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Galop d’essai : Toyota Etios et Etios Liva

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Si l’on parle beaucoup de la Chine, il ne faut pas oublier l’autre marché de la région en plein boom, l’Inde. La classe moyenne émergente se motorise à vitesse grand V et il y a des parts d’un gros marché à prendre. De 340 000 voitures par an en 1990, l’Inde est passée à 3 millions en 2010 et 4,5 millions sont prévus pour 2015 pour un marché dont le centre de gravité se déplace des petites voitures spartiates aux compactes plus confortables. Toyota, en Inde depuis une dizaine d’années, était jusqu’à présent un acteur relativement mineur avec 60.000 voitures vendue en 2010 face au mastodonte Maruti Suzuki mais a décidé de changer de braquet avec une nouvelle voiture conçue spécifiquement pour le pays, l’Etios. Le constructeur avait invité cette semaine certains médias à essayer la voiture au Japon, dont le blog auto.

La démarche de Toyota avec ce modèle prend le contre-pied de l’approche classique consistant à choisir un modèle existant ailleurs, le dépouiller au maximum pour en abaisser le coût et le renforcer tant bien que mal pour les rigueurs locales. Dans le cas de l’Etios, la voiture a été développée à partir de zéro pour répondre spécifiquement aux besoins du marché indien et elle est produite sur place. Sa plateforme sera par la suite utilisée comme base pour développer d’autres modèles destinés à attaquer d’autres marchés de l’ensemble BRICS. Le Brésil est ainsi le second objectif avoué par Toyota, et la Russie pourrait suivre rapidement ensuite. Une démarche qui se rapproche assez dans l’esprit de celle de Renault avec la Logan.

Les spécificités du marché indien nous ont tout d’abord été expliquées par l’ingénieur en charge du projet à grand renfort de transparents montrant le joyeux chaos régnant dans les rues indiennes, les routes à ne pas mettre un SUV dehors et le climat brutal, rude avec les hommes et les machines.

L’Etios, sous ses dehors de petite berline discrète, est en fait taillée pour répondre à ces contraintes et représente un intéressant paradoxe : la garde au sol de 170 mm, les plaques de protection sous le châssis et les bas de caisse renforcés ne dépareraient pas sur un bon crosser-adventure-allroader-outland softroader de nos contrées, mais au lieu de l’esbroufe ushuaïesque qui va habituellement avec la voiture fait au contraire de son mieux pour ressembler à une citadine… Les essayeurs de Toyota ont d’ailleurs pour en avoir le coeur net torturés deux exemplaires de l’Etios jusque sur les contreforts de l’Himalaya, sans dommages particuliers.

L’intérieur utilise des ruses similaires. Propret mais simple, coûts serrés obligent, il est en fait équipé comme pour affronter pour une traversée du désert : le système d’air conditionné dimensionné pour un bus, trahi par des bouches peu discrètes sur le tableau de bord, souffle dans l’habitacle un ouragan glacé avec un bruit de Boeing jusque dans la boite à gants qui peut embarquer 13 litres en bouteilles d’eau (!).

La banquette arrière plate est faite pour accueillir 3 adultes et des idées intéressantes sont appliquées comme les rails des sièges avant conçus pour ne pas blesser les pieds souvent nus des occupants. Bien sûr, pas question de philosopher ici sur la mousse et les plastiques. Ici c’est dur, solide, sans fioriture hormis quelques joncs chromés, et surtout pas cher. Même verdict pour les sièges qui malgré la sellerie bicolore vue ici ne représentent pas le dernier cri en matière de confort ergonomique mais qui sont loin d’être un supplice. L’automobiliste indien, qui accède dans bien des cas à sa première voiture, n’a pas les états d’âme du difficile acheteur européen qui a plusieurs générations de conducteurs dans les gènes…

L’Etios existe en deux versions : la berline tricorps, vendue depuis l’année dernière, s’adresse aux familles installées. Plus accueillante, avec une longueur de 4,26 m, elle est équipée d’un moteur 1,5l de 90 chevaux et 132 N.m de couple et d’une boîte manuelle 5 rapports. Ce moteur est spécifique à la voiture. La consommation est de 5,6l aux 100 km, bien aidée par un poids de 930 kg. En terme de sécurité, la voiture reçoit un ABS et 2 airbags. Elle est vendue entre 496 000 et 696 000 roupies (7880 à 11000 euros). La 5 portes qui s’appelle Etios Liva est plus dépouillée et son moteur fait 1,2l et 80 chevaux. Elle s’adresse aux jeunes avec un prix qui s’échelonne entre 399 000 et 599 000 roupies (6340 à 9520 euros).

