par Joest Jonathan Ouaknine

Chine: ChangHe abandonne l'automobile

Le marché Chinois est actuellement en train de se structurer au pas de charge. La croissance s'obtient désormais en prenant des marchés aux autres constructeurs. Dans ce contexte, les plus faibles sont asphyxiés. Première victime: ChangHe.

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ChangAn et ChangHe ont débuté comme deux frères jumeaux. Tous deux filiales d'équipementiers militaires, ils sont venus à l'automobile avec des minivans Suzuki produit sous licence.

Quasi-simultanément, à la fin des années 90, ils fondèrent chacun une joint-venture avec le constructeur Japonais. Alors que ChangAn produisait des Alto, ChangHe faisait de même avec le Beidouxing (Wagon R+.)

En 2003, ChangAn n'est qu'un petit poucet d'un marché Chinois très atomisé. Ford, qui veut créer une joint-venture avec lui, veut le forcer à racheter son autre partenaire Chinois, Jiangling (Landwind.)

De son côté, ChangHe a le vent en poupe et il lance l'Ideal. Signée Bertone et utilisant de nombreux composants Suzuki, elle est néanmoins considéré comme l'une des premières citadines "pures" Chinoises.

ChangHe fut également l'un des pionniers de l'exportation de voitures Chinoises. Son Ideal partira ainsi au moyen-orient et dans les anciens pays du bloc soviétique.

Vers 2005-2006, la production de ChangAn explose, avec les lancements de la Suzuki Swift et de la Ford Focus. Mazda rejoint Ford et la joint-venture devient ChangAn-Ford-Mazda. Cette dernière s'invite dans le top 10 des constructeurs Chinois. Par ailleurs, ChangAn lance sa première voiture "pure", la Ben Ben (2006) et produit son millionième minivan (2007.)

Seul échec: l'exportation du Landwind en Europe.

A contrario, la production de ChangHe plafonne. Il se contente de lancer un minivan, le Friend, directement dérivé des production Suzuki. Le constructeur japonais veut produire de plus en plus de modèles en Chine. Mais les modèles les plus intéressants commercialement (Swift, SX4...) sont pour ChangAn. ChangHe ne récupère que les monospaces, comme le Landy.

ChangAn est aujourd'hui le 4e constructeur Chinois (en additionnant les ventes de ChangAn-Ford-Mazda, de ChangAn-Suzuki et de sa marque propre.)

ChangHe, lui, ne cesse de reculer. Gamme vieillissante, réseau limité, dettes... L'équipementier militaire AVIC II, son actionnaire principal, s'impatiente. Différents scénarii sont étudiés. Suzuki rêverait de rapprocher ses deux joint-ventures. Il tente un ballon d'essai avec le "grand Suzuki": les ChangAn-Suzuki, les ChangHe-Suzuki et les modèles importés vendus dans un seul et même réseau. Les concessionnaires ChangHe tirent la langue et le projet fait long feu.

AVIC II fusionne avec un autre équipementier aéronautique, AVIC I, afin de former un "Airbus Chinois". Dans ce contexte, le destin de ChangHe passe au second plan. La rumeur évoque une disparition pure et simple du constructeur. Le projet qui semblait tenir la corde était la création d'un "pole automobile" autonome (en vue d'une revente?) avec Hafei (autre propriété de AVIC II.)

Récemment, la province d'Anhui, où est située ChangHe, rêvait d'un ChangHe dans l'orbite de Chery-JAC.

Mais le couperet vient de tomber. ChangHe va abandonner l'automobile pour devenir un sous-traitant d'AVIC. Il ne construira plus que des équipements aéronautiques.

ChangHe va ainsi rejoindre Chunlan, Fuqi, Huali, Nanjing-Fiat, Soyat, Tongtian ou Yun Que au cimetière des constructeurs Chinois.

Comme on peut le voir, la liste est déjà longue. Jusqu'ici, les disparus étaient soit des PME qui avaient eu les yeux plus gros que le ventre et/ou des constructeurs absorbés par un concurrent pour produire le(s) véhicule(s) de ce dernier. Dans le cas de ChangHe, on a affaire à un constructeur de taille moyenne qui multiplait les pertes et dont l'actionnaire principal a décidé de couper le cordon.

Or, demain, avec l'accélération du marché, de plus en plus de poids moyens auront du mal à suivre et leurs actionnaires finiront par perdre patience. Alors, qui sera le prochain sur la liste?

Dés 2007, ChangHe était malmené. Ce naufrage était tout, sauf imprévisible. Il met à mal Suzuki, pour qui ChangHe devait produire la Splash (une solution imposée par Pékin, contre l'avis du constructeur Japonais, afin de sauver ChangHe.) Aujourd'hui, la Splash n'a plus d'usine en Chine.

Le grand gagnant est ChangAn. Il devrait récupérer le réseau de ChangHe, il perd son grand concurrent et il se retrouve unique partenaire de Suzuki. Autant de bonnes nouvelles qui lui permettront de cimenter sa 4e place.

Source:

Gasgoo

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Pour résumer

Le marché Chinois est actuellement en train de se structurer au pas de charge. La croissance s'obtient désormais en prenant des marchés aux autres constructeurs. Dans ce contexte, les plus faibles sont asphyxiés. Première victime: ChangHe.

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