par Thibaut Emme

C'est quoi ce "radar sonore" dont on parle ?

Testés discrètement depuis des mois, ils sont annoncés depuis hier à coup de dépêches d'agence. Les "radars" sonores entrent en scène. On vous en dit plus.

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Déjà, comme souvent, on va appeler ce dispositif "radar", par fainéantise ou par commodité, alors qu'il n'y a absolument pas de radar dedans (utilisation d'ondes radio). Ce radar, donc, est en fait composé de micros directionnels, ainsi que d'une caméra. Le but ? Filmer la plaque d'un véhicule bruyant et envoyer une amende forfaitaire de 135 euros au propriétaire. C'est le capteur Méduse (illustration) développé par Bruitparif.

Sauf que le dispositif pose plus de questions qu'il n'en résout. En effet, la mesure du bruit d'un véhicule repose sur des protocoles très précis, reproductibles à l'envi. La distance du sonomètre, l'angle par rapport à la sortie de l'échappement, la position du véhicule dans son environnement, le régime moteur de la mesure, etc. Tout est calibré, normé, prévu par la loi.

Une mesure de bruit très codifiée

Par exemple, si on met un véhicule non loin d'un mur, cela fausse la mesure par réflexion des ondes sonores. De même si on fait la mesure dans un environnement bruyant, ou calme. Les motards et scooteristes qui se sont déjà fait contrôlés le savent. Ici, donc, on a un appareil de mesure, installé en hauteur, qui va faire un relevé "à l'arrache". Dès lors, la mesure revient à peu près au même qu'un agent de la force publique qui, à l'oreille, considère que vous faites trop de bruit.

En outre, lorsqu'il y a un seul véhicule qui passe dans la rue, il est "simple" d'avoir la direction précise du son, et donc de prendre la plaque. Mais, s'il y a deux motos qui passent, ou deux voitures, deux véhicules, etc. comment savoir précisément lequel est celui qui fait un "bruit excessif" ? Théoriquement, les radars ont été testés sur circuit pour reproduire ces cas de figure.

Ici, ce sont clairement les véhicules deux-roues qui sont visés, et précisément les motos. Le radar en test dont tout le monde parle depuis hier ne sera pas en plein Paris, mais en pleine Chevreuse, terrain favoris des motards franciliens. Ce sera sur la D46 à Saint Lambert dans les Yvelines, non loin des fameux 17 tournants (D91) de Dampierre-en-Yvlines. Dampierre a d'ailleurs accueilli un Méduse l'an dernier en test.

D'autres devraient rapidement être mis en place sur Paris, Nice, Toulouse, etc. C'est une phase expérimentale sur le premier semestre 2022. La phase de sanction aura théoriquement lieu à partir du second semestre de cette année.

"Pas punitif", mais 135 € tout de même

"Ce n’est pas un dispositif punitif. Il vise à sanctionner des comportements ultra-minoritaires de personnes qui trafiquent volontairement leur moto ou leur scooter. Ce radar permettra aussi de ne pas faire peser la lutte contre la pollution sonore sur les forces de l’ordre" selon le Député des Yvelines, Jean-Noël Barrot, à l’origine du projet.

Reste à savoir si sur le PV il y aura le niveau sonore relevé car certaines motos ou scooters sont homologués en France avec des niveaux de dB élevés. Il n'est pas rare d'avoir des motos modernes à 98 dB. Et même avec un échappement totalement homologué, il y a un régime moteur d'homologation. Si on passe au rupteur, on le dépasse forcément. Le niveau sonore devrait être fixé par décret selon Bruitparif. Que se passe-t-il si le niveau est inférieur à celui homologué de votre véhicule ?

Si l'amende sera de 135 euros (minorée à 90 euros si règlement rapide), aucun point ne sera enlevé. Cela ressemble donc à ce que certains ont peut-être déjà rencontré dans leur vie de conducteur, "défaut de maîtrise du véhicule" ou "vitesse inadaptée"... Tour de passe-passe législatif qui permet de sanctionner, même en l'absence de mesure correctement faite selon les normes.

Ici, on verra le décret, mais cela devrait introduire la notion vague de "bruit excessif". Reste à voir si cela ne va pas déclencher une vague de contestations en l'absence de mesure valide.

Assurance, contrôle technique, etc.

Réjouissez-vous, dans les "radars" à venir, on pourrait rapidement avoir un élargissement des contrôles lancés après passage devant un radar fixe. Pour le moment, la loi prévoit que l'Etat peut regarder si un véhicule en infraction à la vitesse est bien assuré. Un véhicule qui passe en-dessous de la vitesse limite n'est pas regardé. Cela pourrait changer. A condition que la loi soit proposée, et non retoquée. Et quitte à regarder l'assurance, l'Etat prévoit aussi de regarder le contrôle technique. A 135 euros le défaut du contrôle technique, s'il est vérifié même en l'absence d'infraction à la vitesse, cela va inciter à le passer.

Illustration : le capteur "méduse" de Bruitparif, développé depuis 2016 pour cartographier le bruit (ici sur un chantier en ville)

Pour résumer

Testés discrètement depuis des mois, ils sont annoncés depuis hier à coup de dépêches d'agence. Les "radars" sonores entrent en scène. On vous en dit plus.

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Rédacteur
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