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20 ans déjà : la mort de Greg Moore, le « petit prince » du CART

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Greg Moore

1999, c’était peut-être l’apogée du CART : Mercedes, Toyota, Ford et Honda s’affrontaient, les monoplaces étaient racées et le plateau faisait rêver, avec les vieilles gloires (Al Unser Jr, Michael Andretti, Jimmy Vasser), les valeurs établies (Paul Tracy, Scott Pruett), une flopée d’ex-pilotes de F1 (Christian Fittipaldi, Roberto Moreno, Mark Blundell, Mauricio Gugelmin) et des jeunes loups qui allaient marquer les années 2000 (Dario Franchitti, Juan-Pablo Montoya, Hélio Castroneves, Tony Kanaan…). Parmi ces grands espoirs, le canadien Greg Moore occupe une place particulière.

Moore, talentueux et populaire

La saison 1999 a été très disputée, avec un superbe duel entre le colombien Juan-Pablo Montoya, qui a remplacé chez Ganassi le double champion en titre Alex Zanardi recruté par Williams, et l’écossais Dario Franchitti, du team Kool Green. Si Montoya est clairement le plus rapide et spectaculaire en piste (7 poles, dont une épique à Détroit, et 7 victoires), le colombien a été trahi par sa mécanique à plusieurs reprises et aborde la dernière épreuve avec 7 points de retard sur un Franchitti seulement crédité de 3 succès mais très régulier (11 podiums).

En cette fin d’année 1999, Greg Moore sort d’une saison décevante. Champion d’Indy Lights en 1995, le jeune canadien est la nouvelle coqueluche des fans et du paddock. Avec ses airs de jeune premier et son caractère affable et facétieux, Moore est un pilote attachant qui s’est attiré la sympathie de tous, y compris de ses pairs. Ses idoles sont Wayne Gretzky, la gloire nationale du hockey, dont il a repris le n°99 et Ayrton Senna. Spécialiste de l’ovale, Moore a un pilotage audacieux qui rappelle par certains côtés le style intrépide de Gilles Villeneuve.

Après une première saison remarquée avec l’équipe Players Forsythe, il signe deux victoires en 1997, devenant à l’époque, à seulement 22 ans, le plus jeune vainqueur en CART. Il gagne deux autres courses en 1998, finissant 5e du championnat et rivalisant souvent avec Zanardi. En 1999, après une victoire en ouverture de saison à Miami, Moore subit les affres du moteur Mercedes, pas fiable du tout et n’est que 10e du championnat. Mais ce n’est pas grave, car son étoile est intacte. La preuve, Frank Williams s’est penché sur son cas pour un éventuel transfert en F1, mais c’est Roger Penske qui a raflé la mise, lui faisant signer un contrat de 3 ans à partir de la saison 2000, en remplacement du vieillissant Al Unser Jr. La voie royale est tracée.

La mort au tournant

Tandis que la saison s’achève avec l’épreuve des Marlboro 500 disputées sur l’ovale de Fontana, le paddock est encore sous le choc du décès de Gonzalo Rodriguez survenu quelques semaines plus tôt. L’uruguayen, révélé en F3000, avait été recruté par Penske pour quelques manches. Mais sur le circuit de Laguna Seca, pendant les essais, Rodriguez a perdu les freins sur le freinage du difficile virage du corckscrew et a tiré tout droit dans les barrières. Sa monoplace passe par dessus bord et retombe lourdement au sol du côté de l’arceau. Rodriguez est tué sur le coup en raison d’une rupture des vertèbres cervicales.

Le matin des essais à Fontana, Greg Moore a un bête accident de scooter dans le paddock avec un conducteur qui a été aveuglé par le soleil levant. Il a subi une profonde lacération à la main droite nécessitant quinze points de suture, des contusions à la hanche droite ainsi qu’un index fracturé à la main droite. Roberto Moreno, l’intérimaire de luxe du sport automobile, est prêt à suppléer le natif de Vancouver mais après une séance d’essais sur piste jugée satisfaisante et deux consultations médicales, Moore est autorisé à prendre le départ avec une attelle de protection et en utilisant un volant modifié… Les officiels l’obligent néanmoins à partir du fond de la grille car il a raté les qualifications.

Déterminé, comme toujours, Moore entame la course le couteau entre les dents et remonte, mais au 10e tour, pour une raison inconnue (erreur due à son attelle ? perte de grip dans le sillage d’une autre voiture ? débris ?) il perd subitement le contrôle de sa monoplace à la sortie d’une courbe. Sur l’ovale de Fontana, où l’on dépasse allègrement les 350 Km/h, ça ne pardonne pas… Sa Reynard-Mercedes quitte la piste vers l’infield (intérieur du circuit ovale) et décolle sur la partie herbeuse. A très haute vitesse, bien qu’il soit monté sur les freins, la monoplace file comme une balle. Elle s’incline, partant en demi-tonneau, puis s’écrase côté arceau contre le mur de béton dépourvu de la moindre structure d’absorption des chocs. Avec un angle très mauvais, l’impact, enregistré à 154 g, est d’une violence inouïe et désintègre littéralement la voiture. Celle-ci part dans une série de tonneaux, tandis que le moteur est expulsé du châssis. En voyant les images, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que l’issue est probablement fatale. La mort de Moore est prononcée à 13h21, des suite de ses blessures graves à la tête et à différents organes.

Montoya champion dans la tristesse

La suite de la course devient anecdotique. Montoya, en terminant 4e, égalise au championnat face à Franchitti qui n’a pu faire mieux que 10e. A égalité de points, la faveur du titre va au colombien qui a remporté plus de courses et commence à construire un des plus beaux palmarès du sport automobile de ces 20 dernières années. Mais l’heure n’est pas à la joie sur le podium car le CART pleure son « petit prince », rattrapé par la mort alors qu’on lui promettait un destin doré. Ce n’était malheureusement ni le premier, ni le dernier de cette tragique et macabre liste de talents partis trop tôt.

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5 Commentaires sur "20 ans déjà : la mort de Greg Moore, le « petit prince » du CART"

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JC juncker
Invité

Reynard pas renard. Elle était et reste très jolie la 94I. Surtout dans cette déco.

David
Invité

À signaler, en complément de cet article un documentaire concernant Gonchi.

4aplat
Invité

La bonne époque où cigarettiers s’affichaient en « clair » sur les voitures et dans les épreuves !!

Gustave
Invité

Bravo pour ce super article. En effet, le Cart en 99 avant de la gueule 🙂 les constructeurs comme Mercedes profitaient de l’image Luxe du Cart qui drainait un public plus chic que les rednecks de la nascar et de l’irl (hors indy500)
j’ai eu la chance, en 2000, d’assister à la manche du cart sur le Michigan speedway…a voir une fois dans sa vie !

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