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Marques disparues, épisode 6 : Automobiles Leyat

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Marques disparues Leyat Hélica

Pour le sixième épisode de notre série sur les marques disparues, avec Automobiles Leyat, intéressons-nous à la fois à une marque, un grand ingénieur, ainsi qu’une voiture insolite.

Marcel Leyat est né à la fin du XIXe siècle, en 1885 dans la Drôme. Après des études d’ingénieurs (il est diplômé de Centrale Paris) il est engagé par la société Astra qui vient d’être créée. Astra a racheté les ateliers Surcouf dans le village de Billancourt (déjà rattaché à Boulogne-sur-Seine mais pas dans le nom officiel de la commune NDLA) et comme Surcouf, est une société aéronautique.

Les premières amours de Leyat en tant qu’ingénieur sont pour l’aviation et les dirigeables. Comme beaucoup d’autres à cette époque d’ailleurs. Cela marquera sa carrière et sa vie. En plus de construire des avions, Marcel Leyat les pilote aussi. D’ailleurs, si Louis Blériot et le Blériot XI n’avait pas réussi la traversée de la Manche en juillet 1909, c’eut pu être l’un de ses concurrents, dont Marcel Leyat était.

Leyat a aussi des idées pour l’automobile, autre phénomène en vogue en ce début du XXe siècle. Tous les inventeurs fourmillent d’idée et Leyat n’est pas le dernier. Il fonde les Automobiles Leyat en 1913 et installe ses ateliers quai de Grenelle, un endroit encore très industrialisé à l’époque (ex-plaines de Grenelle et de Vaugirard). C’est là qu’il conçoit l’hélicocycle, une voiture 3 roues avec une hélice à l’avant. Mais la première Guerre Mondiale met ce projet en pause.

L’aviation reprend ses droits dans la vie de Leyat et il construit plusieurs avions. Le Capitaine Marcel Leyat est même nommé Chef du « Service des Hélices » à la Section Technique de l’Aéronautique. Outre des avions comme on l’entend, il élabore des ailes captives, tirées par une voiture au sol. Vers la fin de la guerre, il conçoit aussi un bombardier muni de deux moteurs pouvant emporter 500 kg de bombes sur un rayon de 1000 km. L’avion ne sera jamais utilisé.

Le vrai lancement après-guerre

Les projets d’hélicocycles sont ressortis des cartons. Il y a déjà eu deux prototypes de créés et Leyat sort officiellement la Hélica, « la voiture à traction aérienne ». Concrètement, on a une sorte de corps d’avion raccourci, en forme de goutte d’eau, posé sur trois ou quatre frêles roues. A l’avant, une immense hélice mue par un moteur MAG permet à l’Hélica d’avancer. Contrairement à l’hélicocycle, l’Hélica possède 4 roues.

Le premier prototype d’Hélicocycle en 1913 a le « gros mono » MAG posé en avant, sur le « toit ». L’hélice n’est pas protégée, ce qui est très dangereux, et le châssis est rudimentaire. Dès le second prototype, l’hélice est protégée par un grand cerclage. La principale modification pour l’Hélicat est le moteur et surtout son positionnement. Du toit, il descend « au milieu » pour prendre sa position définitive.

La voiture est lancée en 1919 et rencontre un petit succès d’estime. Marcel Leyat réussit à en vendre 6 exemplaires et continue le développement de la voiture. Plutôt simple à la base, elle possède en 1921 une véritable carrosserie et est même déclinée en conduite intérieure (fermée) mais aussi en « sport cabriolet » (totalement découverte, sans capote). Pour améliorer la puissance de la voiture, le moteur MAG est remplacé par un (All British Company) ABC Scorpion. C’est un bicylindre à plat de 40 chevaux. Encore un moteur d’avion. Pour le « confort », un amortisseur vertical est mis sur l’essieu arrière.

1922, direction Meursault en Bourgogne

L’engouement du début s’arrête très vite et 1921 restera la meilleure année pour les Automobiles Leyat. 23 exemplaires de Helica vendus. En 1922, Marcel Leyat quitte Paris pour Meursault en Côte-d’Or après une première faillite. Si la cité est connue pour abriter l’un des grands crus de Bourgogne, elle a aussi été la ville où Leyat a recréé un atelier. Pourquoi Meursault ? Car c’est la ville du Notaire Carmagnole qui possède une Hélica. Leyat s’installe sur le domaine Roulot (l’un des viticulteurs les plus réputés de Meursault NDLA). Une grande partie des modèles vendus en 1921 seront finalement assemblés en Côte-d’Or en 1922.

