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Chine: Geely, grandeur (1/2)

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Geely, plus ancien constructeur privé Chinois, possède une histoire intéressante. Dans la première partie, on va voir la montée en puissance de ce petit empire.

D’ordinaire, dans les pays de culture confucéenne, ce qui compte, c’est le groupe. Ca ne veut pas forcément dire qu’on pense en permanence à l’intérêt collectif, mais plutôt qu’il faut éviter de se distinguer des autres. Les « self made man » à l’Américaine sont donc rares.

Pour autant, Geely est né grâce à la volonté d’un homme seul, Li Shu Fu. Il est né en 1963, à Taizhou, dans la province du Zhejiang. Fils d’agriculteurs, il doit abandonner l’école à 9 ans, alors qu’il ne sait lire que le dialecte local et qu’il ne connait pas l’alphabet latin.
Son père veut en faire un arboriculteur. Mais après un an auprès de lui, son opinion est faite: il veut construire des voitures, pas planter des arbres! Du coup, il retourne à l’école et termine la primaire.

En 1984, il veut réparer des réfrigérateurs. Mais les fabricants Chinois de réfrigérateurs tournent à plein régime et ils ne peuvent fabriquer des pièces détachées.

Alors, en 1989, il fonde sa propre fabrique, Artic Flower (ci-dessous, son atelier de fabrication.)
En Chine, il faut des autorisations pour tout. L’économie se libéralise à peine et l’état privilégie les apparatchiks du Parti qui se mettent à leur compte. Autant dire que Li, jeune paysan n’ayant aucun réseau, n’a pas le profil.

Le précieux sésame lui est donc refusé. Il poursuit néanmoins. Hélas, en 1992, un promoteur de Taizhou lorgne le terrain d’Artic Flower. Le site est rasé sans ménagement.

Après un tour pour l’université de Shenzhen, Li observe le boum des deux-roues. En 1994, il rachète une fabrique de scooters en difficulté et la renomme Geely:

C’est un succès. Au bout de 3 ans, elle devient la quatrième entreprise privée Chinoise, tout secteurs confondus.

Li peut donc s’attaquer à son rêve de toujours: produire des voitures. Il réunit une poignée d’ingénieurs Chinois (Li est le deuxième en partant de la gauche.)

Geely Auto vise le bas de gamme.

Mais là encore, il bute sur l’obstacle étatique. Le marché automobile est déjà dominé par les joint-ventures et les marques étatiques « pures » sont marginalisées. Pékin cherche des remèdes pour fortifier ces derniers. Alors il est hors de question de leur mettre des concurrents privés dans les pattes!

Il faut donc ruser. Geely s’associe à un obscur constructeur du Sichuan, qui possède déjà une patente. Leur Haoqing est une Xiali recarossée (le modèle étant déjà homologué.)
Le 8 août 1998 (le « 8 » étant un chiffre porte-bonheur), la « chaine » de Linhai est inaugurée. 200 unités sont assemblées dans l’année.

Geely Auto n’est pas pour autant sorti d’affaire. Il achète son partenaire et la licence de constructeur se fait désirer.

En plus, les Chinois sont sceptiques vis-à-vis de leurs propres produits. Ils se demandent pourquoi l’Haoqing est si peu chère.

En 2001, quelques mois avant l’entrée de la Chine dans l’OMC, Geely obtient la fameuse licence.

En 2001, Geely produit une dizaine de milliers d’unités par an. Il a ouvert un second site, à Ningbo.

Pour grandir au plus vite, le constructeur s’offre, en 2002, un concurrent, JMStar. Le fondateur de JMStar est le petit frère de Li Shu Fu, Li Shu Tong. L’entreprise construit des clones de ZX.
Geely la renomme « Shanghai Maple Automobile » (SMA.)

D’autres constructeurs Chinois commencent à émerger. Néanmoins, là où ils ne commercialisent que des citadines et des minivans, Geely tente de créer des véhicules plus fun.

Ainsi, en 2003, il lance le tout premier coupé chinois, la Beauty Leopard. Avec son moteur 1,0l, oubliez le sport. En revanche, elle est équipée d’une installation karaoké de série!

Le constructeur profite des malheurs de Daewoo pour lancer un partenariat. Le Sud-Coréen modernise l’Haoqing et crée la berline Freedom Vessel (alias « CK »), en 2005.

Li Shu Fu pose fièrement avec.

Avec désormais 100 000 voitures par an (auxquels il faut ajouter environ 10 000 SMA), Geely est, de loin, le premier constructeur Chinois « pur ». Li est considéré comme l’un des piliers du business Chinois.

Shi Tianshu, responsable de la fédération du sport automobile Chinois, s’est ému de voir qu’il n’y avait aucun Chinois sur la grille du Grand Prix de Chine. Il veut créer une filière monoplace afin de détecter un pilote et le pousser en F1.
Pour financer son idée, il se tourne vers Li Shu Fu. Ce dernier reprend le projet à son compte et crée « l’Asian Formula Geely ».
Pour la présentation officielle, ils se sont contenté de poser des autocollants sur une vieille Formule Campus.

En 2006, Geely s’invite au salon de Detroit. Vue de 2011, la scène peut faire sourire: un homme qui fait un speech lénifiant en mandarin (il ne parle pas anglais) devant une Daihatsu Charade des années 80 replâtrée, le tout dans un hall d’hôtel à proximité du « vrai » salon.

Mais nous sommes en 2006 et jamais aucun constructeur Chinois n’est venu dans un salon occidental. A fortiori à Detroit, le bastion des « trois grands ». La presse Américaine s’enflamme, elle reprend tel quel les propos du PDG et le compare à Soichiro Honda (vu que lui aussi, il a produit des scooters avant de se lancer dans l’automobile.)

Li s’est bien rendu compte qu’il n’est pas prêt pour les Etats-Unis ou l’Europe.

Il y a un monde entre Geely et les grands constructeurs. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter l’une de ses usines, où la plupart des opérations sont encore réalisées à la main:

En attendant, le constructeur se lance à l’assaut de la Russie, de l’Amérique du Sud et de l’Asie centrale.

Au salon de Moscou 2007, le constructeur se veut agressif à tout point de vue. Les voitures sont placées dans un ring (comme si elles pouvaient battre n’importe quelle concurrente) et des hôtesses en micro-bikini SM défilent avec des pancartes indiquant le prix d’une CK: 291 500 roubles (7 000€.)

A force d’être chouchouté par les médias, Li est persuadé d’être un véritable guide pour l’industrie Chinoise.

Il ouvre ainsi une école de commerce, la Geely University, afin de former les meilleurs businessmen Chinois:

Gag: cette école possède un cursus de mannequinat, pour former des hôtesses de salon de l’auto et des race queens!

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Chine: Geely, décadence? (2/2)

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