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Le “Peak Car” est-il en vue ?

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On connaît les prédictions relatives au Peak Oil, ce point haut de la production d’hydrocarbures à partir duquel la production ne pourra que diminuer. Les analystes de l’industrie automobile ont leur propre notion équivalente, le Peak Car, et l’institut IHS automotive vient de prédire un chiffre pour ce sommet théoriquement indépassable de la production automobile mondiale.

Selon IHS automotive, ce chiffre est à 100 millions de voitures vendues annuellement, et on va y arriver très bientôt. La production totale en 2013 a atteint 82 millions, et les constructeurs prévoient de monter jusqu’à 120 millions en 2016. Seulement voilà, une autre tendance lourde vient entrer en collision avec ces espoirs. Une des évolutions majeures de la démographie mondiale est le regroupement des populations dans des villes de plus en plus grandes et de plus en plus denses. La part de la population mondiale citadine est en augmentation constante et elle atteindra 60% en 2035, avec les problèmes que cela entraîne automatiquement pour le transport : pollution et encombrements permanents.

C’est, malheureusement pour les constructeurs, d’autant plus vrai sur les marchés qui sont le grand espoir de l’industrie automobile, l’Amérique du Sud et surtout la Chine et l’Inde qui concentrent la moitié des villes de plus de 10 millions d’habitants dans le monde.  On le voit cette semaine encore, la pollution dans les grandes villes chinoises s’approche rapidement de l’insupportable, voire du dangereux, et les autorités commencent sous la pression des habitants à s’attaquer à la question de façon de plus en plus drastique: limitation des immatriculations, durcissement des normes d’émissions, toutes choses qui mettent un frein sérieux à la progression de la pénétration de la voiture individuelle. Les célèbres embouteillages dans les grandes villes indiennes sont également devenus un problème suffisamment critique pour que la classe moyenne émergente, a priori le réservoir des primo-accédants à l’automobile, commence à considérer que le déplacement en voiture individuelle est plus une nuisance qu’un avantage.

Si l’on considère par ailleurs que les marchés traditionnels que sont les pays développés sont proches, ou arrivés à saturation, l’hypothèse du Peak Car n’est plus absurde. Cela a des conséquences importantes pour l’industrie. Le gâteau ne grossissant plus, la lutte pour augmenter sa part deviendra de plus en plus serrée, avec des victimes inévitables, et les gagnants seront ceux qui sauront anticiper les premiers les évolutions des besoins. Selon PwC toujours, cité par Bloomberg dans le passionnant article en référence de ce post, la question cruciale que doivent se poser dorénavant les constructeurs dans ce contexte est “doit-on vendre des voitures, ou doit-on vendre de la mobilité ?”.

Au-delà des problèmes évoqués ci-dessus, le changement d’attitude envers l’automobile individuelle dans les sociétés modernes (l’”autophobie” si souvent déplorée par les lecteurs de ce site) est symptomatique de ce dilemme. La mobilité est importante et recherchée, mais la voiture individuelle est-elle toujours le meilleur moyen d’y parvenir ? Les analystes proposent un modèle, basé sur les technologies émergentes de voitures à conduite automatique connectées entre elles, où l’automobile deviendra de plus en plus un bien partagé, disponible à la demande, combinant les avantages de la voiture individuelle et du transport en commun : utilisation personnalisée mais sans les coûts liés à la possession. La technologie de l’automatisation permettra également de consacrer le temps passé en déplacement (dans les encombrements des méga-agglomérations, donc) à des choses plus utiles que la conduite, une demande des jeunes générations parmi lesquelles l’obtention du permis de conduire est de moins en moins une priorité.

Ce n’est pas un hasard de voir la plupart des constructeurs engager des investissements de plus en plus importants consacrés à ces technologies de la conduite autonome. La mutation qui s’engage est profonde, et pourrait être rapide, et personne ne veut prendre le risque de ne pas être prêt quand les choses vont s’accélerer. Le Peak Car qui se profile est-il le marqueur de la fin de l’automobile telle que nous la connaissons ?

Source : Bloomberg

Crédit image : NOMAD sous licence Creative Commons.

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11 Commentaires sur "Le “Peak Car” est-il en vue ?"

