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Dan Gurney – (1931 – 2018) : l’un des derniers dinosaures du sport auto

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Dan Gurney McLaren 2018

Dan Gurney, l’une des légendes du sport automobile, nous a quitté le 14 janvier 2018, à 86 ans.

Il donne son nom au Gurney Flap

Avant de retracer les carrières (oui les) de cette légende du sport automobile, intéressons-nous à l’un de ses héritages. Le « Gurney Flap« , cette petite pièce au bout des ailerons, perpendiculaire, et qui génère un appui important. L’intérêt est qu’en ligne droite, le système est moins pénalisant que de braquer plus l’aileron.

Lancé en sport automobile en 1971, le Gurney flap se retrouve désormais dans d’autres domaines comme les avions, les hélicoptères et autres. Gurney cherchait un moyen de redonner confiance à Bobby Unser en une Eagle un peu rétive et en manque d’appui. Le reste, c’est de l’Histoire.

Repéré par le Commendatore

Mais, ce n’est évidemment que le tout petit bout émergé de l’immense iceberg Dan Gurney. Il est d’ailleurs difficile de traiter sa carrière tant elle est riche. Nous débuterons par la F1, où Dan Gurney est le champion du monde des occasions manquées.

Contrairement à de nombreux pilotes américains, Gurney préfère les circuits aux ovales. Il débute par l’endurance et remporte, à 28 ans, les 12 heures de Sebring en 1959. Il réalise aussi des places d’honneurs et le tout, dans une Ferrari 250 TR59. C’est aussi en 1959 que Ferrari lui propose de s’aligner en F1 pour eux.

Gurney ne fera que 4 GP en 1959, sur la 246 qui va bientôt céder sa place à la 156. Coéquipier de Phil Hill comme en endurance, Gurney décroche 3 podiums consécutifs en Allemagne sur le circuit de l’AVUS (un aller-retour sur une autoroute rectiligne), au Portugal et en Italie à Monza.

Champion des occasions manquées

Contre toute attente, il décide d’aller chez British Racing Motors pour la saison 1960. Ce sera une catastrophe et Gurney repart aussitôt pour un nouveau projet. Celui de Porsche. Mais, la voiture manque de performances et il faut toute l’expérience de Gurney pour décrocher des points. Il termine 4ème du championnat 1961 remporté par son ancien coéquipier Phil Hill pour Ferrari. Premier manqué.

Sa première victoire avec Porsche arrivera l’année suivante, au GP de France couru sur le circuit de Rouen-Les Essarts. Il profite d’un souci sur la BRM de Graham Hill pour prendre la tète à 12 tours de la fin et l’emporter. Mais, au championnat, ce sera le triomphe de Graham Hill et de BRM. Encore une fois, une écurie que Gurney a quittée au mauvais moment.

Ce sera d’ailleurs ce qui marquera la carrière de Gurney. Porsche se retirant, il file chez Brabham où il se paie le luxe de devancer le patron-pilote, Jack Brabham. Il signe 3 podiums. En 64, il est le premier à offrir la victoire à l’écurie Brabham. En France une nouvelle fois, à Rouen. Il récidive au GP du Mexique, baissé de rideau de la saison. En 65, il finit la saison en trombe marquant 24 de ses 25 points lors des 5 dernières courses.

Les débuts du patron-pilote

Une nouvelle fois Gurney décide de changer d’écurie et de fonder sa propre structure. Il fonde la All American Racers (AAR) et lance la Eagle. En 66, la Eagle-Climax, superbe au demeurant, souffre de sa fiabilité. Le champion 66 est…Jack Brabham sur sa propre voiture. Encore une occasion manquée pour Gurney.

En 67, Gurney offre à son écurie la première victoire en F1, en Belgique. Un américain sur une voiture américaine, dans sa propre structure. Inédit et toujours unique. Malheureusement comme beaucoup d’écuries à cette époque (et même après), les finances vont plus mal que les résultats. Gurney qui court plusieurs lièvres à la fois décide de sacrifier la F1. C’est la fin de AAR dans ce championnat.

