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Csaba Kesjár, le pilote de F1 venu de l’autre côté du Rideau de Fer

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Hungaroring, 9 aout 1987, 19 heures. Cela fait déjà 3 heures que MM. Piquet, Prost et Senna ont sablé le champagne. Le Grand Prix de Hongrie 1987 est officiellement terminé. Pourtant, les spectateurs ne quittent pas les tribunes. Et pour cause: un pilote Hongrois s’apprête à faire quelques boucles à bord de la Zakspeed F1. Une première pour un Magyar.

Kesjàr est né en 1962. Son père, Jànos, était alors une figure locale des courses de tourisme. Il pousse donc très tôt son rejeton dans un baquet.

Csaba débute en karting. Il est champion junior de Hongrie en 1977, champion D3 en 1978, champion D2 en 1979 et champion de Hongrie D1 en 1980.

L’étape suivante, c’est la monoplace. A l’époque, en Europe de l’est, les pilotes n’ont qu’une seule discipline: la Formule Easter. Elle se dispute avec des voitures très artisanales, qui n’ont guère évoluées depuis les années 60. La « Coupe de la Paix et de l’Amitié » se dispute à travers l’ensemble des « pays frères ».

Avec sa MTX Tchèque préparée par son père, Kesjàr est un brillant animateur des pelotons. Surtout, il remporte 4 titres consécutifs (de 1982 à 1985) en championnat Hongrois.

En conséquence, l’aura de Kesjàr dépasse le Rideau de Fer. Walter Lechner lui offre le volant d’une Reynard de Formule Ford pour le championnat Autrichien, en 1986.

Kesjàr découvrait les circuits et la discipline, pourtant, il remporte d’emblée de le titre.

En 1987, il est embauché cette fois par Horst Schübel, qui l’aligne en championnat Allemand de F3, aux côtés de Bernd Schneider (à gauche.)

Les débuts sont laborieux: une 14e place et seulement 12 points récoltés au terme de la saison (alors que Schneider en titré.) Néanmoins, Kesjàr a remporté une manche à Hockenheim, hors-championnat.

Pendant ce temps, Bernie Ecclestone veut organiser un « Grand Prix de l’autre-côté-du-rideau-de-fer ». Mr E. n’est pas du genre à aller à la fête de l’Huma, par contre il veut capter l’audience de l’Europe Centrale et Orientale. Vers 1983, il travaille sur une course dans les rues de Moscou. Le projet tombe à l’eau.

A Interlagos, il rencontre Tamas Rohonyi, d’origine Hongroise, qui le convainc de prospecter à Budapest. Les autorités réfléchissent d’abord à un circuit en ville, mais les écologistes locaux s’y opposent.

D’où la construction du Hungaroring, en banlieue de la capitale. Le premier Grand Prix eu lieu en 1986. Sportivement, la course fut sans intérêt: Piquet a bouchonné Senna durant tout le dernier run. En revanche, il y avait 200 000 spectateurs payants dans les tribunes et rien que pour cela, la F1 y revient en 1987.

Pour ce 2ème Grand Prix de Hongrie, Kesjàr effectue d’un test chez Zakspeed (une idée de Bernie? Du promoteur du Grand Prix? Du cigarettier West, sponsor commun de Schübel et de Zakspeed?)

Le vendredi, Kesjàr s’assoit dans la voiture, mais on lui interdit de rouler lors des essais officiels.

Il doit donc attendre la fin du Grand Prix, le dimanche soir, pour rouler. Le ordres d’Erich Zakowski (patron de l’écurie) sont clairs: 3 tours seulement et il doit se contenter des 3 premiers rapports! Il est vrai que l’écurie n’a que deux châssis (un de 86 et un de 87) et que le 4 cylindres turbo maison est fragile…

Au premier freinage, Kesjàr fait un « tout-droit »: il ne savait pas que les freins de F1 ne fonctionnent qu’à chaud. Puis il prend de l’assurance et « oublie » la consigne de ne pas passer la 4, au grand dam de Zakowski…

En 1988, Kesjàr redouble en F3 Allemande, toujours avec Schübel. A mi-saison, il a cette fois accumulé 33 points au compteur. Ses adversaires s’appellent Wolfgang Kaufmann, Karl Wendliger et Joachim Winckelhock (qui sera champion en fin de saison.)

Aux essais de la manche de Norinsring, sa Dallara/VW part tout droit dans les barrières de sécurité, sans freiner. Kesjàr est tué sur le coup.

Que s’est-il passé? Pour Jànos, son père, Schübel avait mal préparé la voiture et les freins ont lâché. D’autres, arguant que Kesjàr n’a ni tourné, ni freiné, évoquent une perte de conscience (une crise d’épilepsie?), voir un suicide.

Quoi qu’il en soit, par solidarité, les autres pilotes refusent de courir et la manche est annulée.

Avait-il le talent pour aller en F1? Les Hongrois vous répondront évidemment que oui.

Talent ou pas, Kesjàr avait de grandes chances d’aller en F1 pour la simple et bonne raison qu’il générait beaucoup d’intérêt chez les sponsors. Avec la chute du mur et la ruée vers les marchés de l’est, Kesjàr n’aurait eu aucun mal à financer un baquet de F1.

Au début des années 90, Jànos junior (fils du frère de Csaba) tente sa chance. Il fait du karting, du rallye et du drift. Mais un gros crash le dissuade de poursuivre.

La Hongrie eu finalement son pilote de F1.

Hasard ou coïncidence, Zsolt Baumgartner a débuté en automobile, en 1997, avec Walter Leichner (mais en Formule Renault Allemande.) 5 ans plus tard, son CV est plutôt mince: en Eurocup FR, F3 Allemande, F3 Italienne et F3000, il n’a pas gagné grand chose.
En revanche, il a de nombreux sponsors et son père est alors promoteur du Grand Prix de Hongrie. 15 ans après Kesjàr, il s’offre quelques tours du Hungaroring à bord de la Jordan (facturés au prix fort.)
En 2003, il effectue d’autres tours de manège (toujours avec Jordan) lors des essais libres d’Hockenheim et de Budapest. Lors des qualifications du Grand Prix de Hongrie, l’un des pilotes Jordan, Ralph Firman Jr, se blesse. Baumgartner hérite de son baquet, puis il récidive au Grand Prix d’Italie.
Pour 2004, le Hongrois négociait un baquet à temps plein chez Jordan. Eddie Jordan préfère engager Giorgio Pantano, qui possède a priori un meilleur rapport performance/budget apporté. Baumgartner échoue chez Minardi, alors qu’il avait « vendu » un volant chez Jordan à ses sponsors, qui lui coupent les vivre. Après plusieurs courses à jouer les chicanes mobiles, il connait son jour de gloire aux Etats-Unis. En effet, grâce aux 11 abandons, il termine 8e (sur 9) et décroche un petit point.
Mais Paul Stoddart (PDG de Minardi) veut surtout de l’argent. Le Hongrois est viré en fin de saison. Après un poste honorifique (et payant) de pilote d’essai en Champ Car, en 2007, Baumgartner disparait des écrans radar.

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