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Faut-il sauver les fonderies en France ?

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Les Fonderies de Bretagne sont dans l’actualité, comme la « Société Aveyronnaise de Métallurgie » (SAM). Plus généralement, ce sont les fonderies de France qui sont menacées. Mais pourquoi ?

La plupart de ces fonderies sont issues d’un historique de petits ateliers régionaux. Accolés souvent à une mine locale (charbon, minerais de fer, etc.) ces forges comme on les appelaient autrefois ont disparu peu à peu. Désormais, on compte plus en France que 380 établissements qui emploient 29 000 salariés. La moitié environ travaille pour la filière automobile en produisant des blocs moteur, des collecteurs d’échappement, des carters, les éléments de suspension, des disques de frein, etc. Fonte, aluminium, etc. les produits sont divers.

50 millions d’euros d’aide pour les fonderies

Le point quasi commun à tous ces établissements est le fait d’avoir été durant des années la propriété d’un constructeur, ou de n’avoir eu comme client principal que ce constructeur automobile. Désormais, ces mêmes constructeurs se tournent vers des usines étrangères où la main d’oeuvre coûte moins cher et où certaines normes environnementales peuvent être plus souples.

Les Fonderies de Bretagne (FDB) anciennement Société bretonne de fonderie et mécanique (SBFM) est un peu l’exemple type. Créé en 1966 par la Régie Renault, à Caudan près de Lorient, FDB a eu pour client principal son propriétaire, Renault jusqu’à la fin des années 90. Renault représentait plus de 70% des commandes et la fonderie tournait bien.

Renault a revendu en 1998 la fonderie à l’Italien Teskid qui la revend en 2006 à un autre Italien : Zen. Mais la superbe est partie et la fonderie est déjà en grandes difficultés. Il faut dire que le groupe Zen qui s’est fait une spécialité de racheter les fonderies moribondes n’arrive plus à tenir le cap. SBFM n’est pas la seule puisque toutes les activités France du groupe Zen sont concernées avec plus de 2200 salariés au total en comptant Rencast, Fabris ou d’autres.

Renault cherche un repreneur, 12 ans après avoir racheté FDB

L’ancien propriétaire et toujours client principal, Renault, rachète la fonderie en 2009 après un plan drastique de départs. De plus de 600 salariés on est environ à 400 employés de ce qu’il faut désormais appeler la Fonderie de Bretagne. L’an dernier déjà, on a prêté à Renault l’intention de fermer FDB. Après un premier mouvement syndical, l’activité est repartie.

Mais, début mars 2021, Renault a annoncé au comité social et économique (CSE) qu’il cherchait un repreneur pour la fonderie. Et qui dit repreneur dit souvent reprise partielle des salariés et les 350 employées tremblent. Depuis, des mouvements animent la vie de l’usine avec ces derniers jours la « séquestration » de certains membres de la direction de l’usine. Les syndicats de salariés veulent que Renault conserve la fonderie.

« Ils sont sortis à 22H30 mardi. Ils ne veulent toujours pas discuter alors ça ne sert à rien de s’obstiner à vouloir parler avec des gens qui n’en ont pas envie », a déclaré à l’AFP Maël Le Goff, secrétaire général CGT de l’usine, qui emploie 350 salariés.

Quel sont les problèmes des fonderies en France ?

Selon les calculs de la Fédération forge fonderie, « le coût de main-d’œuvre est huit fois moins élevé en Turquie, trois fois moins au Portugal ». Et les constructeurs n’hésitent plus désormais à acheter à l’étranger. Le « patriotisme » industriel qui pouvait avoir cours de l’immédiate Après-Guerre aux années 80 c’est terminé.

Ensuite, ces fonderies produisent des pièces qui peuvent voir leur demande s’effondrer du jour au lendemain. C’est le cas par exemple des pièces spécifiques aux motorisations Diesel comme à Caudan dans le Morbihan, mais aussi d’autres pièces en fonte. En effet, la fonte pèse lourd et la marche forcée vers le véhicule électrique impose des changements de productions brutaux. La fonte pèse encore 20% du marché de la fonderie.

Lundi dernier, le Gouvernement a réuni un conseil stratégique de la filière automobile. A la clé, l’annonce d’une aide de 50 millions d’euros pour la reconversion des salariés des fonderies. Cela ne plait évidemment pas à ceux qui travaillent dans ces établissements.

Faut-il sauver l’industrie automobile française ?

Car oui, l’aide n’est pas pour sauvegarder les emplois et la filière fonderie en France. L’aide servirait à aider les salariés à se reconvertir. Oui, mais vers quoi ? Et surtout, ne faudrait-il pas regarder comment relocaliser des productions comme le demandent les syndicats ?

La production automobile en France a chuté drastiquement depuis des années. Les années fastes de la production française était le début des années 2000 avec plus de 3 millions de véhicules produit sur notre sol. Le soufflé est retombé rapidement à 2,5 millions avant de reculer peu à peu avec la montée en force des PECO (pays du bloc de l’Est et ex-URSS).

