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Particules fines : et si on s’attaquait aux pneumatiques ?

2001
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A force d’améliorer la combustion, et à renfort de filtres à particules, les moteurs à explosion modernes ont drastiquement baissé leurs émissions de particules fines. Désormais, les freins, ou les pneus passent devant, dans certains cas.

 Les particules fines, c’est une pollution insidieuse, car plus on filtre et moins les particules se « voient » car plus petites. Sauf que, plus elles sont petites et plus elles sont dangereuses. Autre aspect des particules fines, il n’y a pas que ce qu’émet un moteur qui compte, loin de là même.

Une voiture en mouvement, ce sont des particules de route arrachées au bitume par les frottements des pneumatiques. Même en ligne droite, même sans accélérer à fond, un véhicule use la route. Mais, un véhicule va également user ses pneumatiques, ainsi que ses freins lors des freinages. Que représentent ces particules dans les émissions d’une voiture ?

Très variable pour les pneumatiques

La masse « perdue » d’un pneumatique lors de son usure sur la route dépend de plusieurs facteurs. Sa tendreté d’abord qui va jouer directement sur sa durée de vie. Il y a aussi sa largeur, le diamètre de la jante, la façon de conduire, le lieu principal de conduite, et très important, la masse du véhicule.

Un pneu neuf a des sculptures de 8 à 9 mm de profondeur. Un pneu usé a des sculptures de 1,6 mm, et le caoutchouc naturel a une densité de 0,9 kg/dm3 donnant de 1 à 1,1 kg/dm3 pour la gomme des pneumatiques. On prend 1 kg/dm3 pour nos calculs. Enfin, on prendra un « taux d’entaillement » de 33% (en gros les pleins représentent 67% des sculptures). C’est plus faible pour les pneus sportifs (alias semi-slicks). Cela donne une estimation de 1,8 à 3,3 kg pour quelques modèles courants.

Modèle Largeur (en mm) Flancs (en %)Jante (pouces)Masse perdue estimée par pneu (en kg)
`10816565141,51
Clio 5 Life18565151,85
Clio 5 Zen19555161,95
Megane 4 Life20555162,08
Megane 4 GT-Line22540182,31
Scenic 4 Life19555202,27
Zoe R13519555161,95
Espace 523555192,81
Q7 Quattro28545203,51
E-Tron26545213,30
911 Carrera 4S30530213,52

L’usure dépend de la masse, du couple, et de la façon de conduire

Evidemment, les pneumatiques vont parcourir un nombre de kilomètres très différents selon la voiture, son couple, la façon de conduire, le parcours moyen (ronds-points ? Freinages ? Haute-vitesse ? etc.), la masse du véhicule, l’abrasion de la route. Si les pneus font 40 000 km (souvent l’arrière parcourt plus sur une traction), une voiture qui perd 2 kg de gomme par pneu émet donc 8 kg de particules sur les 40 000 km soit 0,2 g de particules par km.

Or, un véhicule Euro6d doit émettre moins de 4,5 mg/km de particules. Ici, on est à 200 mg/km soit 45 fois plus ! Bien entendu, si on considère qu’un autre véhicule ou un autre conducteur peut ne faire que 30 000 km, la masse de particules de pneumatique rejetée à chaque kilomètre explose. Exemple le très lourd Audi e-Tron, gavé de couple. Si les pneus ne font que 30 000 km, cela donne 440 mg/km de particules.

Quant à une GT sportive type Porche 911 Carrera 4S, aller à 20 000 km est déjà une bonne distance. Cela représente 600 mg/km !

Et cela peut même être pire. « Emission Analytics » a réalisé un test sur un circuit avec une Golf de 2011, chargée, et en roulant 320 km à haute-vitesse. Et le résultat ne se fait pas attendre avec 5,8 g/km. Emission Analytics vient de démontrer que sur circuit on use les pneus… Pour voir l’étude, c’est ici.

Plus importants que les freins

Si on regarde les freins, là aussi l’usure des plaquettes et des disques émet des particules. Selon les différentes études, on se trouve pour les freins entre 5 et 20 mg/km. C’est, là encore, au dessus des émissions théoriques Euro6d, jusqu’à 4 fois le seuil des particules émises par le moteur.

