Accueil Historique 25 ans déjà-Le Mans 1995 : McLaren gagne avec une GT !

25 ans déjà-Le Mans 1995 : McLaren gagne avec une GT !

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24 heures du Mans

Les 24 heures du Mans 1995 sont restées en mémoire pour leurs conditions très pluvieuses et le succès inattendu d’une GT, qui a mis en échec les prototypes grâce à un heureux concours de circonstances.

Force GT

Après l’effondrement du Groupe C en 1993, l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) a légiféré en créant une classe WSC (World Sportscar) pour les prototypes mais surtout en favorisant le retour des GT, via la mise en place des classes LMGT1 et LMGT2. Les fortes restrictions imposées aux prototypes WSC (bride moteur et réservoir limité) les rendent moins performants que les anciennes Groupe C, tandis que les règles permissives du GT1 (1 seule exemplaire minimal exigé pour l’homologation !) entrainent ainsi un boom sans précédent de la catégorie : 99 demandes d’inscription sont recensées par l’organisation !

En 1995, les prototypes sont représentés par des spécialistes et des petits constructeurs, avec Kremer ainsi que les français Courage, WR et Debora. Le team privé Euromotorsport aligne une 333Sp bien connue du championnat IMSA américain. C’est malgré tout en GT que le plateau est le plus conséquent et prestigieux. Ferrari aligne quelques F40 LM GTE, Porsche, Jaguar et Venturi sont aussi présents alors que le Japon débarque en force, avec la présence de Toyota, Nissan, Honda et Mazda, appuyés par des soutiens usine officiels. Pourtant, l’attraction n°1, c’est la débutante : McLaren. Le constructeur britannique ne fait pas les choses à moitié, avec 6 voitures qui sont engagées par des équipes privées ou semi-privées ! La F1 du Giroix Racing Team, sponsorisée par Jacadi, utilise même un biocarburant à base d’alcool de betterave…

Le biocarburant, précurseur en 1995 !

Voiture de course malgré elle

Dévoilée en 1992, la supercar McLaren F1 conçue par Gordon Murray a fait sensation dans le monde de l’automobile. Outre son look d’enfer et ses trois sièges avant, elle épate les spécialistes grâce à son châssis monocoque en matériaux composites, inspiré des technologies F1 et son fabuleux V12 BMW de 627 chevaux. Un rapport poids-puissance démoniaque qui en fait alors la voiture de série la plus rapide au monde…Bien que cela n’ait pas été prévu à l’origine, une version de course a été développée pour répondre à la demande de nombreuses équipes.

Ainsi est née la F1 GTR’95, dont le V12 perd un peu en puissance en raison des restrictions règlementaires, mais gagne énormément en appui et en tenue de route. Grâce à un kit développé par Murray, la transmission est renforcée et les freins passent au carbone. Engagée dans le championnat BPR, la F1 GTR fait figure d’épouvantail puisqu’elle a déjà gagné 6 des 7 premières courses du championnat ! La McLaren F1 est évidemment la star de l’édition 1995, et pourtant elle n’a pas vraiment eu l’occasion de réaliser des tests approfondis sur une course de 24 heures.

La pluie redistribue les cartes

Aux qualifications, les prototypes WSC ont pris le dessus. William David et Patrick Gonin assurent une première ligne 100 % WR ! Le Welter Racing, héritier de WM qui avait marqué l’histoire en 1988 avec les fameux 407 Km/h atteints par Roger Dorchy dans les Hunaudières, a conçu un prototype très agile basé sur la 905 Spider. Derrière suivent les trois Courage, qui alignent des équipages de haut niveau avec des jeunes loups (Eric Hélary, Frank Lagorce, Eric Bernard) et des « vieilles » gloires comme Bob Wollek, Henri Pescarolo et Mario Andretti. Dans la bataille des GT1, Ferrari prend la pole position devant une McLaren F1 GTR  exploitée par Lanzante Motorsport mais engagée sous la bannière d’un sponsor japonais, Kokusai Kaihatsu. Les GT naviguent néanmoins à une bonne douzaine de secondes des meilleurs protos…

24 heures du Mans
Les Ferrari F40 étaient les plus rapides en vitesse de pointe…mais pas les plus fiables !

Au départ, les WR et les Courage prennent la poudre d’escampette sauf que, au bout d’une heure de course, une forte pluie s’abat sur le circuit. Les WR révèlent leur fragilité et sont progressivement hors jeu, Patrick Godin subissant même un très gros crash à Mulsanne qui va nécessiter une neutralisation de plus de 30′.

Les WR avec un moteur Peugeot 2 litres créent la surprise en début de course

C’est une évidence, la pluie nivelle les performances et annule en partie les avantages des prototypes sur les GT. Avec leur fond plat, les WSC doivent constamment résister à la tentation de faire du « holiday on ice », alors que les GT, plus lourdes, bénéficient d’une meilleure motricité. Et quand les bourdes s’en mêlent, alors !

Pas super, Mario

En effet, vers 20h, surpris par un freinage précoce d’une Kremer, Mario Andretti part en tête à queue au virage Porsche au volant de sa Courage C34, qui percute le rail de sécurité et perd son aileron arrière. L’américain, à la recherche de ce succès qui lui manque , parvient à rentrer aux stands. Andretti, figé et blessé dans son orgueil, ne communique pas, si bien que c’est au moment de changer les pneus que les mécaniciens découvrent qu’un triangle de suspension est cassé. …Le passage aux stands dure 35′ et quand la Courage repart, elle compte 6 tours de retard !