En 2020 ce fut même pire que tout avec pratiquement une production hexagonale divisée par deux. La pandémie à la Covid-19 n’explique pas tout car cela fait des années que pas mal de productions ont été délocalisées vers l’Espagne, la Turquie, l’Estonie, le Maroc, etc.

Se pose alors la question de savoir si on veut sauver la production automobile « made in France », ou s’il convient de l’oublier et de former les ouvriers de cette industrie vers autre chose. La filière automobile, comme d’autres industries lourdes (l’automobile est à cheval entre industrie lourde pour les pièces et industrie pour la production NDLA) fut longtemps un réservoir d’emplois que l’Etat France et les industriels ont décidé de laisser tomber et de délocaliser.

Des pistes pour sauver les emplois ?

On a longtemps promis de passer d’un pays de cols bleus à un pays de cols blancs. Mais, il faut avouer que ce mirage s’est dissipé. D’autres pays voisins ont fait le choix de soutenir la filière, quitte à la « subventionner » pour maintenir des emplois ouvriers. Fournir une aide financière à une usine permet de conserver des emplois directs et indirects, et rapporte au final plus que cela ne coûte.

La fonderie est le dernier exemple en date d’une industrie française qui se délite dans une course effrénée à la baisse des coûts pour maintenir ou augmenter les marges. On pourra citer la sidérurgie, les mines, les chantiers navals, ainsi que d’autres qui se joignent à cette liste de filières au passé plus grand que l’avenir en France.

Pourtant, certains économistes estiment que mettre un prix international au carbone pourrait changer la donne. En effet, qui dit prix du carbone élevé (et international) dit coût du transport plus élevé. Ainsi, une production plus locale, et donc moins taxée sur le carbone dû au transport, retrouverait de facto des couleurs.

D’autres industries de la filière auto seraient alors concernées comme les pneus (Michelin La Roche-sur-Yon, etc.) les boîtes de vitesse, ou différentes pièces pour moteur (thermiques ou électriques).

Faire payer très cher le transport international

La contrepartie à tout cela est un prix des biens manufacturés qui se renchérit par rapport à ceux produits par exemple en Asie puis importés par bateau ou train. Ce prix du carbone est aussi demandé par ceux qui prônent une transition dite écologique. Le Président Français, Emmanuel Macron, a déclaré ce jeudi (Reuters) : « (…) Si nous ne donnons pas un prix au carbone, il n’y a pas de transition possible. Il nous faut donc intégrer la dimension environnementale dans le coût des investissements, dans nos marchés régionaux, dans nos relations commerciales » lors d’un sommet virtuel sur le climat organisé par les Etats-Unis.

Le souci est qu’une énorme partie de l’économie mondiale est basée sur le transport de marchandise, de matières premières, etc. Et c’est l’un des freins à la mise en place de taxes sur le transport. Ici, repeint en vert en parlant du climat et du CO2, il pourrait recueillir plus d’adhésions.

Pour le moment, on brade les fonderies, héritières des forges. En 1936, aux forges d’Hennebont / forges de Lochrist (1860-1966), plus de 3000 employés faisait tourner la boutique. En 1966 ils étaient encore 1300 lors du dépôt de bilan, et bien moins quand Renault a décidé de moderniser les forges pour les transformer en fonderie, sur le nouveau site de Caudan.

Illustration : Renault, la Fonderie de Bretagne

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55 Commentaires sur "Faut-il sauver les fonderies en France ?"

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SAM
Invité
SGL
Invité

Tout à fait
Tant que l’Europe et la France continueront à être une passoire économique aux produits Asiatiques c’est inévitable… les Spring, DS9, C5X vont devenir vite la norme !

SAM
Invité
2007-2008, les modèles économiques pris en exemple par l’exécutif et le patronat français sont : – le modèles espagnol pour sa flexibilité du travail et son accroissement urbain. – le modèle britannique pour sa consommation (à crédit) et son économie tournés vers les services ; – le modèles chinois pour y délocaliser toutes les productions plus rentables en France. Le gouvernement en place en est convaincu, l’industrie française et l’agriculture sont archaïques, places aux services et à la Chine. L’Allemagne a cette même période sert les dents, réforme son marché du travail et croit en son réseau de grandes entreprises… Lire la suite >>
sweeck
Invité

Tiens juste pour voir : essayons de proposer que l’Europe aligne les droits de douane à l’entrée de véhicules en provenance de chine sur ceux qui sont imposés aux véhicules entrant en chine.
Qui va envoyer une armée de lobbyistes à Bruxelles pour faire obstacle au projet ? Je suis prêt à parier que les groupes bataves Renault et Stellantis seront en tête du cortège.
Les délocalisations ne vont pas devenir la norme, elles sont presque terminées : 1 million de voitures produites en France en 2020, contre 3 en 2000.