Leyat tente de dériver son Hélica et construit une « draisine ». C’est un véhicule doté de deux jeux de roues. Des roues caoutchouc classiques sont secondées par des roues en métal. Arrivant par la route, la voiture se positionne au-dessus de rails de chemin de fer et se pose sur les roues de train pendant que les roues de route sont relevées. Cet exemplaire aurait été expédié à la « Compagnie Minière du Congo Français », à Brazzaville.

1927, un record de vitesse et puis s’en va

Pour montrer la pertinence de son automobile à hélice, Leyat construira un modèle pour signer un record de vitesse. La carrosserie est bien plus longue que les Hélica classiques. Elle est aussi plus basse et plus étroite. Le prototype est doté de 3 roues seulement. Cela permet de carrosser légèrement la roue arrière. A l’avant aussi les roues sont carrossées. Cela rend l’ensemble plus lourd, mais bien plus aérodynamique. Le moteur ABC lui permet d’atteindre les 170 km/h à Montlhéry en 1927. Ce sera la dernière Hélica produite.

Depuis, la vingtaine d’Hélica ont plus ou moins disparu. Certaines sont exposées non roulantes dans des musées. Un très beau modèle sport est exposé, « dans son jus » au Musée des Arts et Métiers (Prieuré Saint-Martin-des-Champs) à Paris, au milieu d’autres modèles des voitures du début de l’histoire de l’automobile, mais aussi des avions, et des « bizarreries ». Gustave Courau, le propriétaire d’origine, l’a confiée au musée dès 1931 (!). Entre autres publication, Courau est l’auteur de « Mon hélice aux pays des merveilles » avec son Hélica en couverture. Le modèle a été exposé au Château de Compiègne jusque mars 2020.

Un modèle, conduite intérieure, a également été restauré et remis en route en 1994. Propriété de la famille Bouzanquet (liée à l’une des branches Peugeot NDLA) depuis son achat en 1922, elle est toujours immatriculée et peut théoriquement rouler sur route ouverte. Elle n’a en revanche plus son immatriculation d’origine. Elle est visible ici.

En Angleterre, à Beaulieu (Hampshire), le National Motor Museum expose une conduite intérieure en partie restaurée. En 2003, au Festival of Speed de Goodwood, le seul exemplaire roulant d’Hélica a fait une démonstration remarquée.

Une découverte inestimable

Revenons en Côte-d’Or. Leyat a quitté Meursault en 1945. L’association « Les amis de l’Hélica » ont déjà fouillé les ateliers, les maisons. Tout, enfin pensaient-ils. Au milieu des années 2000, ils recontactent la famille Roulot propriétaire du domaine sur lequel Leyat était installé, et un comble non exploré est évoqué. Bingo !

Claude Guéniffey, Président des Amis de l’Hélica déclare alors : « Là, dans ce grenier poussiéreux, on retrouve les plans d’origine de l’Hélica, mais aussi de nombreuses pièces d’époque. Des pièces de 1913, et toutes les archives de Marcel Leyat… Pour nous, c’est une découverte inestimable. Dans ma vie de passionné, j’aurais déjà été ravi de découvrir un boulon, un dessin… Mais ça… C’est un conte de fées pour un passionné ».

Parmi les Amis de l’Hélica, il y a un américain, Jeff Lane. Ce dernier possède un musée à Nashville, mais pas d’Hélica. Qu’à cela ne tienne, désormais avec les plans d’origine, deux copies vont être créées. L’une sera à Nashville (voir ici), et l’autre restera en France. En 2013, la « nouvelle » Hélica a été l’attraction de Rétromobile. Pile pour les 100 ans de la création de la marque Automobiles Leyat.

On notera également une réplique, construite il y a une quinzaine d’année par Daniel Proust à Ouzilly (dans la Vienne). Construite entièrement sans plan, d’après photos, cet exemplaire est immatriculé en bonne et due forme. Elle fait tout de même quelques entorses à l’originelle en utilisant un moteur 602 cm3 Citroën avec l’hélice positionnée à la place du ventilateur habituel, en bout de vilebrequin. On peut la découvrir ici.

