ferruccio Lamborghini aurait eu 100 ans jeudi. Des vignes d'Emilie-Romagne à celles d'Ombrie, il mena une vie digne d'un roman, qu'on ne saurait réduire aux automobiles éponymes.

Ferruccio Elio Arturo Lamborghini nait à Cento, près de Bologne, dans une famille de viticulteurs. D'après la légende, le travail manuel l'intéresse peu. Il préfère admirer la mécanique des machines. Il fait donc des études à la faculté technique de Bologne. A-t-il eu le temps d'être diplômé ? Si oui, dans quelle discipline ? En tout cas, en 1940, il est mobilisé. Le voilà mécanicien aéronautique à Rhodes, alors possession italienne. Les Anglais débarquent et il est fait prisonnier de guerre. Libéré à l'armistice, il se marie dans la foulée. En 1947, sa femme lui donne un fils, Tonino, puis elle meurt peu après.

Premiers business

L'Italie d'après-guerre a besoin de tout. Lamborghini est d'abord garagiste. Il fait construire des tracteurs, bricolés avec des surplus militaires Américains et Britanniques. En 1948, comme beaucoup d'autres, il construit une "spéciale" sur base Fiat Topolino, la Lamborghini MK1. Il dispute les 1000 miles à son volant. Sa course s'arrête dans la terrasse d'un restaurant et son pilote du jour en gardera une aversion pour la compétition.

A la place, il se consacre aux tracteurs agricoles. Avec Lamborghini Trattori, le bricolage se transforme en production industrielle.

Son patron fait fortune et il s'offre plusieurs GT, dans des Ferrari. L'idée d'en construire ne lui vient pas tout de suite. En 1958, c'est dans les chaudières, avec Lamborghini Caloreclima, qu'il se diversifie.

Lamborghini Automobili

La légende (propagée par Lamborghini lui-même) voudrait qu'à Modène, il ait apostrophé Enzo Ferrari, car il est mécontent de la finition de sa Ferrari. Après un échange d'amabilités typiquement transalpin, Ferruccio lâche : "vaf..., je la ferai moi-même, ma GT !"

Une autre version dit que lors d'un voyage dans le sud de la France, il voit une 2cv. C'est le déclic : il va construire une voiture modeste, pour le monde rurale... Mais il trouve le moteur de la 2cv trop petit et son équipement trop spartiate. De rajouts en rajouts le projet se métamorphose en GT.

En 1962, il visite l'élevage de taureaux de Miura, en Espagne. Il y attrape un coup de foudre pour la tauromachie. Hasard ou coïncidence, son signe zodiacal est le taureau. Désormais, ce sera l'emblème de ses sociétés.

Pour son projet de GT, Lamborghini recrute une poignée de cadres démissionnaires de Ferrari... Puis il refuse leur projet. Il embauche ensuite des jeunes et des gens moins connus du grand public, comme Gian Paolo Dallara ou Franco Scaglione. Au terme d'une course à la montre, la 350 GTV apparait au salon de Turin 1963. Faute de mécanique, le compartiment est lesté avec des briques et la finition du prototype (confiée à un troisième couteau) est déplorable. Qu'importe, les retours sont bons et à l'automne, Lamborghini Automobili est officiellement lancé.

Le patron veut des GT utilisables sur route. Dallara réussit à le convaincre d'étudier une voiture haute performance, la future Miura. Au salon de Turin 1965, elle n'est qu'un châssis nu. Mais quel châssis ! Son V12 transversal, placé derrière les occupants est inédit. Bertone y ajoute une carrosserie futuriste pour le salon de Genève 1966. La Ferrari 275 GTB/4 contemporaine semble bien ringarde avec son moteur à l'avant !

Lamborghini continue ses provocations avec le concept-car Marzal. Puis c'est l'Espada (un clin d'œil aux épées des toreros), une grosse GT. Mais le patron refuse d'engager des voitures en compétitions. Désemparé, Dallara s'en va chez De Tomaso. Pendant ce temps, le jeune constructeur se développe à travers l'Europe et les Etats-Unis.

La chute

Lamborghini a posé ses valises à Bologne. La mairie communiste offre des prêts à des taux avantageux. En contrepartie, l'investisseur doit recruter des ouvriers syndiqués. En 1969, le Parti impose un débrayage d'une heure hebdomadaire et les ouvriers s'exécutent.

Au début des années 70, Lamborghini Trattori voit plusieurs grosses commandes annulées au dernier moment. La production baisse, mais il est impossible de renvoyer les ouvriers syndiqués. Acculé, Ferruccio revend à SAME.

Le coup est rude pour son empire. D'autant plus que le développement de la future Countach -qui doit remplacer la Miura- est ruineux. En 1973, il vend 51% de Lamborghini Automobili à Georges-Henri Rossetti ; le fondateur reste néanmoins de facto PDG. La crise du pétrole tombe au pire moment. René Leimer, un proche de Rossetti, rachète les 49% restant. Ferruccio quitte le constructeur qui porte son nom.

L'après

Il reste à Ferruccio Lamborghini Caloreclima et Lamborghini Oleodinamica, un fabricant de valves. En 1974, il devient papa d'une petite Patrizia. Il s'offre une grande propriété en Ombrie, où il fait du vin. Un retour aux sources, en somme...

Mais Ferruccio ne reste pas longtemps inactif. Vers 1985, il contacte Paolo Stanzani, l'un des ingénieurs "historique" de Lamborghini Automobili. Puis le duo se rapproche de Nuccio Bertone. L'objectif est de créer une GT très exclusive et très performante. Romano Artioli rejoint le trio. En temps que gestionnaire de concessions, il apporte un aspect commercial. Artioli veut baptiser le projet Bugatti. Lamborghini n'est pas d'accord. Jean-Marc Borel, auteur de plusieurs livres d'automobiles, est chargé de calmer les tensions entre les deux fortes têtes. Mais Artioli prend les choses en main et il approche seul Hispano-Suiza, qui possède les droits de la marque. Lamborghini sent qu'il perd le contrôle de son propre projet. Il part, alors qu'en 1987, Artioli fait enregistrer Bugatti Automobili.

Ce projet a semble-t-il revigoré Ferruccio. Il transforme sa propriété en hôtel et compte produire des golfettes électriques. Et alors que Chrysler est en train de revendre Lamborghini à Megatech, il n'hésite pas à donner publiquement son avis sur le devenir de "sa" marque.

Début 1993, il a une attaque cardiaque. Hospitalisé, il meurt deux semaine après, le 20 février 1993.

Crédits photos : Lamborghini Trattori (photos 1, 3, 10 et 14), Lamborghini Automobili (photos 2, 6, 7, 8, 9 et 11), Lamborghini Caloreclima (photo 4), Mundotoro (photo 5), Lamborghini Winery (photo 12) et Bugatti (photo 13)

Pour résumer

Né le 28 avril 1916, Ferruccio Lamborghini aurait eu 100 ans jeudi. Des vignes d'Emilie-Romagne à celles d'Ombrie, il mena une vie digne d'un roman, qu'on ne saurait réduire aux automobiles éponymes.

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