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Rétro F1 1990 – Mexico : la « remontada » d’Alain Prost

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Prost

Éprouvé par la terrible guerre interne livrée contre Ayrton Senna chez McLaren en 1989, Alain Prost a répondu aux sirènes de la Scuderia pour la saison 1990. Il ambitionne de ramener le titre chez Ferrari, qui court après depuis 10 ans.

Rattraper McLaren et Senna

Sans grande surprise, le début de saison a tourné nettement à l’avantage de Senna et McLaren-Honda, qui ont remporté 3 des 5 premiers grands prix. Du côté des rouges, malgré un succès au Brésil, ça se crispe déjà un peu. John Barnard, le concepteur de la 641, est parti, les résultats sont mitigés et les premières frictions apparaissent entre Prost et son équipier Mansell, qui vit mal l’arrivée en sauveur du professeur. Le département technique subit déjà une réorganisation, avec les départs de Steve Nichols et Henri Durand, signe de l’influence que le champions français a déjà acquise au sein de la Scuderia. Ses déclarations directes et parfois cinglantes commencent à heurter certains journalistes, même si le divorce n’est pas encore là…

Au Mexique, le mauvais état de la piste, très bosselée, rend le réglage des monoplaces très compliqué et inflige une véritable torture aux pneus qui se dégradent très vite. La courbe de Peralta a été resurfacée mais le reste du circuit donne l’impression aux pilotes d’être assis sur une machine à laver. Berger (McLaren) prend la pole, devant Patrèse et Senna. Mansell, sur la première Ferrari, est 4e mais Alain Prost n’est que 13e. En délicatesse avec les réglages qualifs, le professeur a choisi de sacrifier la qualification pour préparer au mieux la course, ce qui a toujours été sa marque de fabrique. Il a travaillé en conditions de course avec des pneus durs et un réservoir d’essence plein. Au warm-up, le Français s’est même montré assez confiant. Son style de pilotage coulé et sa capacité à préserver les pneus devraient faire merveille…

Prost les dégomme un par un

Au départ, Patrèse vire en tête alors que Prost, prudent, sort du 1er virage en 15e place. Les McLaren prennent cependant rapidement les commandes de la course. Dans le premier tiers du grand prix, Senna s’envole et creuse progressivement un écart de plus de 15 secondes sur ses poursuivants. C’est derrière que ça s’anime, avec une remontée méthodique et spectaculaire de Prost, qui multiplie les dépassements. Déjà dans le top 6 au bout de 13 tours après avoir passé Alesi, il vient à bout respectivement aux 26e et 31e tours des Williams de Patrèse et Boutsen. Il pointe 4e dans le sillage de la Benetton de Piquet et de son équipier Mansell. Senna pour sa part caracole en tête avec 15 seconde d’avances sur son compatriote et ennemi. Un écart qui grimpe même à 17 secondes au 33e tour.

Vers la mi-course, on entre alors dans une phase critique, où la durabilité des pneus commence à être mise à mal. Berger s’était arrêté dès le 12e tour suite au bullage de ses gommes, et Piquet fait de même peu après la mi-course. Les Ferrari ne rencontrent pas ce problème et impriment un rythme de course haletant, grignotant peu à peu l’avance de Senna. Au 50e tour, Senna commence à se plaindre à la radio de difficultés avec ses pneus, soupçonnant même une crevaison lente à l’arrière-droit, mais McLaren lui intime de rester en piste, alors qu’il n’a plus qu’une dizaine de secondes d’avance. Au 55e tour, Prost effectue un superbe dépassement au bout de la ligne droite sur Mansell, qui faisait lui-même un dépassement sur l’Onyx retardataire de Gregor Foitek. Le français, décidément très incisif, est le plus rapide en piste et abat le record du tour. Senna serre les dents et n’a plus que 9 secondes d’avance !

Les Ferrari « en feu »

Senna est à l’agonie avec ses pneus, si bien que, une fois la jonction faite, Prost le dépose immédiatement au 61e tour et prend la tête.  Le brésilien boit le calice jusqu’à la lie et subit une explosion du pneu arrière droit justement quelques boucles plus tard. Mansell, accroché aux basques de Prost, part en tête à queue ! Il enclenche la marche arrière et repart, mais a perdu quinze secondes dans cette mésaventure. Au 67e tour, Berger l’a rattrapé et fait un « dive bomb » sur Mansell en le passant au forceps en bout de ligne droite. Mais dès le tour suivant, « il leone » prend l’aspiration de l’autrichien, zigzague juste derrière lui pour l’intimider et le passe avec audace par l’extérieur à 250 Km/h dans la terrifiante parabolique inclinée de Peralta. Un dépassement « à la Mansell » !

Prost, loin devant, remporte sans doute sa plus belle course, mêlant à la fois l’intelligence tactique et la vista sur la piste. Une nouvelle leçon du professeur, qui a fait le bon choix en optant pour des réglages à faible charge aérodynamique, qui lui ont permis de remonter comme un diable. C’est la liesse chez Ferrari, avec un championnat totalement relancé. Mansell, 2e, digère mal cependant l’ascendant pris par Prost. La première étincelle d’une fin de saison qui s’annonce explosive.

 

Image : Ferrari

 

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6 Commentaires sur "Rétro F1 1990 – Mexico : la « remontada » d’Alain Prost"

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ema
Invité

Merci .
Très fort Nicolas pour raconter les GP. Un vrai plaisir à lire.

Rowhider
Invité
Prost a expliqué qu’il ne parvenait pas à faire fonctionner les gommes de qualif c’est pourquoi il s’est concentré sur les réglages course. A la fin des qualifs où il ne parvient à se hisser qu’à la 13ème place, il rentre au stand et toute l’équipe Ferrari est dépitée. Il leur annonce alors tranquillou « Ne vous inquiétez pas, je vais gagner le GP demain » Vous imaginez bien que tout le monde l’a pris pour un dingue. La suite on la connait: une voiture parfaite, une gestion de course à la Prost et un succès incroyable. Sans doute la course la… Lire la suite >>
Ryoma
Invité

Surtout qu’il faut souligner que c’est une victoire sans aléas pouvant aider comme la pluie, un safety car, ravitaillement en carburant ou quota de moteurs comme maintenant (sauf la pluie).

guicheteau
Invité
Un grand champion comme 3 ou 4 autres mais le plus grand depuis la guerre reste pour moi JIM CLARK. Fauché en pleine gloire, il n’a pas le palmarès auquel il aurait pu prétendre d’autant que la concurrence à l’époque était plus rude et le nombre de courses bien moindre (mais un taux de réussite spectaculaire). Il ne s’intéressait pas vraiment à la mécanique, mais avait un talent inné pour le pilotage, un style très coulé qui allait très bien avec les F1 légères, peu puissantes et sans aucun appui aérodynamique de l’époque. Gérard CROMBAC, le créateur de SPORT AUTO,… Lire la suite >>
wizz
Membre

rajouter un lest de 70kg sur une Porsche Cayenne, ça ne changera pas grande chose

rajouter un lest de 70kg sur un proto des années 60….

Il a battu le record avec un passager, OK. Mais le précédent record, c’était fait comment? Coude sur la portière? (à moins que toutes les tentatives de record étaient faites avec 2 personnes à bord)

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