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Le film du samedi : Lâchez les bolides

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Dans les années 70, le cinéma se permettait beaucoup de choses. Au nom du « le cinéma de papa, c’est fini », toutes les excentricités étaient possibles. Y compris un film uniquement fait de poursuites de voitures !

Gégé Corman

Roger Corman est un monument du film US à petit budget. En général, les producteurs ne font pas de vieux os dans le cinéma. Au mieux, ils arrivent à revendre leur boîte lorsqu’elle atteint son apogée. Gégé Corman, lui, dirige New World Pictures depuis plus de 60 ans, traversant les époques et les modes. Et aujourd’hui, à 89 ans, il n’est pas question de partir à la retraite !

D’après la légende, il a réussi à rentabiliser chacun de ses films. L’astuce, c’est d’avoir un oursin dans le portefeuille. Il se tient à ses budgets et si, d’aventure, il achève un tournage avant la date prévue, il fait un 2e film (avec la même équipe) dans le temps restant ! Parfois, même Luc Besson trouverait qu’il bâcle le boulot. Son autre spécialité, c’est de faire la sortie des écoles ; un acteur ou un réalisateur débutant sera moins gourmand. Il a ainsi été le premier à confier une caméra à Brian de Palma, Jonathan Demme, James Cameron ou Francis Ford Coppola. Il a été le premier à faire jouer Jack Nicholson, Peter Fonda, Robert de Niro, Silvester Stallone ou Jean-Claude Van Damme.

Un jour de 1977, Ron Howard vient le voir. Il en a marre d’être le Richie Cunningham de Happy days. Il voudrait être réalisateur. Mais aucun producteur ne veut de lui. Il a même songé à faire une sex tape pour trouver de l’argent ! Le sang du producteur n’est fait qu’un tour : la star du sitcom le plus populaire de l’époque lui offre ses services ! D’accord pour qu’il réalise un film, mais c’est Corman qui choisit le film. Il lui tend Lâchez les bolides, un remake « tout public » de La grande casse.

GTA 4

Patte d’eph’ et tôle froissée

Le pitch est assez bateau. Paula Powers est une riche héritière de Los Angeles. Elle veut épouser Sam Freeman, un militant écolo. Ses parents préféraient qu’elle épouse son ex, Collins Hedgeworth, un autre riche héritier. En bonne ado rebelle, Powers fait le mur, emprunte la Rolls-Royce Silver-Cloud de son père. Puis elle file à Las Vegas avec son fiancé, pour se marier sur le champ. En apprenant cela, Hedgeworth file à leurs trousses, puis il offre une forte prime à qui lui ramènera son ex. Du coup, tout Los Angeles se lance à la poursuite de la Rolls.

La suite est une série de sketchs et de gags « pouêt-pouêt ». Appâté par la prime, un nigaud se lance à la poursuite du couple. Il échafaude un plan digne de Vil Coyote. Ca rate et l’imprudent termine dans le décor. Un autre nigaud entre alors en scène, avec un autre plan, etc.

GTA 5

Ron Howard joue Freeman, un clone de Richie Cunningham. Au début, on a l’impression qu’il attend son chèque. Mais Howard veut en fait montrer son talent devant et derrière la caméra. A mi-film, il s’offre un monologue. Action ! « …Mais ça, tu ne peux pas comprendre ! TU NE PEUX PAS COMPRENDRE ! [brise un vase] » Conclusion : en fait, Howard est un acteur nul. Au moins, il est venu en famille : Clint Howard (le petit-frère) et Lance Howard (leurs père) jouent 2 des nombreux affreux. On retrouve également Marion Ross (la mère de Richie Cunningham, dans Happy Days.)

Les autres acteurs sont des troisièmes couteaux. Nancy Morgan joue ainsi, à 27 ans, Paula Powers, une ado. Signalons Hoke Howell en prédicateur fou. Venu d’une campagne profonde, Howell a su utiliser son accent trainant à Hollywood. Si vous voyez un grand plouc dans un film des années 60-70-80, c’est sans doute lui !

GTA 1

Lâchez les bolides, c’est surtout une ambiance cartoon, avec des gags « énaurmes ». Tous les personnages ont (au moins) une case en moins. Les gens ne savent conduire qu’avec le pied au plancher. Des tremplins surgissent de nulle part et les voitures volent. Une Fiat X1/9 souffre peu après le générique de début et une Dodge Coronet break traverse une maison juste avant le générique de fin. Entre les 2, le film revendique une soixantaine de voitures sacrifiées. Mais ne vous inquiétez pas, les voitures attendent que les occupants soient sortis pour exploser ! Ca reste du « tout public », donc pas de blessés.

En bon Harpagon, Corman a maquillé une 912 en 911 Carrera RS. La Rolls-Royce est « doublée » sur certaines scènes. La police de Los Angeles ne dispose que d’une seule et unique patrouilleuse (une AMC Matador.) Et une bonne partie des accrochages ont lieu hors champ (de là à croire que « Gégé » a substitué une voiture neuve par une épave déjà cabossée…) En prime, sur l’affiche, la Silver-Cloud devient une Silver-Shadow, la 912/911 Carrera RS devient une 930, etc.

GTA 3

Il le fauuut !

La grand casse est une bisserie agréable. Certaines blagues feront sourire. C’est l’esprit du burlesque des seventies, forcément un peu démodé, voir kitsch, vu de 2015. En tout cas, c’est un bon moyen pour tuer le temps (lors d’une après-midi d’aout ou un long voyage en avion…) On le conseille également pour tout baby-sitting d’enfants de moins de 10 ans.
Howard devra tourner encore quelques épisodes de Happy Days avant d’avoir enfin ses premières grandes réalisations.

Le directeur photo est un certain Joe Dante. Dante se dirait que lui aussi, il aimerait bien tourner. On lui devra notamment Gremlins (1984.) Son premier film ? Piranhas, une production Corman, bien sûr !

En V.O., Lâchez les bolides s’appelle Grand theft auto. Notre gégé adoré n’a jamais eu de scrupules. Alors hop, il crée une jaquette avec la calligraphie du jeu homonyme ! Comme ça, le gogo achète le DVD, persuadé que c’est une adaptation de GTA

GTA 2

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1 Commentaire sur "Le film du samedi : Lâchez les bolides"

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Invité

Décidément j’adore cette rubrique, une façon sympathique d’en apprendre autant sur le cinoche que sur la bagnole dans tout ce qu’elle a de populaire (au sens noble du terme).
Je ne connaissais pas Roger Corman, mais il a visiblement lancé pas mal de jeunes réalisateurs qui seront pour certains les grands rénovateurs d’Hollywood dans les années 70-80.
Dante, Coppola, Demme, De Palma, sacré palmarès!

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