par Elisabeth Studer

Fusion PSA/FCA : les USA scrutent l'actionnariat du chinois Dongfeng

Autre volet de l'accord de fusion entre PSA et FCA : l'épineux sujet de l'actionnariat chinois au sein d'un futur consortium intégrant le géant américain Chrysler … et ce, alors que les tensions commerciales sont les plus vives entre Etats-Unis et Chine.

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Autre volet de l'accord de fusion entre PSA et FCA : l'épineux sujet de l'actionnariat chinois au sein d'un futur consortium intégrant le géant américain Chrysler … et ce, alors que les tensions commerciales sont les plus vives entre Etats-Unis et Chine.

Lors d'un entretien diffusé vendredi par Bloomberg TV, le principal conseiller économique de la Maison Blanche Larry Kudlow a fait savoir que Washington regarderait "de très près" le mariage annoncé entre PSA et l'italo-américain Fiat Chrysler, transaction qui implique le groupe chinois Dongfeng.

Les USA seront vigilants sur l'actionnariat de Dongfeng

Interrogé pour savoir si les États-Unis, en guerre économique ouverte avec la Chine, avaient examiné de près l'accord, en raison notamment de la présence au capital de PSA de l'actionnaire chinois Dongfeng, Larry Kudlow a répondu que l'étude n'avait pas encore été effectuée. Déclarant toutefois que Washington allait « évidemment regarder cela de très près."

Interrogé sur la participation de 12,2% du chinois Dongfeng Motors et de ses 19,5% de droits de vote dans PSA, Larry Kudlow a répondu que l'administration Trump était « vigilante en ce qui concerne l'aspect chinois.

Une participation chinoise dérangeante en pleine guerre commerciale

Le groupe chinois Dongfeng détenant une participation dans PSA, tout en étant partenaire en Chine de Peugeot et Citroën via joint venture, si le mariage annoncé jeudi entre PSA et Fiat Chrysler se concrétise, Dongfeng deviendra donc de facto actionnaire de Chrysler, grand nom de l'histoire économique et automobile américaine, et détenteur de marques mythiques telles que Jeep ou Dodge.

De quoi faire tousser – voire s'exclamer sur twitter ? - Donald Trump alors que les Etats-Unis et la Chine mènent une bataille commerciale des plus ardues depuis des mois à coup de droits de douane et taxes d'importations. Washington et Pékin promettent certes depuis peu de cesser les hostilités en signant prochainement un accord commercial partiel mais rien n'a été concrétisé à l'heure actuelle.

Larry Kudlow a par indiqué que Donald Trump n'avait pas fait de commentaire sur cet accord. « Nous ne craignons pas de faire affaire avec des entreprises internationales, c'est bien connu » a-t-il au contraire déclaré.

Dongfeng étudierait différents scénarios pour se séparer de ses parts de PSA

En août dernier, le journal Bloomberg avait laissé entendre que Dongfeng Motor examinait différents scénarios pouvant le conduire à modifier sa participation dans PSA, actuellement à hauteur de 12,2 %.

Toujours selon le journal, qui insistait par ailleurs sur les difficultés actuelles du secteur automobile dans son ensemble, une cession totale ou partielle de cette participation aurait même été envisagée à cette date.

Bloomberg avait ainsi indiqué que Dongfeng aurait commencé à sonder des conseillers sur les différentes solutions possibles pour monétiser au mieux sa participation de 12,2% dans PSA.

Parmi les différents scénarios alors envisagés, figuraient une cession pure et simple ou l’émission d’obligations convertibles en actions PSA, indiquait l’agence financière.

Selon les sources de Bloomberg, la réflexion du groupe chinois n'aurait été toutefois qu’à un stade préliminaire en août dernier. Les délibérations étant à un stade précoce, il n’y aurait ainsi aucune certitude qu’elles puissent à terme déboucher sur un accord concret, ajoutait alors le journal.

Dongfeng souhaiterait disposer de fonds pour investir

Toujours selon l’agence, ces fonds permettraient à Dongfeng d’investir dans d’autres domaines à un moment où ses concurrents dépensent des milliards de dollars en véhicules électriques et en systèmes de conduite autonome.

