par Elisabeth Studer

Carburant : la flambée des prix devrait perdurer

Cela ne vous aura pas échappé … : le prix du carburant va de record en record … atteignant des sommets. Phénomène dont on se serait bien passé. Alors que le cours du brut ne cesse de s’envoler, le prix du gazole vient de dépassé pour la première fois les 1,60 euros le litre.

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Pire encore ? la tendance devrait se poursuivre, les tensions sur les marchés du pétrole étant loin de s’affaiblir.

Effet démultiplicateur de la taxation

Si certes, un peu plus d'un tiers du prix du carburant est directement lié au cours du pétrole … plus de la moitié est liée à la taxation, entre TVA et taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Véritable jackpot pour le gouvernement.

Selon l'Union française des industries pétrolières (Ufip), pour un litre de gazole à 1,62 euro, les taxes se montent à près de 88 centimes, soit plus de 54% du prix total. Un taux toutefois en légère baisse depuis 2007. Sur l'essence sans plomb 95, les taxes représentent 57% du prix à la pompe.

Comment cela est-il possible ? La TVA est appliquée à la fois sur la partie "brute", avant TICPE. Mais, elle l'est aussi sur la TICPE et ajoute donc une taxe sur une taxe. C'est quoi la valeur ajoutée de la TICPE ? En fait, la TICPE n'est pas de 60,9 centimes d'euros par litre de gazole ou de 69,1 centimes d'euros par litre d'essence, mais respectivement de 73,08 c€/ et de 82,92 c€/l. Bingo pour le budget de l’Etat !

Mais par pour le consommateur, « victime » en quelque sorte d’un effet démultiplicateur. Une hausse du cours du pétrole entraîne des ponctions fiscales accrues au niveau des deux taxes, le prix à la pompe s’en trouvant doublement impacté.

Le cours du pétrole n’aurait pas fini de flamber

S’échangeant à plus de 88 dollars le baril, le cours du Brent a atteint mardi son plus haut niveau depuis 2014. Et tout concourt à la poursuite d’une telle tendance.

Les analystes estiment en effet que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient – liées notamment au conflit au Yemen -  et une production inférieure à la demande continuent de tirer les prix vers le haut.

A noter également l'incapacité de plusieurs Etats membres de l'OPEP+ (Pays exportateurs de pétrole) à atteindre les quotas fixés lors des dernières négociations au sein de l'organisation, et ce malgré une demande qui progresse, n’arrangeant rien à l’affaire. Dans un tel contexte, les pays ont tout intérêt à produire moins pour faire grimper les cours … et accroître ainsi leur manne pétrolière. L’envolée des prix rattrapant largement les pertes en volume induites par une telle stratégie.

Le pétrole reste cependant encore loin de son record absolu, atteint en 2008, en pleine crise des subprimes. Le baril de Brent avait alors dépassé les 146 dollars en août 2008, avant de chuter début 2009 autour des 45 dollars.

Sans action sur la fiscalité, peu de marges de manœuvre

Si le gouvernement refuse de s’attaquer à la fiscalité appliquée sur le prix du carburant, les marges de manœuvres demeurent très réduites.

Mi-octobre, alors que le prix du gazole était 10 centimes plus bas qu'actuellement, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, avait certes appelé les distributeurs à "faire un geste » en « réduisant leurs marges". Le président de l'Ufip avait alors souligné que la marge nette des distributeurs "est de l'ordre d'un centime par litre".

Au final, le gouvernement aura fait le choix d'une "indemnité classe moyenne" de 100 euros, versée en décembre à 38 millions de Français gagnant moins de 2 000 euros net par mois. Un chèque qui vise à répondre à la hausse des prix d'une manière générale.

La fiscalité sur le carburant : une aubaine pour financer le soutien de l’Etat par temps de Covid

Des mesures en faveur d’une baisse de la fiscalité sur les carburants constituent des décisions difficiles à prendre pour le gouvernement, alors même qu’il doit faire face à un dérapage des finances publiques, largement plombées par le soutien de l'économie en cette période de Covid.

La TICPE est en effet l'une des principales recettes fiscales de l'Etat. L’envolée actuelle du prix du pétrole améliore son « efficacité », à la plus grande joie de Bercy.

Au début des années 2000, le gouvernement socialiste de Lionel Jospin avait mis en place une TIPP (ancêtre de la TICPE) "flottante". Laquelle permettait de lisser le prix du carburant en cas de hausse du cours du pétrole. Si l'idée est régulièrement revenue dans le débat public ces dernières années, elle n'est pas à l'ordre du jour.

Sources : AFP

Pour résumer

Cela ne vous aura pas échappé … : le prix du carburant va de record en record … atteignant des sommets. Phénomène dont on se serait bien passé. Alors que le cours du brut ne cesse de s’envoler, le prix du gazole vient de dépassé pour la première fois les 1,60 euros le litre.

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