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Rétro F1-intersaison 1990 : Senna contre Balestre

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senna-balestre

La F1 de la fin des années 80 et du début des années 90 offrait du spectacle, sur la piste, mais aussi en dehors ! Les rivalités, cristallisées autour de l’emblématique duel entre Ayrton Senna et Alain Prost, étaient judicieusement attisées par les médias, ce qui n’était pas pour déplaire à Bernie Ecclestone, le maître du « show ». Sauf que l’intersaison 1989-1990 pris une tournure bien plus pernicieuse, avec en têtes d’affiche toujours Ayrton Senna, face au puissant Jean-Marie Balestre, président de la FISA.

Palmer 1er pilote McLaren ?

Le 16 février 1990, la FISA publie la liste officielle des engagés pour la nouvelle saison. Et, surprise ! Aux côtés de la McLaren N°28 attribuée à Gerhard Berger, le nouveau venu transfuge de Ferrari, la McLaren n°27 est attribuée à… Jonathan Palmer ! Ce n’est pourtant pas le palmarès du pilote d’essai qui plaide en faveur de sa titularisation. Mais où est passé Ayrton Senna ? A-t-il raccroché son casque après le final dramatique de Suzuka en 1989 et sa disqualification, qui a offert le titre à Prost ? Que nenni ! C’est la FISA, par l’intermédiaire de son président, Jean-Marie Balestre, qui met la pression sur le brésilien et sur McLaren. Dans quel but ? obtenir des excuses officielles du champion brésilien, qui a osé accuser Balestre de favoritisme envers Prost et de manipulation du championnat. Faute d’excuses, pas d’engagement ! Retour sur cet incroyable scénario.

Tonnerre à Suzuka

Ce 47e tour du grand prix du Japon 1989 est probablement l’un des tours les plus célèbres de l’histoire de la F1. Un duel homérique, qui se termine par un accrochage à la chicane dont Senna pense sortir vainqueur (Prost abandonne, Senna repart avec l’aide des commissaires) avant que la disqualification d’après-course ne ruine ses dernières chances de coiffer la couronne mondiale, qui revient donc à son équipier et ennemi juré, Alain Prost. Sûr de son bon droit et convaincu d’être victime d’une injustice, Senna ne mâche pas ses mots contre les instances sportives et la Fédération, accusées de partialité. C’est évidemment Jean-Marie Balestre, le tout puissant président de la FISA, un homme de poigne et retors, qui est la cible principale. La théorie du complot français, étayée pour certains par les images d’un Prost fonçant vers la direction de course juste après l’accrochage et par les déclarations acerbes de Balestre contre Senna, prend racine. Pis, Ron Dennis, le patron de McLaren, fait appel de la disqualification, jouant ainsi le jeu de Senna contre son autre pilote, Prost, pourtant couronné champion. Du jamais vu !

La sanction

Le 28 octobre 1989, le tribunal d’appel de la FIA, qui siège à Paris, rend son verdict : en dépit des « preuves » apportées par McLaren et Senna, la disqualification est confirmée. De surcroît, le brésilien écope d’une suspension de licence de 6 mois avec sursis et son écurie de 100.000 dollars d’amende. Balestre n’a pas apprécié la conférence de presse donnée par Ron Dennis au cours de laquelle des documents confidentiels ont été dévoilés aux médias. Senna semble aussi payer pour « l’ensemble de son œuvre », des manœuvres litigieuses antérieures à Suzuka ayant été « versées » au dossier à charge. Le président français en remet une couche en accusant Senna d’avoir gâché le dénouement du championnat, ce qui donne du grain à moudre aux Sennistes et attise comme jamais la lutte de factions contre les « Prostiens ».

« Racing is in my blood »

Autant dire que le paddock d’Adelaïde, où se tient le dernier grand prix de la saison, est plongé dans une ambiance électrique. McLaren envisage de porter l’affaire au civil et dénonce en conférence de presse une cabale politique. Honda se rallie à son partenaire et une fronde semble se fomenter contre le « despote » Balestre, mais Ecclestone, grand manitou et argentier du show, manœuvre en coulisses pour éviter une guerre d’usure qui serait, au final, préjudiciable aux intérêts du sport. Senna, mis à l’index par le pouvoir sportif, n’en démord pas, blessé dans son orgueil et rongé par un sentiment d’humiliation. C’est en conférence de presse qu’il aura des cots restés célèbres : « Faire la course, la compétition, c’est dans mon sang. C’est une part de moi, une part de ma vie. J’ai fait ça toute ma vie et ça passe avant tout autre chose ». A l’issue du grand prix d’Australie, au cours duquel il a été impliqué dans un nouvel incident, Senna vide son sac. Il dénonce une « entreprise de destruction » à son encontre, tient des propos sibyllins sur une possible « retraite » et surtout, accuse la FISA et la cour d’appel d’avoir purement et simplement manipulé le championnat.

Senna va à Canossa

C’est la charge de trop. Ulcéré, Balestre annonce que « quelques têtes, même prestigieuses, risqueront de tomber » et convoque Senna le 7 décembre au siège de la Fédération pour qu’il fasse des excuses publiques et reconnaisse que ses déclarations sur une prétendue manipulation du championnat étaient fausses. Un dossier épais est constitué contre l’idole du Brésil. Les deux hommes se rencontrent la veille de l’audience, mais la discussion tourne au vinaigre. Senna, refusant de se plier aux injonctions du pouvoir sportif, se mure quasiment dans le silence. Balestre brandit la menace de ne pas reconduire sa super-licence, arguant qu’il aurait contrevenu à l’article 58 du code sportif international stipulant que tout pilote doit respecter les décisions des autorités sportives.

Au Brésil, la presse se déchaîne contre Balestre, ce qui, indirectement, rejaillit sur Prost, accusé d’être le complice. Senna s’est replié dans son pays et laisse planer le doute sur son avenir. L’hiver passe et les deux hommes restent figés dans une guerre de positions. Le 10 janvier, Balestre réitère la menace de retirer la superlicence à Senna s’il ne revient pas sur ses déclarations. La suspension étant probable, McLaren envisage de contre-attaquer la FISA pour entrave à la liberté du travail, ce à quoi Balestre répond qu’il « peut être pilote en F3000 ». Chaude ambiance ! La date butoir de publication des engagés étant fixée au 15 février, Ron Dennis s’active pour ne pas perdre son pilote d’exception mais le 16 février donc, la menace est mise à exécution en publiant une liste d’engagés où Palmer occupe la place de Senna…Ce dernier, à contre cœur, sans doute pressé par Dennis, appelle finalement le président de la FISA pour lui présenter les excuses tant attendues. Le jour même, la liste est mise à jour et Senna réintègre sa place.

La loi du talion…

Ainsi se dénoue un bras de fer par médias et procédures judiciaires interposés, qui aura tenu en haleine les observateurs tout au long de l’intersaison. Mais le brésilien saura se souvenir de cette profonde humiliation…rendez-vous à Suzuka !

Sources: le livre d’or de la F1 1990 (Laborderie), ayrtonsenna.net, statsf1.com

 

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1 Commentaire sur "Rétro F1-intersaison 1990 : Senna contre Balestre"

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Gustave
Invité

et dire que les « réseaux sociaux » et autre # n’existaient pas à l’époque, sinon cela aurait été un festival !
mais une bataille entre personnages qui avaient des couilles, même si ballestre était un bel enculé et ex collabo !

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