Les voitures n’étant pas immatriculées au Japon, l’essai se déroulait sur la piste de perfectionnement de conduite de Toyota, ce qui présentait un inconvénient majeur : la surface en état impeccable ne permettait pas de se rendre compte de l’utilisation de la voiture dans les conditions qu’elle est faite pour rencontrer. De fait, le niveau sonore est parfaitement acceptable, et la voiture ne se dandine pas comme on pourrait s’y attendre avec ces trains roulants réglés pour encaisser toutes sortes de terrains. C’est encourageant mais difficile dans ces conditions de donner un avis autorisé. Si la Liva demande de jouer de son levier de vitesses quelque peu imprécis pour tenir un rythme soutenu, le 1500 cm3 de l’Etios est agréablement coupleux à bas régime, en accord avec les accents de respectabilité que Toyota a voulu donner à sa voiture.

Dans l’ensemble l’impression est plutôt bonne une fois que l’on se recale sur des standards un peu différents de l’habitude. On a un peu le sentiment de se retrouver dans une compacte européenne des années 90. C’est une voiture simple, légère, sans artifices, qui remplit parfaitement sa tâche. Les premiers chiffres de vente sont bons avec 37 000 commandes depuis le 1er décembre 2010 pour un objectif de 30 000.

Quand on y songe, il n’est pas étonnant que Toyota ait réussi l’Etios. D’une certaine façon, la petite berline qui accompagne l’émergence d’une population dans un nouveau mode de vie, c’est le coeur de l’identité du constructeur de Nagoya depuis ses débuts. Ce n’était d’ailleurs pas par hasard qu’une Corolla de première génération trônaît dans le hall du bâtiment où nous étions accueillis. Spirituellement, l’Etios en est la descendante directe. Souhaitons lui le même destin.

Lire également:
La Toyota Etios disponible en Inde
Toyota Etios Liva

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8 Commentaires sur "Galop d’essai : Toyota Etios et Etios Liva"

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Umaga
Membre
Parfois je me dis que les voitures destinées au marché européen devraient être « tropicalisées » elles aussi. Dès que vous sortez des grands axes, question revêtement on se croirait revenu 60 ans en arrière (j’imagine. Je n’étais pas là ;-)). Je sévis surtout du côté des Yvelines et que ce soit avec la Clio du boulot ou ma caisse perso, je n’arrête pas de pester, contre les plaques d’égoût, les nids de poules, les réfections mal faites… C’est simple, la Clio n’a pas tout à fait 2 ans et elle couine déjà de partout, et je ne la malmène pas particulièrement.… Lire la suite >>
ZISSOU
Invité

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Tibo35
Membre
Sauf que les marketteux pensent que les zeuropéens (Français par exemple) ne veulent pas de véhicules comme cela… Schweitzer a relancé Dacia…mais ne pensait pas qu’elle se vendrait en France (ouh ben il s’est un peu trompé là). Beaucoup de personnes pour les trajets de tous les jours cherchent un véhicule simple, peu onéreux et fiable. Comme cela ça laisse un budget à consacrer à une voiture plaisir 😀 @PLR: elles ont abs, airbags, etc…mais ne sont pas immatriculées au Japon. Cela veut-il dire qu’elles ne passent pas le crashtest? ou les norme pollution? C’est assez étonnant pour des voitures… Lire la suite >>
Tibo35
Membre

Merci pour la réponse 😉

Sous cette forme (et ce prix héhé) elles me vont bien comme elles sont.

samir
Invité

Moi aussi j’aime bien que cette voiture débarque chez nous. Une vraie alternative pour conccurencer les Dacia Logan et Sandero. Et puisque c’est une Toyota qui ne contient pas trop d’éléctronique, côté fiabiloité, on n’aura pas mieux 😉

cycledelic
Membre

D’un côté, le moteur est placé bas dans le compartiment, bon point. En revanche, la position haute de la batterie n’est pas terrible et est certainement rédhibitoire pour passer les crash tests en Europe…

Tibo35
Membre
La Punto 1 (96 et au delà) a la même configuration moteur+batterie. Ok elle se tape un vilain 2étoiles car elle se plie de partout mais ce ne semble pas être gênant d’avoir la batterie haut perché. Il n’y a toujours pas d’obligation de passer des crash-tests en Inde (sauf erreur) et seulement des recommandations de sécurité… Il y a quelques années les constructeurs s’en fichaient pas mal et Tata expliquait même pourquoi ils ne voulaient pas en passer…(surcoût de développement, inutilité car réutilisation d’un chassis existant, etc…). A priori cette toyota est passé au crash-test…..interne 😀 Impossible de trouver… Lire la suite >>
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