La dégradation du marché automobile mondial, l’évolution de la technologie et l’affaiblissement de la croissance économique détournent actuellement les consommateurs des concessions. Une telle récession a d’ores et déjà incité nombre de constructeurs traditionnels à faire face en supprimant des emplois et en poursuivant des fusions. Dongfeng pourrait se délester d'une partie de sa participation dans PSA afin de tirer potentiellement partie de la consolidation future du secteur, selon les sources.

L’avenir de la coentreprise Dongfeng/ PSA sujet également à discussion

L’agence Bloomberg indiquait alors que Dongfeng, qui possède une coentreprise avec PSA, souhaite également discuter avec son partenaire de ce volet de leur partenariat, le groupe chinois souhaitant visiblement préserver cette relation avec le constructeur français.

Selon les sources de Bloomberg, Dongfeng Motor prévoit de coordonner ses activités avec le constructeur français s’il décidait de vendre, afin de préserver de bonnes relations de travail.

A l’heure actuelle, les deux partenaires sont engagés au sein de DPCA (Dongfeng Peugeot Citroën Automobiles, à hauteur de 50/50). En marge de la présentation de ses résultats, PSA avait quant à lui concédé que le système en coentreprise compliquait la tâche pour se réorganiser et investir.

Tavares pour une révision de la gouvernance de la joint-venture

Si PSA a certes publié des résultats 2018 qualifiés d’historiques, il n’en demeure pas moins que la Chine demeure son maillon faible. Le groupe est conscient qu’il doit coûte que coûte redresser la barre, le marché intérieur de l’Europe ne risquant de lui offrir que peu de débouchés dans les mois à venir. D’où la volonté de Carlos Tavares de remettre les choses à plat dans les co-entreprises chinoises du groupe.

En mars dernier, le journal Le Figaro indiquait ainsi que le patron de PSA souhaitait revoir en profondeur la stratégie suivie par sur DPCA, la principale structure du groupe en Chine en termes de résultats commerciaux. Désirant également s’attaquer à la gouvernance de la co-entreprise.

Carlos Tavares considérait alors les efforts entrepris comme insuffisants. Il plaidait alors en faveur de mesures plus radicales, estimant que l’actuelle mode de gouvernance de DPCA poserait problème.

« La JV à 50/50 ne fonctionne pas actuellement. Lorsque le comité exécutif décide, la décision doit s’appliquer. Ce n’est pas le cas aujourd’hui », avait-t-il ainsi déploré, ne mâchant pas ses mots … d’autant plus que, selon lui, la situation pèse sur la réactivité de la co-entreprise.

Se voulant plus précis, Carlos Tavares avait déclaré que « opérationnellement », toutes les JV ne fonctionnaient pas à 50/50, « mais avec une seule direction d’un des deux partenaires ». Une situation qu’il le conduisait alors à envisager une révision de la gouvernance.

Si la nouvelle législation chinoise permettra aux groupes étrangers d’exercer en pleine propriété à partir de 2022, un tel scénario semble difficilement réalisable pour PSA, son partenaire Dongfeng détenant 12,23 % du capital du groupe français, avions nous alors précisé. L’objectif final de l’opération dont se faisait l’écho Bloomberg ?

L'avis de Leblogauto.com

Si Donald Trump ne s'est pas encore exprimé sur le sujet, il se pourrait tout simplement qu'il examine actuellement le dossier. Larry Kudlow a beau faire la fanfaron en déclarant que les Etats-Unis ne redoutent pas de traiter avec des entreprises internationales – histoire de ne pas être taxés de protectionnisme – il n'en demeure pas moins que l'arrivée d'un actionnaire chinois au sein d'une entité intégrant un géant de l'industrie automobile US pourrait faire un peu tâche en pleine campagne pré-électorale américaine.

Il se pourrait aussi que l'annonce des ventes des parts détenues par Dongfeng dans PSA soit le deuxième volet de l'accord de fusion entre PSA et FCA et que leur éventuel rachat par le nouveau partenaire du groupe automobile français soit encore sujet à de vives discussions. Impliquant les Etats-Unis ….

Sources : AFP, Reuters, Bloomberg

Pour résumer

Autre volet de l'accord de fusion entre PSA et FCA : l'épineux sujet de l'actionnariat chinois au sein d'un futur consortium intégrant le géant américain Chrysler … et ce, alors que les tensions commerciales sont les plus vives entre Etats-Unis et Chine.

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