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Le film du samedi : Ronin

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Ah, Ronin… 11 minutes de course-poursuites ; sans doute les meilleures jamais capturées sur écran. Mais aussi 111 minutes d’un film d’espionnage passable.Le contexte

Un ronin, c’est un samouraï sans chef (parce que ce dernier a été tué ou marginalisé.) C’est le cas des personnages principaux, d’anciens espions de la guerre froide qui n’ont plus vraiment d’idéaux. Dans l’Europe des années 90, les cartes sont brouillées. CIA et KGB travaillent main dans la main face à des terroristes alliés aux mafieux.

Ce que le réalisateur, John Frankenheimer, ne sait sans doute pas, c’est que les ronin restaient rarement inactifs. L’histoire des 47 ronin, qui vengèrent leur chef, est une exception. Les samouraï avaient plutôt tendance à se chercher un nouveau chef ou à se transformer en bandits de grand chemin. Exactement comme les personnages principaux, des mercenaires sans scrupules.

Frankenheimer est un vétéran du film d’action. On lui doit notamment Grand Prix et French Connection II. Fait rarissime à Hollywood, il tournera régulièrement jusqu’à sa mort, en 2002, à 72 ans. Ronin, tourné en 1998, est justement un agrégat des codes du film de genre de différentes époques. Les histoires d’espions sont plutôt le propre des années 60-70. Les course-poursuites sont plutôt typées années 70-80. La dernière décennie y ajoute une touche plus « intello » (on tire moins et on parle plus.) Le casting est international (l’Américain Robert de Niro, le Français Jean Reno, l’Anglais Sean Bean…) Et enfin, il y a ce fond orientalisant (l’histoire des ronin.)

Les courses poursuites

Ronin possède trois scènes de course-poursuites. La première, très brève, semble davantage à un publi-reportage pour mettre en valeur l’Audi S8. C’est d’ailleurs le premier gros placement produit de la firme aux anneaux (qui, à force, se donnera une image de voitures de braqueurs.) On passe vite dessus.

Frankenheimer est de la vieille école. Donc il emploie de vraies voitures et des décors naturels. Pas de maquettes, ni d’images de synthèse. Et c’est bien Skipp Sudduth (l’un des acteurs), qui conduit lui-même la S8 ! Par contre, il veut que ça explose.

La scène à Nice ni offre une poursuite à haute vitesse entre une S8 et une Citroën XM. Le choix du lieu et la présence d’une 450 SEL 6,3 sont sans doute des hommages à French Connection II.

Dans Paris, le réalisateur se fait encore plus plaisir. Cette fois, une Peugeot 406 poursuit la BMW 535i des méchants, en plein trafic. Des dizaines de voitures se percutent, se retournent, explosent… Les Parisiens trouveront le parcours curieux : ils partent du Zénith de la Villette, empruntent le tunnel des Halles, arrivent sur les quais de Seine, puis les voilà sans transition à Barbès, ils se téléportent à la Porte de la Chapelle, ils entrent sur le périphérique et se retrouvent… Sur l’A14, à la Défense ! Tout cela en 7 minutes.

Le reste

Donc, un groupe d’ex-espions doit s’emparer d’une mystérieuse mallette, pour le compte d’un non moins mystérieux commanditaire. Mais l’un des membres trahit les autres, s’empare de la mallette, se cherche un premier acheteur. Puis un autre membre du groupe rejoint le traître… Tout cela, sur fond d’embrouilles : De Niro et Reno sont-ils vraiment des ex-agents de renseignement ? Ou sont-ils toujours actifs ? A force de vouloir créer des faux-semblants, des fausses pistes et des retournements de situation, Frankenheimer perd ses spectateurs.

En prime, il a une tendance à meubler tout azimut : amourette entre De Niro et l’héroïne, De Niro se faisant soigner, Jean Reno scrutant un diorama représentant les 47 ronin… Il faut bien arriver aux deux heures réglementaires. D’ailleurs ces scènes ont été rajoutées sur le tard dans le scénario.

Le casting

Robert de Niro est LA star du film. On le voit surtout cachetonner sans conviction. Après avoir décliné jusqu’à plus soif les personnages de mafieux, il ressort cette fois son costume de Heat. Il donne l’impression de ne jamais rentrer dans le tournage. Dans la première poursuite (la pub de S8 au clair de lune), il est carrément hilare. C’est dire s’il y croit… Le problème, c’est qu’il apparaît dans toutes les scènes.

Jean Reno est content d’être aux côtés de de Niro, à la ville comme à l’écran. A force d’être mutique et ultra-concentré, il a l’air du gars heureux que son anniversaire tombe encore le jour de sa naissance ! Dans la dernière scène, de Niro marmonne un « conseil » et plante Reno dans un café, sans payer. L’autre, tout heureux d’avoir reçu la lumière, paye les consommations et répète la phrase !

Après avoir réuni ses deux stars, Frankenheimer a deux solutions. Soit il recrute d’autres stars, mais ça coûte cher et créera des problèmes d’égo. Soit il prend des seconds couteaux, qui ne sont là que pour braquer la lumière sur De Niro et Reno. Sean Bean, alors méconnu, joue un méchant d’opérette (NDLA : ce n’est pas une plaisanterie ; c’est vraiment son rôle.) Il doit cabotiner toutes voiles dehors avant de se faire exclure de la troupe. C’est d’ailleurs l’un des seuls films où il ne meurt pas.

Ronin est un film de genre, sans prétention. Il doit cartonner en salle, cartonner en vidéo et ensuite, ce n’est pas grave si on l’oublie. Le problème, c’est que le budget de 55 millions de dollars ne sera pas remboursé, avec seulement 41 millions de recette. Il échoue donc dans sa mission.

Déjà désuet en 1998, Ronin a pris un coup de vieux aujourd’hui, avec ses vraies cascades, ses gunfights sans ralentis et ses acteurs qui fument.

Mais il reste les deux scènes de poursuite :

Crédits photos : United Artists

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7 Commentaires sur "Le film du samedi : Ronin"

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r.burns
Membre

A part l’auteur, je ne comprends pas bien qui peut être concerné par cette chronique hebdomadaire dont le but est de démontrer la médiocrité d’un film sous le prétexte qu’il y a des autos dedans, en n’économisant aucune référence cinéphile
Est-ce la volonté de se venger d’avoir vu un mauvais film, est-ce la pédagogie ? Je ne sais vraiment pas

Fastbear
Invité

Le film est effectivement assez moyen tendance médiocre et l’incohérence du parcours à Paris gâche un peu le seul plaisir du film.

Momo
Invité

J’ai toujours pensé la même chose de ce film ! Sympa le sujet

Mattsandorf
Invité
Une petite relecture n’aurait pas fait de mal. On passe sur les habituelles fautes d’orthographe. Mais répéter plusieurs fois que Bruckenheimer a voulu ci ou ça alors qu’il s’agit de Frankenheimer (comme dit au début de l’article) c’est agaçant. Ça dénote un certain manque de considération pour ses lecteurs je trouve. Sortie de ça c’est vrai que le film est oubliable et a terriblement vieilli. Même constat que Fastbear, les incohérences dans la poursuites gâchent le plaisir, pour ceux qui connaissent bien Paris en tout cas. Incohérences qu’on retrouve d’ailleurs dans le premier (et très mauvais) GI Joe aussi. C’est… Lire la suite >>
el gracus
Invité

Et qui a t il dans la mallette ??????

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