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Rétro F1 2000 : le calvaire de Peugeot et de Prost

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Peugeot

Arrivé en 1994 avec de grandes ambitions, Peugeot n’a jamais concrétisé en Formule 1, l’année 2000 étant le point d’orgue et de chute d’un échec sportif cuisant.

Partenaires malgré eux ?

Après ses exploits en Sport-Prototypes avec la 905, Peugeot envisage dans un premier temps un projet F1 100% interne, châssis et moteur, avant d’opter finalement pour un programme de motoriste. Malgré une première saison 1994 encourageante ( 8 podiums et 4e place constructeurs), le partenariat avec McLaren est rompu, Ron Dennis ayant été exaspéré par les problèmes de fiabilité du V10 français, ce qui l’a poussé à se jeter dans les bras de Mercedes. Faute de top-teams disponibles, Peugeot se rabat sur Jordan. Pendant 3 saisons, le duo franco-irlandais récolte quelques podiums, une belle 5e place constructeur en 1997 mais on est loin des résultats escomptés.

Peugeot envisage de quitter la F1 mais finit par rallier le projet Prost Grand Prix. Le quadruple champion du monde, appelé en sauveur pour éviter de voir Ligier partir sous pavillon anglais, a presque accepté à contrecœur mais c’est un homme de challenge. Il rêve de créer une « dream team » française et dispose au départ de puissants appuis politiques, surtout celui du président Chirac. Cependant, dès le début, c’était mal parti avec Peugeot car le contrat initial, qui prévoyait une fourniture gratuite pour 5 ans du V10 sochalien, tombe à l’eau.

Le galérien

En effet, entre le rachat de Ligier à Flavio Briatore fin 1996 et le début du partenariat avec le motoriste français, prévu en 1998, Alain Prost perd subitement ses appuis. Jacques Chirac et la droite perdent la majorité après la désastreuse dissolution de l’assemblée nationale en 1997 au profit de la gauche socialiste, qui n’a pas du tout le même engouement pour la F1 et n’entend pas soutenir financièrement un projet appuyé par la droite, relevant qui plus est d’un sport contraire à ses priorités écologiques. Quant à Jacques Calvet, qui avait validé l’engagement de Peugeot, il prend sa retraite et cède son siège de PDG à Jean-Martin Folz, qui donne la priorité au WRC et fait réviser le contrat avec Prost. Il est ramené à trois ans et…avec fourniture payante, quelques jours seulement avant la signature !

Pour les débuts, la saison 1998 a été désastreuse, avec 1 seul point marqué miraculeusement à Spa dans des circonstances particulières ( 8 voitures à l’arrivée de l’hécatombe). Prost a du encaisser les changements règlementaires, le déménagement des locaux à Guyancourt et la boite de vitesses développée avec Peugeot Sport s’est averée fragile comme du cristal. En 1999, c’est un peu mieux, avec un podium au Nürburgring décroché par Jarno Trulli, mais les nuages s’amoncèlent. Les rumeurs disent qu’Alain Prost songe à changer de motoriste, et Peugeot rencontre le succès en WRC, dans un championnat moins coûteux que la F1…

Tout change, mais rien ne change

En 2000 pourtant, Prost espère le coup de fouet en jouant la carte du changement, avec un nouveau directeur technique, un duo de pilotes attrayant (le vieux renard Jean Alesi associé au jeune loup Nick Heifdeld), un nouveau sponsor-titre (Yahoo) et un nouveau moteur Peugeot, le A20, plus léger, plus compact et plus puissant que les précédents, donné pour 800 chevaux. Mais dès le début de la saison, c’est la douche froide. La monoplace n’est pas franchement réussie et surtout le V10 Peugeot n’est ni puissant ni fiable. Les nouveaux blocs, qui ont du être remoulés suite à des soucis de fuite dans la chambre de combustion et de rupture de culasse, ont été livrés en retard. Ils ne délivrent finalement que 780 chevaux et rendent 1600 trs/min au bloc Mercedes. L’AP03 se traîne lors des essais hivernaux. Alain Prost déplore un moteur qui « n’est pas conforme à ce qui était prévu ». Les rumeurs repartent bon train, dès l’entame de la saison européenne. On annonce Prost en discussions tantôt avec Mercedes, tantôt avec Ferrari, alors que, de son côté, Peugeot semble tout miser sur le WRC et chercherait à revendre son programme moteur. Les noms de Toyota et de Asian Motor Technics sont avancés comme éventuels repreneurs.

L’objet de la discorde : le V10 A20 (crédit : f1-prost)

Grève à Magny-Cours !

Les désillusions s’enchaînent, comme à Monaco où Alesi abandonne sur une rupture de transmission alors qu’il évoluait en 7e position. Quand arrive le GP de France, 9e du calendrier, Prost compte déjà…10 abandons en 16 départs, avec comme meilleur résultat une 8e place ! Prost et Alesi s’épanchent dans la presse sur la calamité du V10 Peugeot. Les casses moteur s’accumulent, les kilomètres de roulage manquent et, tel un cercle vicieux, empêchent le développement de la voiture. Un nouveau V10 amélioré, évolution 4, a été testé juste avant, avec 800 chevaux disponibles. Signe du manque de confiance régnant, quand Alesi a bouclé son 1er tour d’attaque, le chrono était si rapide que les ingénieurs ont cru que la télémétrie était hors service !

