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Les grands ingénieurs, ép.3 : Jean-Paul Sauvée, les 24H du Mans au coeur

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Jean Paul Sauvée ALD 06 1994

Jean-Paul Sauvée, un nom qui ne vous dit sans doute rien. Et pourtant, cet ingénieur a conçu des prototypes des 24H du Mans et même dirigé deux écuries.

Parce qu’il n’y a pas que les grands noms mondialement connu qui ont fait le sport automobile, nous avons décidé de nous intéresser à un « inconnu » qui a écrit sa part de l’Histoire de l’endurance, ainsi qu’à l’écurie Automobiles Louis Descartes.

La rencontre avec Louis Descartes

Né à la fin des années 50, Jean-Paul Sauvée intègre l’ICAM (Institut Catholique d’Arts et Métiers) d’où il ressort diplômé en ingénierie mécanique. Il intègre DBA Drancy (devenu Bendix puis AlliedSignal et Bosch plus tard). Mais, c’est sa carrière parallèle qui nous intéresse.

 

 

Pratiquement dès sa sortie de l’école d’ingénieur, Sauvée rencontre Louis Descartes, pilote de courses de côtes. Descartes a déjà une participation aux 24 heures du Mans, sur une Renard-Delmas RD81. Arrivé 20e (mais non classé pour distance insuffisante) avec son coéquipier Hervé Bayard, Louis Descartes a un rêve : construire son propre prototype et courir les 24 heures du Mans avec.

Il a 32 ans, Jean-Paul Sauvée même pas 30 encore. L’ambition et la folie de la jeunesse les poussent à fonder l’écurie Automobiles Louis Descartes (ALD) en 1983. L’objectif est de construire un proto pour l’édition 1984 des 24 heures. Cet objectif poussera d’ailleurs Sauvée à quitter son poste chez Bendix pour se consacrer entièrement à l’écurie.

L’idée de départ, est de réaliser un prototype Groupe C à partir de la barquette Lola T298 qui date de 1979 mais permet d’avoir une base connue et saine. Toutefois, le règlement Groupe C 1985 impose de gros changements sur le châssis en plus de devoir fermer la barquette. Aussi, la décision est prise de construire de A à Z le prototype. Mais, cela prend du temps et l’édition 1984 des 24H est manquée. Qu’à cela ne tienne, direction 1985 !

Première tentative en 1985

Le prototype est un châssis alu avec une coque en fibre. Pour le moteur, ALD choisi le L6 de 3,5 litres M88 de BMW. C’est le moteur qui équipe la BMW M1 qui écume les circuits depuis des années et a prouvé sa fiabilité. Pour l’occasion, ALD se tourne vers l’ingénieur Randlinger spécialiste des moteurs bavarois. Présentée début 1985, l’ALD01 se rode sur quelques courses en France et c’est enfin le grand baptême du feu avec les 24 heures du Mans 1985.

Cette première vraie épreuve apporte son lot de problèmes…la boîte à vitesses doit être changée trois fois et la voiture souffre de soucis électriques. Elle rallie l’arrivée en 28e place, mais en ne couvrant que 140 tours alors que la Porsche 956 du Joest Racing en a bouclé 373, elle a une distance insuffisante pour être officiellement classée. ALD continuera d’engranger les kilomètres avec la voiture pour revenir plus fort l’année suivante.

Hélas, l’ALD 02 de 1986 souffre de pannes mécaniques à répétition et l’édition 86 des 24 heures du Mans se termine après 41 tours sur une sortie de piste. L’écurie faite de bonnes volontés (souvent totalement bénévoles) devient un peu plus professionnelle et change son fusil d’épaule. L’ALD 03 aura un 4 cylindres 2 litres turbo d’origine Audi. L’ALD 02 est de nouveau engagée, avec le BMW, en parallèle de l’ALD 03 à moteur Audi. Les premières courses sont une révélation pour JP Sauvée, le moteur Audi est à jeter !

Résultat, Automobiles Louis Descartes se présente aux 24 heures du Mans 1987 avec deux prototypes (ALD 02 et ALD 03) tous les deux propulsés par un moteur BMW. Cela restera les meilleurs résultats de l’écurie au double tour d’horloge sarthois. L’ALD 03 aux mains du patron coureur Louis Descartes assisté de Jacques Heuclin et Dominique Lacaud se classe aux portes du top 10 avec une 11e place au général et 5e en catégorie C2. La deuxième voiture se classe 15e mais est finalement non classée, toujours avec la règle de la distance parcourue.