Objectif 24 heures du Mans

Dan Gurney, c’est aussi l’endurance. Carrière qu’il mena de front avec la F1 (et d’autres courses). Son grand objectif fut les 24 heures du Mans. Il commence en 1958. Gurney court sur une Ferrari engagée par North American Racing Team (NART), l’équipe de l’importateur américain de Ferrari. Il doit abandonner pendant que son compatriote Phil Hill triomphe sur une Ferrari officielle. En 59 il rejoint l’écurie officielle avec le Français Jean Behra. Mais, c’est encore l’abandon.

Idem en 60 au volant d’une Jaguar, ou en 61 avec une Porsche officielle. En 62, il retrouve une Ferrari, celle de Volpi et de la Scuderia Serenissima. Pas mieux. En 63, retour chez NART et toujours sur une Ferrari. Nouvel abandon. Mais, Gurney persiste et se joint en 1964 au projet de Caroll Shelby. Sur une Shelby Cobra Daytona, Gurney voit enfin le drapeau à damier après 6 tentatives infructueuses. Il est 4ème avec son compatriote Bob Bondurant qui courra pour lui en F1 avec Eagle en 66.

En 65, c’est de nouveau un abandon. Toujours chez Shelby, Gurney poursuit l’aventure pour une fois et mise sur le bon cheval. En 66, c’est raté. Les Ford GT40 Mk II de Shelby signent un triplé, mais la 4ème, celle de Gurney, doit abandonner.

L’invention de la douche de champagne

La gloire, ce sera en 1967. Gurney est associé à A. J. Foyt et remporte le Graal de l’endurance. Les 24 heures du Mans s’offrent enfin à lui. Pourtant ce n’était pas simple. Les pilotes ont des physiques différents et il faut composer avec. L’un a les bras pliés, l’autre tendus. La voiture est tellement basse qu’une bosse doit être faite dans le toit pour que le casque de Gurney passe. Mais les deux pilotes américains l’emportent et Gurney ne retentera plus l’épreuve mancelle.

L’an dernier, nous avons eu la chance de discuter avec la légende AJ Foyt à l’occasion de l’anniversaire de leur victoire. C’est aussi à l’occasion de l’épreuve 1967 que la « douche de champagne » fut inventée par Gurney. Un peu par hasard, la bouteille ayant pris le chaud, le bouchon saute et Dan asperge les autres pilotes et la foule au pied du podium.

Mort de Bruce McLaren

Début la grande période de Dan Gurney pilote et patron d’écuries. Il a lâché la F1 pour se recentrer sur les USA. En 1968, alors que l’aventure F1 tourne en eau de boudin, Gurney le pilote fait 2nd des 500 miles d’Indianapolis, tandis que Gurney le patron triomphe. Bobby Unser remporte la course avec la Eagle-Offenhauser. Unser sera champion de l’USAC (United States Auto Club) cette année-là.

Gurney signera une nouvelle 2nde place en 69 derrière Mario Andretti. Il signera également des victoires dans le championnat. Parallèlement, il court en CanAm pour McLaren. Bruce est lui aussi un patron-pilote et entre les deux le courant passe. Malheureusement, Bruce McLaren se tue en 70 au volant d’un prototype CanAm. Gurney le remplace alors et l’équipe se ressoude autour de lui, et de Denny Hulme.

Ce sera aussi l’occasion pour Gurney de faire un dernier tour de piste en F1. Il revient à l’occasion du GP des Pays-Bas. Mais, c’est au GP de France, qui ne se court pas à Rouen, mais, à Charade que Gurney marquera le point de la 6ème place, terminant dans les roues de la Matra de Pescarolo. Ce sera son tout dernier point en F1. Dans la foulée, il met un terme à son engagement de pilote aux USA avec une dernière victoire au Golden Gate 150 sur le circuit de Sears Point (devenu Sonoma depuis).