Après des essais libres prometteurs, la séance de qualification à Magny-Cours est une déception. Heidfeld est 16e, Alesi 18e après avoir été obligé de changer de voiture suite à un problème de pression d’essence. Devant les journalistes, on ne mâche plus ses mots. Alors que l’avignonnais peste contre la dernière évolution du V10, qu’il estime larguée face à la concurrence, Prost enfonce le clou en dénonçant un « manque de soutien » de Peugeot et un partenariat « qui n’en a jamais été un ».  Le torchon brûle entre le patron d’équipe et Corrado Provera, le directeur de Peugeot Sport. On s’écharpe sur les chiffres de puissance et sur la responsabilité des casses mécaniques, chacun se renvoyant la balle. La coupe est pleine. Scène surréaliste, lors du warm-up du dimanche matin, le staff technique Peugeot organise une « grève » de 15 minutes pour protester contre les incriminations de Prost et Alesi ! Les techniciens interdisent l’allumage des moteurs. Les voitures restent cloués dans leur box, alors que la concurrence s’élance. Du jamais vu ! Une guéguerre interne et autodestructrice comme on sait si bien le faire, parfois, chez nous.

Le calice jusqu’à la lie

La suite de la saison ira de mal en pis, symbolisée par l’accrochage ubuesque entre Alesi et Heidfeld en Autriche, sans compter les pannes mécaniques à répétition qui, à l’issue de la saison, amènent à un record de 53 casses moteur pour le bloc Peugeot (!!!) Les deux partenaires n’en sortiront pas grandis. Peugeot annonce après l’Autriche la revente de son programme moteur à Asiatech, qui motorisera Arrows en 2001. Priorité au WRC pour le lion, avec le succès que l’on sait ! De son côté, cette Annus Horribilis plombe définitivement Prost GP. La plupart des commanditaires s’en vont, tandis qu’Alain Prost est obligé de vendre 40% de ses parts au brésilien Pedro Diniz, qui promet l’arrivée de nouveaux investisseurs. Le moteur Peugeot parti, Prost récupère pour 2001 un V10 Ferrari, badgé au nom du sponsor Acer, performant mais qui coûte une fortune. La saison 2001 s’annonce bien difficile, faute de finances suffisantes. Elle le sera, plus que jamais ! Prost et Peugeot, un fiasco à la française…

Jean Alesi et Nick Heidfeld n’ont pas ménagé leur peine…

Images : f1-prost.overblog, wikimedia commons

 

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17 Commentaires sur "Rétro F1 2000 : le calvaire de Peugeot et de Prost"

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Scott
Invité

Excellent article

Thibaut Emme
Admin

Un épisode peu glorieux de la F1 française.
Quand le politique se mêle de ce qu’il ne devrait pas en poussant à la reprise de Ligier, à la fourniture d’un moteur, à un « mariage » foireux…

Jean
Invité

Excellent article. J’ignore tout de cette epoque. J’apprends que Peugeot produisait un V10. Il etait developpe uniquement pour la F1? Quel interet par rapport aux couts probablement considerables?

Thibaut Emme
Admin
L’image…le sport auto a toujours été une question d’image. Peugeot va au Mans et remporte l’épreuve. La F1 est l’étape d’après (considéré par beaucoup comme l’égal ou au-dessus de l’endurance). A cette époque, les moteurs coûtaient bien moins à concevoir et produire que maintenant. De mémoire à l’époque des V10, un compétition client coûtait entre plusieurs centaines de milliers d’euros jusqu’à 2 millions. Les moteurs étaient encore « simples » et on pouvait limer le bitume pour les développer. Ce n’était pas rare d’avoir plusieurs version de moteurs dans la saison, voire des architectures différentes. C’est l’arrivée des V8 Kers qui a… Lire la suite >>
Jean
Invité

Le Mans evidemment! Je me disais bien qu’il manquait quelque chose. J’imaginais les couts en plusieurs centaines de millions d’euro egalement, d’un autre cote ca explique le manque de fiabilite.

wizz
Membre
je ne serais pas aussi sûr qu’un retour aux V10 simples permettrait de diminuer drastiquement le cout des moteurs, parce que c’est la compétition, et que toute chose permettant de gratter un pouillième de seconde est toujours bon à prendre On revient au V10, ok. Mais: -si je peux développer un moteur développant autant de puissance consommant 10kg de carburant en moins, alors ce sera un avantage pour moi, avec une voiture plus légère, donnant la possibilité de caser 10kg de lest aux bons endroits et améliorer l’équilibre de la voiture -si je peux développer un moteur tout aussi puissant,… Lire la suite >>
Commandant Tour
Invité

Rejoindre le débutant Prost au moment où le partenariat avec Jordan devenait plus que performant…. quelle grosse erreur … Ou quand la politique fait faire n importe quoi…

Girard
Invité

Je suis totalement d’accord, la symbiose avec Jordan commençait à bien fonctionner, tout arrêter pour l’aventure Prost a été la plus grosse erreur de Peugeot Sport. Tout ça pourquoi ? , la fin de Peugeot en F1, la fin de Prost et Jordan dont les écuries ne se sont pas remise..Quel gâchis.

Straton
Invité

Ce fut une grande déception que cela tourne au fiasco car on avait la possibilité d’avoir une écurie de Formule 1 cent pour cent française…
Mais Alain Prost, quadruple champion de monde, n’y-a-t-il pas laissé sa fortune dans cette aventure ? Je pose la question.

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