par Thibaut Emme

Alliance Renault-Nissan : crispation entre l'état français et Nissan

En montant de façon inattendue avoir des conséquences plus importantes que prévues.

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En montant de façon inattendue au capital de Renault pour faire passer la loi Florange (voir ici), l'Etat a engagé un bras de fer avec Nissan (et Carlos Ghosn) et cela pourrait avoir des conséquences plus importantes que prévues.

Lorsque Renault a sauvé Nissan, le constructeur français a pris une grande part de son partenaire nippon. L'histoire automobile a fait que depuis, le poids de Nissan a considérablement augmenté par rapport à celui de Renault au sein de l'Alliance, mais que "Renault détient toujours Nissan" (ce qui est faux dans les faits mais ressenti comme tel au Japon). Jusqu'à présent un certain équilibre avait été trouvé, Nissan renonçant même à ses droits de votes dans les assemblées de Renault malgré 15% du capital.

En forçant la main des actionnaires, l'Etat a cristallisé les tensions et l'équilibre est rompu. Pire, l'Etat, qui avait promis que ce passage à environ 20% du capital de Renault n'était que temporaire le temps de faire voter la loi Florange, n'a toujours pas revendu les actions, arguant d'un prix de revente non opportun. Plutôt étrange que ce même Etat affirmait avoir négocié la revente à prix fixe dès l'achat.

Désormais, Nissan demande du changement dans les relations de l'Alliance (*). Nissan propose que Renault redescende au capital de Nissan tandis que Nissan demanderait l'exécution de ses droits de vote ainsi qu'une augmentation du capital de Renault qu'il détient. Chaque constructeur aurait idéalement selon Nissan entre 25 et 35% de l'autre. Sous couvert d'équité ce serait en fait Nissan le grand gagnant car la loi japonaise n'est pas la même que la loi française et Renault perdrait le contrôle qu'il a sur Nissan.

Du côté de l'Etat, on a bien senti la menace et le Ministre de l'Economie a tenu à réagir : "Il ne faut pas déstabiliser l’alliance par des changements, des rééquilibrages, des modifications de gouvernance, qui d’ailleurs peuvent entraîner des conflits d’intérêt". Evidemment, derrière cette déclaration c'est directement Carlos Ghosn qui est visé puisque le PDG de Nissan est également PDG de Renault.

Les choses devraient très vite bouger puisque tant que l'Etat n'a pas ses droits de vote doubles, son poids est relativement négligeable et Carlos Ghosn a les mains libres. Ces droits de vote doubles entreront en vigueur en mars 2016 et l'Etat aura alors une minorité de blocage lors des AG.

(*) Début septembre selon Reuters, Hiroto Saikawa, représentant de Nissan au conseil d'administration de Renault, a distribué une proposition de rééquilibrage de l'alliance avec Renault. D'aucuns y voient la patte de Carlos Ghosn.

Source : Reuters, Le Monde, illustration : Renault

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En montant de façon inattendue avoir des conséquences plus importantes que prévues.

Thibaut Emme
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