Décès de Louis Descartes en 1991, fin d’ALD

Ces résultats font grimper les ambitions de Sauvée et de Descartes. Pour 1988, un 4e prototype est dessiné et obtient des résultats honorables. Mais, c’est l’année 1989 qui marque un tournant dans cette histoire. Outre les évolutions sur le prototype en aluminium, Automobiles Louis Descartes se lance dans la conception d’un prototype avec un châssis carbone. Ce sera l’ALD C2 89. Nouvelle infidélité au moteur BMW. Ce sera un Ford V8 3,3 litres (DFL) retravaillé par Cosworth.

L’équipe d’ingénieur est renforcée et Jean-Paul Sauvée quitte la direction de l’écurie ALD. Il se lance alors dans une carrière d’ingénieur d’étude, construction et réalisation de machines industrielles et de machines spéciales.

Hélas pour l’écurie, est-ce que la charge de travail pour ce nouveau prototype a été sous-estimée avec sa technologie carbone ? Toujours est-il que les performances ne sont pas là, et pire, les pannes se multiplient. Abandon au bout de 75 tours pour l’ALD C2 89. Pourtant, Descartes avait réussi à convaincre Alain Serpaggi de rejoindre l’équipage. Serpaggi, champion d’Europe des voitures de sport en 1974 avec l’Alpine A441. Mais surtout, vainqueur en 1969, avec l’Alpine A210 des 24 heures du mans en catégorie prototype 1.15.

Après une édition 1990 tout aussi décevante, ALD fait évoluer son proto en C91. Surtout, l’écurie engage 3 voitures, 1 en coopération avec le Graff Racing, une avec Racing Organization Course et la 3e en son nom propre, avec la C91. Les trois voitures abandonnent. Le 27 décembre 1991, dans l’Oise, Louis Descartes se tue dans un accident de la route contre un arbre. C’en est fini de l’écurie ALD.

Un dernier tour de piste avec une ALD 06 en 1994

Jean-Paul Sauvée est toujours piqué par le virus de la course. En 1993, il lance sa propre écurie, SBF Team pour Sauvée Boulay Fourquemin. SBF récupère une ALD 06, la génération avant le carbone. Et surtout, le moteur BMW de la M1. La tentative de 1994 se solde par un abandon sur casse moteur après 96 tours. Ce sera le dernier tour de piste des prototypes signés Jean-Paul Sauvée. L’écurie n’a été dissoute officiellement qu’en 2018.

Depuis, Jean-Paul Sauvée continue à créer des machines sur mesure pour l’industrie à Vitré non loin de Rennes (DIATEC). Lactalis, Tipiak, Yves Rocher, etc. les noms des clients sont ronflants. Il construit également des plateaux tournants extra-fins pour automobiles (CMIO) et a même conçu la machinerie utilisée au Futuroscope pour animer la Citroën 2CV du spectacle « la Forge aux étoiles ». Enfin, il s’est également intéressé à un système thermodynamique pour stocker et restituer toute forme d’énergie.

Si vous avez la chance de visiter ses ateliers, les 24 heures du Mans ne sont jamais loin avec des photos sous verre accrochées partout aux murs. Et si vous engagez la conversation avec lui, il vous raconte en toute modestie avoir créé des prototypes qui ont couru au Mans. Peu bavard, il finit quand même par partager ses souvenirs. Le dernier proto de 1994 est désormais en Italie. Cependant, il y a, dans un coin de l’atelier, une voiture de route, entièrement conçue par lui et qu’il n’a jamais eu le temps de finir.

Jean-Paul Sauvée n’a jamais remporté les 24 heures du Mans, mais les voitures qu’il a conçues se sont alignées entre autres courses sur cette prestigieuse course d’endurance avec l’édition 1987 en point d’orgue (11 et 15e on le rappelle). A travers ce récit, c’est à tous les ingénieurs, les concepteurs qui ont participé à la légende que nous voulions rendre hommage.

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3 Commentaires sur "Les grands ingénieurs, ép.3 : Jean-Paul Sauvée, les 24H du Mans au coeur"

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gigi4lm
Invité

Je me souviens de cette équipe ALD et de son fondateur Louis Descartes, mais pas de Jean Paul Sauvée.
On semble découvrir aujourd’hui qu’en sport auto de haut niveau (mais pas que) l’argent est le nerf de la guerre. Cette histoire nous prouve que ce n’est pas une nouveauté.

Invité

Pourquoi sur les galerie depuis quelques temps j’ai juste les miniatures?

Jean paul SAUVEE
Invité

Cet article qui me concerne me fait très plaisir car j’ai consacré quelques années de ma vie avec Louis DESCARTES pour réaliser notre rêve commun. Ce projet reste le plus beau souvenir de ma vie professionnelle. Je remercie Thibaut EMME d’avoir si bien résumé mon aventure d’ingénieur passionné et d’avoir rendu un si bel hommage à Louis.

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