Décès à 101 ans en 1986

Marcel Leyat tombe dans l’oubli après son départ de Meursault. Son ami Courau publie son livre « Mon Hélice aux Pays des Merveilles » en 1969 et cela réveille un peu le souvenir de cet ingénieur touche à tout. Mais il meurt en 1986 à 101 ans, dans l’indifférence générale. Ce n’est qu’avec la découverte des plans d’origine et la recréation des deux modèles que l’Hélica et Marcel Leyat referont un peu parler d’eux.

Dans les inventions de Leyat, on compte « l’aile vivante ». Pour ses avions, Marcel Leyat avait une prédilection pour faire bouger toute l’aile. Avec cette solution d’aile « libre », la consommation chute énormément. Mais, la finesse de pilotage était visiblement trop importante. De nos jours, à part quelques ULM à aile delta, rare sont les aéronefs à « aile vivante ». Il a également inventé une méthode de solfège, la méthode MALLER (Méthode Analytique Logique Leyat d’Éducation Rationnelle) ainsi que différents claviers de piano.

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18 Commentaires sur "Marques disparues, épisode 6 : Automobiles Leyat"

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gigi4lm
Invité

Première marque de la série que je ne connaissais pas.
j’ai pourtant visité le Musée des Arts et Métiers et celui de Beaulieu (incontournable !) mais je suis passé au travers.
La série est d’autant plus interressante; parce que l’histoire des grandes marques, fussent elle disparues, on connait.

Invité

J’avais déjà vu ces véhicules à hélices dans un musée il y a fort longtemps, sans connaître la marque (enfin du moins, sans en avoir retenu le nom, nuance ;o )

SAM
Invité

Sympa l’hélicocycle! Comme quoi Tesla et son Cybertruck ne révolutionne en rien le design.. d’autres avaient déjà trouvé cette formule du design simple et innovant. Le brin de folie qui manque maintenant à l’automobile!

Si vous faites un billet sur Talbot … je crois que je vais hurler tant cette marque a eu les plus belles carrosseries de l’automobile française! Plutôt que de travestir DS … il fallait relancer Talbot?

greg
Invité

Apres que PSA en ait fait un sous-Peugeot?
Bonne chance….

SAM
Invité

@greg. Rien n’est insurmontable!
Les plus belles autos françaises ont été des Talbot.
Suffit de remontrer cela aux gens.

greg
Invité

Je l’ ai deja dit, mais si, en automobile cela l’ est. On ne peut pas etre et avoir ete. Talbot etait l’ egal de Rolls-Royce et Bentley. Je prefere admirer des Talbot-lago dans un musee, plutot que d’ etre effare devant une Talbot horizon, ou en pensant a un avatar de DS avec un logo Talbot.
Qu’ on laisse Talbot, Delahaye, Delage, Voisin et Facel reposer en paix (pour ne citer que ces marques).

SAM
Invité

Ben on peut dire de même pour Bugatti alors ?

greg
Invité
Tu penses sincèrement que PSA va investir 2 milliards dans un seul modèle comme l’a fait VW? Sans compter le cas Bugatti est un peu spécial, la marque n’a connu qu’un passage à vide de 1963 à 1987, avant de renaître avec un produit techniquement à la pointe, malgré son design dans inspiration, dans l’esprit de la marque. Et a continué sur cette lancée. Talbot a disparu en 1958, PSA fait revivre le nom comme une sous-marque généraliste en 1978, avant de fermer boutique en 1986. Tu peux éventuellement te relever d’une absence limitée quand le retour colle à l’esprit… Lire la suite >>
greg
Invité

Après oui, je n’aurais pas misé un kopek sur Bugatti par le passé.

greg
Invité
Leyat fait partie de ces inventeurs un peu fantasques dont les realisation souvent fantaisistes n’ avaient pas d’ avenir. Au niveau aeronautique, presque toutes ses inventions n’ ont pas depasse le champ de la planche a dessin. Ce fameux « bombardier muni de deux moteurs pouvant emporter 500 kg de bombes sur un rayon de 1000 km. » n’ existait que sur le papier et ne pouvait donc etre utilise. 😀 La solution de « l’ aile libre » etait totalement impropre aux avions a moteurs. Efficace sur planeur, une fois celui-ci affuble d’ un moteur, l’ appareil devenait profondement instable. Il a egalement… Lire la suite >>
Membre

article très sympa. On peut admirer d’ailleurs une voiture hélice dans la collection du prince de Monaco !

Bizaro
Invité

Toujours des articles très passionnants, qui mettent en avant ceux qui ont fait l’histoire auto.

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