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Les vies de Rubens Barrichello

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A Spa, Rubens Barrichello a fêté son 300e Grand Prix. L’occasion de revenir sur la longue carrière du Brésilien.

Lorsque l’on pense aux grands pilotes Brésiliens de F1, on songe immédiatement à Ayrton Senna. Puis les noms d’Emerson Fittipaldi, Nelson Piquet et Felipe Massa suivent dans la foulée. Les fans rajouteront Ingo Hoffman et Christian Fittipaldi, auxquels il a manqué une bonne voiture.

Les « champions sans couronne »? Là, Stirling Moss, Jacky Ickx et Carlos Reutemann se pressent immédiatement.

Et ce n’est qu’après coup que l’on se dit: « Ah oui, il y a aussi Barrichello. »

Le Pauliste n’a pourtant pas démérité: 2 fois vice-champion et 2 vois 3e et 11 fois sur la plus haute marche du podium, ce n’est pas si mal. Pourtant, on le classerait davantage avec les Riccardo Patrese, Andre de Cesaris ou Philippe Alliot. Ceux qui ont davantage fait acte de présence.

Rubens Barrichello est né à Sao Paulo, en 1972.

Bon pilote de kart, il passe à la Formule Ford en 1989 et termine 3e du championnat Brésilien.

Il s’envole pour l’Europe dés la saison suivante. Il veut débuter en formule Opel-Lotus, mais on y impose un âge minimum de 18 ans. Comme son père s’appelle également Rubens et qu’il est né le même jour que lui, il tend les papiers de son père… Et on le laisse courir! Une rumeur invérifiée dit que l’officiel qui l’a pris pour son père a ensuite dit: « J’aime bien les Brésiliens! Sous les sunlight des tropiques! En liberté! Oh yeah! »

Vainqueur d’emblée, en 1990, il passe à la F3 Anglais l’année suivante. Il y domine David Coulthard et succède au palmarès à Mika Hakkinen.

Alors qu’on lui propose un volant en F1 pour 1992, Barrichello préfère se tourner vers la F3000. Il termine 3e du championnat, derrière Luca Badoer et Andrea Montermini.

Pour Barrichello, c’est surtout l’époque de la colonie Brésilienne de Londres. Avec Gil de Ferran, Cristiano da Matta et Tony Kanaan, ils forment un groupe soudés de jeunes pilotes prometteurs.

Le dieu de Rubens s’appelle Senna, qui le lui rend bien. Barrichello débute en F1 en 1993 et le triple champion du monde mène ses compatriotes à la baguette, organisant ses propres briefing.

La première saison de Barrichello fut oubliable, comme l’était sa Jordan/Hart. Au moins, il aura gardé son volant, ce qui est déjà un exploit.
Il débuta l’année aux côtés d’Ivan Capelli, lessivé par un passage chez Ferrari au pire moment. 2 Grands Prix plus tard, le distributeur de billets gobe la carte de Capelli et Thierry Boutsen prend sa place. Le vétéran Belge décide de raccrocher le casque à Spa, à mi-saison. A Monza, il fait cette fois équipe avec Marco Apicella, sorti au premier virage par JJ Letho. La carrière F1 du prometteur Apicella est déjà terminée: à Estoril, il est remplacé par Emmanuele Naspetti. Enfin, pour les deux dernières courses, Eddie Jordan donne sa chance à un Nord-Irlandais, Eddie Irvine. Au Japon, Barrichello et Irvine terminent 5e et 6e, les seuls points de l’année de l’équipe.

Barrichello et Irvine rempilent pour 1994. Le Brésilien débute l’année en fanfare: 4e à domicile et 3e au Grand Prix du Pacific (qui fut d’ailleurs le premier podium d’une Jordan.)
Puis il y eu Saint-Marin. Le vendredi, il sort violemment, se blesse et est transporté inconscient à l’hôpital. A son réveil, Senna est à ses côtés. Il allait se tuer le dimanche.
Barrichello est convalescent durant deux Grand Prix, puis il décroche 4 autres 4e place (et une pole position.) De quoi terminer 6e du championnat.

L’intersaison est longue. Barrichello se rapproche de la famille Senna, alors que le pays tout entier n’en fini plus de pleurer son héros disparu. En conséquence, Barrichello est étiqueté « nouveau Senna ». En plus, Jordan passe d’un modeste Hart à un V10 Peugeot officiel. De quoi se donner des ambitions et les sponsors de se bousculer sur la combinaisons de Rubinho.

Finalement, la Jordan/Peugeot est décevante. Ironie de l’histoire, lui qui fut victime de casse moteurs durant le premier tiers de la saison est l’un des rares à voir le damier du Grand Prix du Canada. Il termine 2e, entre Alesi et Irvine. Ce fut son seul podium de la saison. Désormais, au Brésil il existe l’expression « faire son Rubinho », version locale de « vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. »
Plusieurs équipes s’intéressent au Brésilien, alors qu’Irvine semble soudé à l’Irlandais Eddie Jordan. Pourtant, à la surprise générale, Irvine signe chez Ferrari et Barrichello prolonge chez Jordan.

La Jordan/Peugeot de 1995 est un peu plus fiable. Mais Barrichello ne décroche aucun podium. En fin de saison, il est viré et toutes les autres équipes l’ont « oublié ».

Barrichello était à deux doigts de signer en Indycar, chez Penske-Hogan. Il préféra néanmoins rester en F1 et miser sur l’écurie débutante Stewart. Un choix par défaut.