Pour les freins, des solutions ont été présentées il y a déjà plusieurs années. Le principe reste le même, aspirer les particules au moment de leur émission. Mais, à l’heure actuelle, il n’y a aucune obligation légale d’installer de tels dispositifs. D’ailleurs, les particules émises hors motorisation ne sont pas prises en compte dans les normes d’émission.

Attention toutefois, les particules émises par l’abrasion des pneumatiques sont en grande majorité des PM10 (diamètre inférieur à 10 micromètres / µm). Les particules émises par les moteurs sont des PM10 et des PM2.5, et après filtrage, les PM2.5 subsistent beaucoup. Or, elles sont plus dangereuses car elles s’infiltrent plus profondément dans les poumons.

Comment contrer ces émissions ?

Le législateur pourrait assez facilement mettre en place des tests, véhicule par véhicule, pour calculer sur un parcours de plusieurs centaines de kilomètres les émissions par les freins, et par les pneus. A la clé, une prise en compte globale des émissions de particules, et pas seulement celles – faibles – des moteurs. Les états pourraient aussi appliquer des normes globales et…des taxes.

La première étape pourrait être déjà d’imposer les aspirateurs pour les freins. Quant aux pneus, difficile évidemment d’imaginer un aspirateur. Les solutions pourraient passer par des mesures drastiques sur la masse des véhicules, le couple maximum et un travail avec les manufacturiers pour limiter la masse des particules au kilomètre.

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67 Commentaires sur "Particules fines : et si on s’attaquait aux pneumatiques ?"

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SGL
Invité

Christophe… ?

versdemain
Invité

En son absence…. une solution simple,

-Réduire la vitesse à 30 km/h dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants. Sauf pour les voies réservées aux bus, ou quelques voies prioritaires.

Les particules viennent de l’accélération + freinage qui seraient immédiatement diminué par deux voir plus !

-Rendre obligatoire un système de récupération de l’énergie cinétique dans les phase de freinage. En gros rendre obligatoire que toute voiture soit à minima hybrid 48v.

ant
Invité

tu as eu 3 votes positifs. Je n’aurais pas parié autant !

SGL
Invité

Bah… sur le principe, il a raison.

versdemain
Invité

Avec 10 vote rouges, j’aurai au moins réussit à capter l’attention des lecteurs.
Alors une dernière mesure simple; Les particules des pneus et plaquettes de freins sont comme la poussière qui se dépose sur le sol. Et à chaque voiture qui passe, elle s’envole à nouveau.

Donc obligation pour les grandes villes de passer les routes principales au jet d’eau une fois tous les 15 jours après la dernière pluie ou arrosage précédant. Zou les particules dans le caniveau.

zeboss
Invité

hou hou christophe …

SGL
Invité

aahAAh !?
Taxer le poids reviendrait à l’ordre du jour @Thibaut Emme ? 😉

SGL
Invité

C’est toujours moins stupide que ne taxer bêtement que le CO²

NIC084
Invité

Ouais mais en dehors du poids du véhicule et le véhicule lui même c’est surtout la fabrication du pneus qui rentre en compte. Et quand je vois toutes les marques bas de gammes de pneus qu’il y a aujourd’hui qui sont pas cher et qui doivent rejeter beaucoup plus de particules qu’un pneus de grande marque je pense que ça serait vraiment bien de faire quelque choses

Miké
Invité

La différence a l’usure c’est quand même un gros mythe, aujourd’hui. La dif de comportement passe encore, mais j’ai déjà eu des Goodyear ou des Michelin qui s’ecrasaient après moins de bornes que des milieux de gamme..

SGL
Invité

Et les pneus des camions qui traversent la France par millions… à comparer au potentiel des trains de marchandises !?

Miké
Invité

Les gens pour qui tu votent prônent la fin du réseau férré donc bon..

SGL
Invité

?…je ne sais pas vraiment d’avance pour qui je vais voter… alors. 😯

zeboss
Invité

@MIKE la SNCF se débrouille très bien seule pour te faire préférez autre chose que le train, enfin certains salariés bien rouge..
Même Gerhard SCHRODER ne comprend pas …

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