Jean
Invité

1 million, on se demande bien lesquelles. Talisman et Scenic finies. Il restera les utilitaires et la famille 308-3008

wizz
Membre

Jean
Peugeot Sochaux produit environ 500.000 voitures
Tu rajoutes le voisin à Mulhouse, puis Rennes et Poissy…
Pour Renault, ça va se limiter à Douai, lorsque Flins sera reconverti en recyclage, reconditionnement des pièces mécaniques

Puis il reste les utilitaires

Jean
Invité

Oui, voilà. Ça ne faitmpas beaucoup. Il ne reste plus que PSA et avec la fusion, Rennes risque. de fermer. Il suffit que la gamme 3008-5008-C5 ne marche plus…

Mwouais
Invité

@wizz : difficile de comprendre Flins : l’usine avec le plus grand nombre de prestations de main d’œuvre serait implantée en France.

J’aurais pensé l’inverse et je me demande combien de temps Flins risque de survivre. Ce sera en tous cas une expérience assez intéressante à suivre. Espérons pour ceux qui en seront comme un succès.

wizz
Membre

sweeck
Presque terminées ne veut pas dire terminées.
Presque zéro ne veut pas dire que c’est fini, que demain ne serait pas pire.
Ici, le presque vaut 1 million de véhicules. Et c’est plus que suffisant pour que la délocalisation poursuive, jusqu’à la dernière usine.

SGL
Invité

S’il y a avait une date à ne surtout pas prendre, c’était bien 2020 @sweeck
Est-ce utile d’expliquer !?

Emmanuel
Invité

Dans l’article c’est Turquie et Portugal qui sont cités … donc pas vraiment des pays asiatiques 😉

luxecar
Invité

Pas complétement juste Thibaut car l’Europe de l’Est Contrairement à la Turquie ou l’Inde à une faible croissance démographique, voir une décroissance. Moins de gens sur le marché du travail=augmentation des salaires et disparition de l’avantage de l’Est sur l’Ouest.

lym
Invité
Niveau Europe, l’Allemagne n’a même plus à réellement délocaliser depuis sa réunification. A l’époque on disait qu’ils en auraient pour des décennies à payer la facture de la remise à niveau de la RDA… En réalité, c’est devenu une affaire rentable en exploitant une MO pas cher et désormais à domicile. Et surtout, toute l’Europe a payé et pas seulement directement via les aides (payées par tous les membres) mais aussi indirectement car leur dépense a fait monter les taux de manière générale et pas seulement pour leur DM, vu le poids de la Buba prêteuse: C’est juste le déclencheur… Lire la suite >>
SAM
Invité

On se rend compte que dans les autos dites « propres » … il faut :
– des puces;
– des logiciels;
– du Lidar;
– des capteurs;
– des batteries;
– des métaux rares …
– une domiciliation fiscale avantageuse …
et des bitcoins.

Les dragons du sud-est asiatique, la Chine et les USA semblent bien armés au détriment de l’axe Zurich/Cologne/Rotterdam/Londres … des usines du nord/de la Seine/ façade atlantique en France ou espagnoles ou encore de l’axe Emilie-Romagne/Milan/Turin/Vénétie.

Le moteur a explosion en son temps avait tué les grandes usines du bassin stéphanois-lyonnais, du nord et du nord-est.

SGL
Invité

Eh bien, donc, on a du pain sur la planche ! (en Europe)

beniot9888
Invité

A part les métaux rares (encore que, le pot catalytique…), tous ces composants sont nécessaires à la construction d’un véhicule thermique.

SGL
Invité
amiral_sub
Invité

@SGL : sans la pandémie la France aurait du etre au plein emploi cette année…

SGL
Invité

Je ne sais pas, mais pour revenir à l’automobile, ça serait bien que la France maîtrise de A à Z la conception et la fabrication des VE … Pour les emplois du futur.
Je dis ça pour le bien de tout le monde, c’est qu’un souhaite… C’est encore possible, demain (dans 10 ans) ça ne sera peut-être plus possible !?

Croûton
Invité
La solution, elle est aussi en partie chez le consommateur. Personnellement j’essaie d’acheter le moins possible en ligne, je cherche la qualité et non le prix, je vais dans des endroits qu’on appelle des magasins et je parle avec des vendeurs. Et dans la mesure du possible j’achète français ou européen (fabriqué en France, pas « designed » hein), si on prend le temps de regarder on trouve, pour les vêtements par exemple (le textile, autre filière industrielle en difficulté). Alors certes j’achète moins souvent des blocs fonte et c’est moins facile de savoir d’où viennent toutes les pièces d’une voiture, mais… Lire la suite >>
amiral_sub
Invité

vous achetez votre culasse où?

polo
Invité

Au gouvernement de faire son boulot, il est actionnaire des constructeurs, il faut peut-être leur rappeler qu’il les a aider au moment ou ils étaient au plus mal donc ce serait appréciable de rendre la pareille. Dans le pire des cas qu’il leur rappelle qu’en ce moment leurs usines sont à l’arret à cause d’un manque de puces qui il n’y a pas si longtemps étaient fabriquées en Europe donc dépendre de l’étranger pour les pièces de fonderie qui sont tout aussi vitales (les moteurs électrique ont toujours des pièces de fonderie) ne semble pas forcément une bonne idée.

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