par Joest Jonathan Ouaknine

Décryptage : L'Opel Astra est la voiture de l'année 2016... et ça n'est plus ce que c'était

L'Opel Astra est la Voiture de l'année 2016. Ca devrait être la principale information de la semaine, sinon du mois.  Mais l'information a été vite oubliée. Qui est-ce que cela intéresse encore ?

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L'Opel Astra est la Voiture de l'année 2016. Ca devrait être la principale information de la semaine, sinon du mois.  Mais l'information a été vite oubliée. Qui est-ce que cela intéresse encore ?

Il fut un temps pas si lointain où les constructeurs scrutaient avec attention l'élection de la voiture de l'année. Après tout, c'était le prix Goncourt de l'automobile. Cela récompensait des efforts, voire un plan de relance. Surtout, c'était un argument commercial de poids. Et cela garantissait quasiment une belle carrière au modèle.

Lorsqu'en 1994, la Mondeo fut couronnée, Ford s'en vanta pendant un an ! Et même une fois l'année écoulée, l'ovale bleu continua à y faire encore allusion. Aujourd'hui, les constructeurs n'en parlent qu'immédiatement après.

T'es qui ?

Le processus d'élection de la voiture de l'année est un peu poussiéreux. Une soixantaine de journalistes automobiles votent pendant des mois. A chaque vote, les voitures les moins populaires sont éliminées. On arrive ainsi à une liste finale. A l'issue de cette ultime délibération, les jurés émettent une fumée blanche. Puis un représentant sort et déclare : "Habemus automobile anni" Ou presque. Les jurés actuels sont inconnus du grand publics. Le site internet semble n'avoir pas bougé depuis 1999 : une seule langue, pas d'animations, pas de présence sur les réseaux sociaux, etc. D'ailleurs, seule la presse papier est représentée dans le jury.

Le problème, c'est qu'en 2016, l'heure n'est plus aux experts qui dialoguent en secret, dans une tour d'ivoire. On l'a bien vu avec la polémique des Oscars. Les gens ont pris l'habitude de critiquer, voire de participer au processus de décision. Ils n'hésitent plus à mettre en cause la légitimité d'un comité. Ils réclament de la transparence et des explications. Alors que la Voiture de l'année se contente généralement d'un lapidaire : "La meilleure voiture d'Europe, c'est celle-ci, point." L'incontestable devient contesté.

Il y a trop de prix

D'après la légende, c'est Walt Woron qui a l'idée d'un prix de "Voiture de l'année". En 1949, le rédacteur en chef de Motor Trend fut subjugué par le V8 Chrysler, au point de vouloir féliciter le constructeur. En 1950, Woron voulut couronner la gamme de Cadillac. Le prix devient alors annuel.

En 1963, l'idée traversa l'Atlantique. Plutôt que d'organiser son propre prix, dans son coin, Fred van der Vlugt, d’Auto Visie, appella ses confrères. Ce Néerlandais convainquit vingt-six collègues de neuf pays européens de cerner un prix commun de voiture de l’année. Au fil des années, le nombre de jurés s'agrandit afin d'accueillir des représentants d'autres pays.

En 1964, la Rover 2000 fut la première lauréate. Les Français ne s'intéressèrent à la compétition que lorsque la R16 triompha deux ans plus tard, en 1966. Au point où elle est aujourd'hui désignée comme étant la "première voiture de l'année" ! La récompense était d'autant plus convoitée que c'était la seule en Europe.

A l'instar du prix Goncourt, la Voiture de l'année doit de nos jours faire face à de nouveaux prix. Prix récompensant le design, la sécurité, l'impact environnemental, le prix de revient kilométrique, décerné à tel type de véhicule (utilitaire, 4x4, roadster...) ou bien concernant telle démarche mise en place par une marque, voire une usine. Ils sont décernés par des médias, mais aussi par des sociétés d'assurance, des ONG, etc.

Il y en a tellement que certains constructeurs ont choisi de communiquer sur "les prix reçus ce mois-ci." Chaque modèle, chaque constructeur reçoit une pelleté de trophées. Exactement comme la plupart des romans possèdent un bandeau. Et la Voiture de l'année se retrouve noyée dans le flot perpétuel.

Un métro de retard

Depuis 1964, le comité d'élection de la Voiture de l'année a toujours fait preuve de classicisme, voire de conservatisme. Pendant longtemps, le portrait-robot de la lauréate fut une berline trois volumes d'un généraliste européen, si possible une propulsion. Quitte à ne pas "voir" les évolutions du marché. En 1984, la Fiat Uno fut la première citadine titrée. Il faudra attendre 1993 pour qu'une japonaise (la Nissan Micra) soit sacrée. En 1997, le Renault Mégane Scénic fut le premier monospace. Les SUV sont sur le devant de la scène depuis des années, mais aucun n'a été consacré à ce jour.

Bon d'accord mais après ?

Aujourd'hui, la Voiture de l'année, c'est très souvent une compacte, d'un constructeur généraliste. Après la Volkswagen Golf (2013) et la Peugeot 308 (2014), c'est le tour de l'Opel Astra. Partant de là, dans la même logique pourquoi pas la Renault Mégane la prochaine fois.

Le verdict est aussi prévisible que l'Astra est calibrée pour le marché. Un design sans risques, pas de version hybride ou électrique, un constructeur à la stratégie très conservatrice. D'ailleurs, ce n'est même pas le cheval de bataille d'Opel. Comme ses collègues du segment, on la retrouvera beaucoup dans les flottes. Son gros point fort, c'est d'offrir de l'équipement à gogo. D'ailleurs, le communiqué de l'organisation s'attarde sur ce qu'elle offre et non sur ce qu'elle offre en plus.

On en attend davantage de la Voiture de l'année. Car pour calculer un rapport prix/équipement, pas besoin d'être un expert.

Crédits photos : Opel (photos 1 et 7), Ford (photo 2), Fiat (photo 3), Renault (photo 4), Kia (photo 5) et Peugeot (photo 6)

Pour résumer

L'Opel Astra est la Voiture de l'année 2016. Ca devrait être la principale information de la semaine, sinon du mois.  Mais l'information a été vite oubliée. Qui est-ce que cela intéresse encore ?

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