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L’automobile en Ouzbékistan

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Pays méconnu d’Asie Centrale, l’Ouzbékistan possède DES constructeurs automobiles. Et curieusement, point de productions de l’ex-URSS dans le lot…

L’Ouzbékistan est un pays turcophone d’Asie Centrale. Situé sur la fameuse Route de la Soie, il a régulièrement été envahi au fil des siècles. La région fut successivement grecque, macédonienne, chinoise, perse, arabe, turque, mongole et enfin russe. C’est dire s’il y eu des brassages et des mouvements de populations. Avec leur sens habituel du doigté, les Soviétiques découpèrent le très informel Turkestan à la serpe. Du coup, tous les habitants d’Ouzbékistan ne sont pas Ouzbèkes et il y a des Ouzbèkes hors d’Ouzbékistan.

Si L’Ouzbékistan est rarement évoqué dans les médias, c’est que le pays sent le souffre. D’abord Premier Secrétaire du parti communiste Ouzbèke, Islam Karimov est désigné président du RSS d’Ouzbékistan en 1990. Bien que soutenant l’URSS, Karimov déclare l’indépendance en 1991. Puis, dans la tradition de l’Asie Centrale, Karimov se fait réélire à chaque fin de mandat. Et gare à ceux qui oseraient le contredire…

Uzbekistan

Daewoo

En 1991, Karimov s’est lancé dans un programme de d’industrialisation du pays, jusqu’ici presque exclusivement agricole. Daewoo souhaitait alors percer hors de Corée du Sud. Le constructeur produsait des unités d’assemblage à la chaine. En 1992, un contrat fut signé avec l’état Ouzbèke. Néanmoins, ce n’est qu’en 1996 que la joint-venture Uz-Daewoo produisit sa première voiture, à Asaka.

Matiz

SamAuto

Encouragé par la création d’Uz-Daewoo, Karimov voulut attirer d’autres constructeurs, ainsi que des équipementiers. Il mit en place Uzavtosanoat. En théorie, c’est un syndicat de l’industrie automobile. En pratique, les investisseurs étrangers sont obligés de s’allier à lui, afin de créer une joint-venture. D’ordinaire, ce genre de vraie-fausse société privée est confiée à Gulnora Karimova, la controversée fille de Karimov. Mais la dauphine ne s’intéresse pas à l’industrie.

En 1996, le conglomérat turc Koç s’associa à une filiale de Uzavtosanoat, Samarkand Auto, pour créer SamAuto. Cette joint-venture produisait des utilitaires Isuzu.

SamAuto

Projet mort-né et zombies

En 2003, Koç et Uzavtosanoat rêvaient d’assembler des Land Rover et des utilitaires Ford. Les Ouzbeks annoncèrent publiquement le projet, alors qu’il était loin d’être ficelé. Les négociations traînèrent. Puis il tomba à l’eau avec la vente de JLR à Tata. En prime, Koç se retira de SamAuto. Beaucoup plus tard, Isuzu racheta ses parts.

Heritage_Defender

En parallèle, Daewoo avait faillite. GM jugea la joint-venture ouzbèke non stratégique et Uz-Daewoo dut se débrouiller seul. Heureusement, grâce au tissu industriel monté par le syndicat, la production se poursuivit. En prime, le constructeur peut désormais exporter dans les états limitrophes.

Daewoo Nexia

MAN-Uz

En 2009, nouveau projet : produire des utilitaires MAN. Pour que le dossier avance, le constructeur allemand fut obligé d’arroser les officiels Ouzbèkes. La justice allemande s’en rendit compte et Håkan Samuelsson, PDG de MAN, dut démissionner. Malgré tout, la production de poids-lourd démarra en 2012. MAN n’est guère bavard sur le projet : Uzavtozaonat est actionnaire majoritaire, le constructeur se borne à livrer des kits, pas d’autres questions, merci.

MAN

Chevrolet et Daewoo

En 2008, GM réévalua Uz-Daewoo. L’Asie centrale est un marché en pleine croissance. Le groupe s’offrit les anciennes parts du constructeur Coréen et bâtit une usine de moteurs. En 2011, Uz-Daewoo devint officiellement GM Uzbekistan. Les Chevrolet Cobalt, Malibu et Orlando ont débarqué à Asaka…

chevrolet-malibu

Mais sur le marché Russe, Uz-Daewoo conserve son nom et son logo. Les Matiz et autres Nexia II sont largement dépassées, mais les Ouzbèkes cassent les prix et cela plait aux Russes (et à d’autres républiques de l’ex-URSS.) C’est l’ultime souvenir de Daewoo Auto.

Daewoo Gentra

Crédits photos : UZ-Daewoo (photos 1, 3 et 6), Red Bull (photo 2), SamAuto (photo 4), Land Rover (photo 5), MAN Truck (photo 7) et GM-Uzbekistan (photos 8 et 9.)

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10 Commentaires sur "L’automobile en Ouzbékistan"

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Heathcliff
Invité

Super article!
J’étais tombé par hasard sur le site russe de Uz-Daewoo récemment, et j’avais été interpellé par le fait qu’ils utilisent encore la marque et le logo Daewoo, alors même qu’elle a disparu partout ailleurs, même en Corée.

scott
Invité

la Daewoo Dexia dois etre bien rentabilisée sachant que c’est une base d’opel kadett……

Thibaut Emme
Admin

Sous le badge Daewoo elle a commencé sa carrière en tant que LeMans ou bien Pointer, ou même encore Asüna GT/SE au Canada (sous le blason Asüna).
Ensuite elle est devenue Celio/Nexia mais le profil était toujours reconnaissable 😀 un peu plus de 11 ans en Europe, 29 ans à date avec l’UzDaewoo soit 31 ans depuis les débuts de la Kadett E.
Tout en sachant que le prédécesseur de la Nexia, la Maepsy était une Kadett C (Daewoo n’a pas utilisé la Kadett D) qui n’eu elle qu’une carrière « que » de 16 ans…

XX
Invité

Là-bas le partage, c’est 25% GM et 75% l’ Ouzbékistan.
Pour un dollar sur quatre gagnés GM ne va pas leur offrir le meilleur.

https://www.ekonomi.gov.tr/portal/content/conn/UCM/uuid/dDocName:EK-203133;jsessionid=oqbzAKYEhBLm-J6UI04yPblsMIyl4f0R6tcNR43eoORy01G_vp68!1579184086

crash71100
Invité

Article très intéressant, merci beaucoup

klm
Invité

Article extrêmement intéressant.

gigi4lm
Invité

Je me joint aux concerts de louanges. JJO, on demande une suite sur d’autres pays improbables.

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