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juuhuu
Invité

Autophobie / Conduite automatisée / pas de tunes pour s’acheter un permis / pollution sévère / Mégalopole surpeuplée / Tracking

C’est fantastique le progrès, l’harmonie et le bonheur…

Jean-Pierre CORNIOU
Invité
Cette évolution vers un pic de capacité d’absorption de notre planète pour les véhicules individuels est au coeur de la réflexion que j’ai conduite dans mon livre « 1,2 milliards d’automobiles, 7 milliards de terriens, la cohabitation est -elle possible ? » publié chez Lignes de repères. Il est évident que la lutte pour la place « physique » dans les villes ne permet pas un essor sans fin de la circulation automobile. Il y a saturation des capacités que toutes les villes occidentales ont connu et qui a conduit à des mesures des restriction diverses que la Chine est en train d’expérimenter. La… Lire la suite >>
pedro
Invité

Ils en parlent aussi dans « la valise en carton » de Linda de Sousa

juuhuu
Invité

Et la conclusion, les propositions ? Parce que c’est un peu enfoncer les portes ouvertes de dire, on est trop nombreux, les bagnoles polluent etc. Et plus généralement, au delà de l’automobile du mode de vie, de la bouffe, des loisirs etc.. Concrètement, il se passe quoi ?

yl
Invité
Le problème étant que des transports en commun encombrent aussi l’espace et sont facteurs de gâchis, hors heures de pointes, car on doit maintenir un service minimum acceptable sinon personne ne les prendra (en cas d’imprévu, ou d’horaire parfois atypiques, il faut bien pouvoir rentrer… et vu la mensualisation des tarifs). Le problème de la voiture est aussi qu’en France l’on n’a jamais su construire les axes avant l’extension des villes (contrairement aux USA) et que même pour les villes nouvelles ou cela a été parfois fait, la situation est dégradée dans le temps par la création de voies en… Lire la suite >>
Will
Invité
C’est clair qu’on se ruine (achat, assurance, entretien, carburant) pour une bagnole qui est garée (et donc ne sert à rien) 90% du temps, si pas plus… (en semaine la mienne sert 1heure par jour, soit inutile 95% du temps). Quand il y aura les voitures à conduite autonome à dispo (comme en autolib) il suffira d’en appeler une quelques minutes avant d’aller au boulot, et la caisse libre la plus proche se pointera toute seule comme une grande. Oh bien sûr il y aura toujours des problèmes (heures de pointes), mais la réduction du nombre de bagnoles (covoiturage induit… Lire la suite >>
wizz
Membre
Pourquoi une voiture en libre service serait forcement synonyme de co-voiturage? Le temps, c’est de l’argent. Alors dans ce monospace à 4 compartiments, forcement, celui qui conduit sera moins productif que les autres « co-voiturés ». Qui accepterait de perdre son temps pour conduire au lieu de bosser (prendre de l’avance dans son boulot, et de pouvoir rentrer chez lui plus tôt le soir)? Des voitures en libre service, oui. Cela permettrait d’augmenter leur taux d’utilisation, par rapport à la voiture particulière qui roule 1h par jour. Alors dans certains cas, c’est possible. Et dans d’autres cas, c’est non. -tôt le matin,… Lire la suite >>
Chocapic
Invité

@ Wizz « Le temps, c’est de l’argent. Alors dans ce monospace à 4 compartiments, forcement, celui qui conduit sera moins productif que les autres « co-voiturés ». Qui accepterait de perdre son temps pour conduire au lieu de bosser (prendre de l’avance dans son boulot, et de pouvoir rentrer chez lui plus tôt le soir)? »

Personne ne conduit : la voiture est autonome, Will l’a écrit au début de son commentaire.

wizz
Membre

mea culpa

effectivement, des véhicules à conduite autonome
(ça m’apprendra à lire sur ces mini tablettes)

avec des voitures autonomes, cela règle le problème du flux de retour de ces véhicules après la première vague d’utilisation. Mais comme je l’ai dit en terminant mon précédent commentaire, cela implique de changer profondement son mode de vie…

Will
Invité
Ah oui ça c’est clair, ça changerait. Mais j’ai vu passer une image (par Tesla je crois), où ça disait en gros que depuis quelques années la sécurité passive est de plus en plus présente, dans les années qui viennent c’est la conduite proprement dite qui sera de plus en plus assistée (d’abord dans les bouchons, etc etc), et l’image prévoyait à l’horizon 2050 des voitures complètement autonomes. Et franchement pourquoi pas. C’est peut-être toute la société de l’opulence (et de la croissance infinie) qui va être remise en cause de toute façon. Sans parler de décroissance qui me ferait… Lire la suite >>
Pops
Invité

Imaginez ceci à l’échelle d’une ville : http://fr.wikipedia.org/wiki/ULTra

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