Ce fut un nouveau purgatoire. En 1997, il ne voit que 3 fois le damier. Mais à Monaco, très opportuniste, il termine 2e et sauve sa saison. En 1998, il doit se contenter de deux 5e places.
Pour exister, il doit être se muer en tueur. Il humilie l’espoir Jan Magnussen et le revenant Jos Verstappen (soutenu par Ford Hollande.)

En 1999, Johnny Herbert a failli passer à son tour à la moulinette, avant de sauver la face avec une victoire sur le Nurburgring. De son côté, Barrichello profite d’une Stewart/Ford en bonne forme pour s’offrir 3 podiums et une pole position.

Ferrari cherchait un pilote discret et rapide pour remplacer Eddie Irvine, parti chez Jaguar (ex-Stewart.) Barrichello était un casting parfait.

A peine enfile-t-il la combinaison rouge que Rubens collectionne les podiums.

Puis il y a eu Hockenheim. La course tourne au chaos: pas de pluie, de la pluie, pas de pluie, un homme sur la piste… Barrichello émerge devant les McLaren et décroche sa première victoire. Sur le podium, il pense à Senna et fond en larmes.

Dans un premier temps, Barrichello était au paradis, chez Ferrari. Lui qui naviguait jusqu’ici en milieu de grille et qui était boudé par les médias (mis à part durant l’hiver 1994-1995), connait les joies de la victoire et la gloire. Le Brésilien est partout, y compris sur des boites de Lego!

C’est comme s’il débutait réellement sa carrière de F1. Alors qu’il a déjà 28 ans et 8 saisons d’expérience.

C’était la grande époque de la Scuderia Ferrari. Les Rosso dominent la F1 et Barrichello peut se vanter d’avoir été un artisan de ces victoires.

Irvine était officiellement « pilote N°2 » de Ferrari. Il devait laisser passer tout le temps Schumacher.

En théorie, Barrichello était « N°1 bis ». En pratique, Schumacher exigeait systématiquement d’être devant. Il y eu l’épisode des Grand Prix d’Autriche 2001 et 2002.
Le scénario de la saison est rédigé à l’avance: en début de saison, Barrichello peut s’amuser pendant le premier « run » des Grand Prix, puis qu’il soit en tête ou pas, il doit se ranger derrière l’Allemand. En fin de saison, s’il a été sage et si Schumacher est déjà titré, c’est lui qui se range derrière lui.
Schumacher voulait être toujours devant, même pour un show F1, une démonstration de karts ou de trottinettes électriques!

Rubinho hérite d’une image négative. Les uns le qualifient d’éternel loser, de pilote qui n’a pas su exister face à son leader. D’autres pensent que s’il monte sur le podium, c’est uniquement parce que la Ferrari est facile à conduire; à voiture égale n’importe qui ferait mieux que lui.

Mi-2005, alors qu’il avait une option chez Ferrari pour 2006, il annonce son départ chez Honda. Gil de Ferran, son colocataire des années Londonienne, vient de prendre les commandes de l’écurie de F1. Barrichello veut (se) montrer qu’il peut triompher sans la Scuderia.

La saison débuta mal. Puis, dans le dernier tiers, Button et lui font un festival (le plus beau étant la victoire Hongroise de l’Anglais.)

Hélas, le team ne confirma jamais cette bonne fin de saison 2006. Les saisons 2007 et 2008 sont à oublier. de Ferran a été viré et Ross Brawn (ex-Ferrari) n’a pas pu redresser la barre, d’autant que le constructeur va mal et que les sponsors manquent pour boucler le budget. Maigre consolation: en 2008, Barrichello décroche à Silverstone son premier podium depuis son départ de Ferrari et il marquera plus de points que son équipier.

Barrichello est redevenu un anonyme du gruppetto. Fin 2008, Honda renonce à la F1. Beaucoup s’interrogent sur l’avenir de Button. En revanche, d’aucun pense que pour Rubinho, l’affaire est entendu: une retraite discrète.
En coulisse, le Brésilien « vend » son expérience à Ross Brawn. Ce dernier voulait plutôt embaucher Bruno Senna (d’autant qu’il pourrait a priori mobiliser des sponsors.) Senna était également en contact avec Toro Rosso. Barrichello dissuade le neveu de son idole d’embarquer dans la « galère » Brawn GP. Lâché par Toro Rosso, Senna passa ainsi de 2 volants potentiels en octobre à 0 à la fin de l’hiver (ce qu’on appelle un « Montagny » en langage technique.)

En fait de galère, Brawn GP fut une renaissance pour Barrichello. Button et lui dominent la première demi-saison et contrairement à ce qui se passait avec Schumacher, il n’y a pas de « combinazione ». Le Brésilien triomphe à Valence et à Monza, à la régulière. Longtemps 2e du championnat, il n’arrive pas à contrôler la remontée de Vettel et glisse au 3e rang.

Convoité par plusieurs équipes, il signe avec Williams. Il y joue théoriquement le tuteur de Nico Hulkenberg.
Son 300e GP fut un flop: victime d’une brève averse, il part en luge et explose sa F1 sur celle d’Alonso (qui a pu repartir.)

A 38 ans, Barrichello n’a nullement l’intention de raccrocher. Il possède une option pour 2011. Il battrait alors le dernier record de longévité qui lui manque: les 18 saisons de F1 de Graham Hill.

Notez qu’en début d’année, il a décroché le meilleur temps des pilotes de F1 de la piste de Top Gear, battant le Stig!

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