All American Racers au sommet

Il sera désormais patron d’écuries (au pluriel), et seulement cela. Avec « son » pilote, Bobby Unser, Dan Gurney va remporter des victoires et des titres. Les deux grandes saisons de l’écurie seront 1973 et 74. Plusieurs 500 Miles d’Indianapolis sont remportés, le titre 74 pour Bobby Unser. Gurney et AAR sont au sommet.

Le déclin viendra avec le bras de fer engagé avec l’USAC. Gurney est l’un des meneurs qui créent le championnat CART en 1979. Concurrent direct de l’USAC Championship Car Series, le CART obtiendra la « mort » de l’USAC ou presque. C’est devenu un organisateur de championnats américains « mineurs » de Dirt, Sprint ou Midgets.

En revanche, le départ de AAR pour le CART (ou Champ Car) va signer la fin de l’écurie en monoplace. Penske domine les premières saisons et les Eagle sont au fond du trou. Gurney lâche le CART pour revenir à ses amours de jeunesse, l’endurance et le championnat IMSA (International Motor Sports Association). Il engage des Toyota Celica Turbo et remporte le championnat GT avec Chris Cord en 1987.

Retour raté en CART

En 1996, Gurney tente un retour en CART, avec l’appui de Toyota. Les Eagle sont à la peine et les moteurs Toyota n’aident pas. L’écurie fera 4 saisons « pathétiques » et se retirera fin 1999 avec une poignée de points au compteur.

Gurney reviendra sur le devant de la scène à l’occasion du projet DeltaWing. All American Racers est en effet le constructeur du prototype étonnant conçu par Ben Bowlby. Malheureusement, le plus médiatique Don Panoz, ainsi que le motoriste Nissan, lui voleront la vedette.

Rouen-les-Essarts, Le Mans

Retiré des affaires, Dan Gurney profitait de sa « retraite » après une vie bien remplie de pilote et de patron d’écurie. S’il a souvent fait les « mauvais » choix en partant une saison trop tôt d’une écurie championne de F1, il a marqué la légende du sport automobile par son habileté à piloter tous les bolides, ainsi qu’à mener des hommes à la victoire.

Sa victoire aux 24 heures du Mans, les 12h de Sebring, les 1000 km du Nürburgring, et les GP de France resteront peut-être ses climax en tant que pilote. Les 3 victoires de châssis Eagle aux 500 miles d’Indianapolis (2 avec Bobby Unser et 1 avec Gordon Johncock) sont également des joyaux dans ce palmarès.

Selon les mots des membres de sa famille, Dan Gurney est mort « avec un dernier sourire sur son beau visage ».

Nous nous associons évidemment à leur peine.

Illustration : 1-McLaren, 2-Lothar Spurzem * 1965 Bild-CC-by-sa/2.0/de, 3-Pete Lyons/McLaren

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5 Commentaires sur "Dan Gurney – (1931 – 2018) : l’un des derniers dinosaures du sport auto"

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Akalias
Invité

Pour l’ anecdote c’est lui qui avait mis au point ledit « test de l’ aisselle »: on coinçait son casque sous le bras, puis on le laissait choir. Si le casque était fêlé, on changeait d’ équipementier au plus vite!…
Il avait sidéré ses collègues en utilisant le premier casque intégral en compétition sur sol européen.

klm
Invité

au revoir.
quel dommage ce manque de commentaire pour une légende des sport motorisé.

JohnnyVersoz
Invité

Encore une légende de la course automobile qui nous quitte….il me semble qu’il avait tenté aussi « l’aventure » politique, sans grand succès, mais ma mémoire me fait défaut..

Raymond
Invité

Un palmarès loin d’être ridicule pour quelqu’un qui aurait fait les mauvais choix!

Sa volonté de briller dans toutes les disciplines démontre surtout que c’était un homme sincèrement animé par la passion automobile, et c’est ce que je retiens.

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