Mario Andretti a tout gagné, sauf le Mans !

A la nuit tombante, sur une piste toujours très délicate, 4 McLaren monopolisent la tête, tandis que Porsche enchaîne les déconvenues en GT2. Mais personne n’est à l’abri ! A 22h30, Philippe Alliot sort de la piste. Une McLaren en moins. Au cœur de la nuit, coup de théâtre quand la F1 GTR David Price Racing de tête, pilotée par John Nielsen et Thomas Bscher,  est ralentie à cause d’un problème de transmission, perdant plus d’une heure aux stands ! Une autre F1 GTR pilotée par Andy Wallace et Derek Bell prend la relève, mais l’attention se porte surtout sur la McLaren noire pilotée par Yannick Dalmas et JJ Lehto, laquelle effectue une remontée de haut vol avec des temps canon. Lehto fait un festival, roulant 10 à 15 secondes plus vite au tour que les rivaux !

Les espoirs de Courage capotent

À l’aube, la pluie se calme et permet à Courage de rattraper progressivement son retard, tandis que les McLaren de Bell et de Lehto se livrent une magnifique passe d’armes à coup de records du tour. Vers 9h30 survient un épisode insolite. Un des sponsors d’Andretti remarque que son nom n’apparaît plus sur la carrosserie de la Courage depuis le changement de capot consécutif à la sortie de piste de l’américain.

On décide alors, à l’occasion d’un ravitaillement, de changer le capot arrière pour satisfaire le sponsor mais à cause des attaches endommagées depuis l’accident originel, l’opération est bien plus ardue que prévue…et la Courage perd 4′, soit un tour, dans l’affaire ! Un temps perdu qui se payera cash à la fin…

Une McLaren peut en cacher une autre

À seulement 2 heures de la fin, nouveau rebondissement quand la transmission de la McLaren Harrods de tête fait des siennes ! Baissant de rythme, elle s’arrête longuement au stand puis se fait dépasser par Yannick Dalmas.

La McLaren Harrods a joué de malchance

Dans la dernière heure, elle cède aussi à la Courage. Piloté par un Bob Wollek déchaîné, le proto français parvient même à se dédoubler et à revenir dans le même tour que la McLaren de tête, en jouant son va-tout.

Bob Wollek a fait parler la poudre, mais trop de temps fut perdu aux stands

Mais finalement, rien n’entravera la victoire de la F1 GTR Kokusai Kaihatsu avec Yannick Dalmas, JJ Lehto et Masaori Sekiya. Et dire que cette voiture s’était ajoutée un peu à la dernière minute ! Avec un effectif technique réduit, la voiture, exploitée par Lanzante Motrosport, avait comme principal objectif de rallier l’arrivée…puis, chemin faisant, en évitant les embuches, elle s’est prise au jeu pour tenter la gagne! Belle performance aussi pour Yannick Dalmas, qui remporte alors sa 3e victoire au Mans en 5 participations !

L’édition des premières

C’était la première fois qu’une GT gagnait au Mans, la première fois depuis 1949 qu’une marque gagnait pour sa première participation, la première fois qu’un finlandais et qu’un japonais gagnaient la course…et aussi la première fois depuis 1956 qu’un vainqueur parcourait une distance si faible !

Pour Courage, c’était encore raté. Et quand on pense à cette affaire du capot ! La C34 termine à 3 minutes de la McLaren, sachant que le changement de capot effectué pour satisfaire le caprice du sponsor en a fait perdre 4…Mais avec des si…

Pour Mario Andretti, qui ne fut pas très brillant, ce fut la dernière occasion de gagner. Pour Bob Wollek aussi, jamais vainqueur malgré son immense palmarès en Endurance, il n’y aura malheureusement pas de nouvelle opportunité, jusqu’à sa tragique disparition en 2001.

Images et sources : lemans.org, les 24 heures, wikimedia commons, pinterest

 

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5 Commentaires sur "25 ans déjà-Le Mans 1995 : McLaren gagne avec une GT !"

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AXSPORT
Invité

Superbe auto !!
🙂

Rowhider
Invité
L’histoire aura retenu la victoire de McLaren, mais c’est surtout la défaite de Courage et du marketing qui aura décidé du vainqueur. A noté que lors de cette édition, la Venturi 600SLM, seule GT a rivaliser au Mans avec la McLaren passera plusieurs heures au stands à cause d’un sur-régime en début de course qui aura endommagé le moteur: un fois repartie, très loin derrière, la Venturi fût la plus rapide en piste… Dommage, la firme Nantaise n’avait pas le budget pour monter une boîte séquentielle et le pilote passa la première au lieu de la troisième au freinage du… Lire la suite >>
C Ghosn
Invité

Y a fallu un bonne base pour que BM gagne enfin LM …

Goudie
Invité

Superbe article. Une édition folle! Et cette histoire de capot… Digne d’une fable de La Fontaine !

LM 70
Invité

Merci pour cet article.
Bob Wollek eu 3 autres opportunités de gagner les 24h du Mans puisqu’il conduisit pour l’usine Porsche la 911 GT1 lors des 3 éditions suivantes.
Ainsi, il finit 2ème en 1996 et 1998 et abandonna sur sortie de piste en 1997 au petit matin alors qu’il était en tête de la course.
Bob Wollek est une légende de l’endurance et seule la course sarthoise ne figure pas à son palmarès conséquent.

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