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Toyota: pourquoi tant de haine?

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L’affaire des pédales de Toyota continue. C’est incontestablement le feuilleton de l’hiver. Il faudrait être naïf pour n’y voir qu’une simple poursuite des croisades sécuritaires initiées par Ralph Nader il y a près d’un demi-siècle.

On pourrait avoir l’impression qu’avec un total de 8 millions de véhicules rappelés, Toyota batte tous les records… Sauf que Ford a fait bien pire.
Dés 1992, l’interrupteur des régulateurs de vitesse (fourni par Texas Instrument) des voitures à l’ovale bleu bugait. Avec le risque de mettre le feu au véhicule. Là aussi, le constructeur a fait trainer l’affaire, avec 7 vagues de rappel distinctes (la dernière ayant eu lieu en octobre 2009) et un total de 14,7 millions de véhicules réparés. Et encore, il y avait 16 millions de voitures équipées du « mauvais régulateur ». Nul doute que Ford a joué la montre et attendu qu’un certain nombre de voitures partent à la casse.

Toyota face à une gronde généralisée des consommateurs?
Hemmings a fouillé dans les données de la NHTSA (le gendarme de la sécurité des automobiles vendues aux Etats-Unis) de 2001 à 2010. 9,1% des plaintes recueillies concernent Toyota. Sachant que 13,5% du parc auto US est constitué de Toyota, le constructeur est au 17e rang des marques les plus accablées. En utilisant un rapport nombre de plaintes/parc, le N°1 est Land Rover avec 0,6% de plainte pour 0,1% du parc. Quant au N°1 du nombre de plaintes, c’est GM avec 25,3% de réclamations! Sachant que Chrysler est à 16,3% et Ford à 18,3%, cela veut dire que 6 plaintes sur 10 concernent des voitures Américaines!

« Mec, j’envoyais un SMS à mon concessionnaire Toyota, à propos du défaut de mon tapis de sol, quand… »

On l’a déjà dit, les problèmes de Toyota sont largement exploités par les « 3 grands ». Non seulement ces derniers n’ont pas présenté grand chose à Detroit et à Chicago, mais ils n’ont pas non plus grand chose dans les tuyaux.

« Johnson, quand j’ai dit que je voulais un proto qui montre où en est GM, je ne parlais pas au sens propre. »

Le problème devient politique et il fut largement monté en épingle par les conservateurs. Dans les années 50, Dwight D Eisenhower (un président républicain), s’est rapproché économiquement du Japon pour lutter contre l’expansion du communisme. Dans les années 80-90, Ronald Reagan et Georges Bush père (tous deux républicains) ont aboli les barrières économiques, au nom du libre-échange. Enfin, récemment, au nom du libéralisme, les républicains voulaient laisser les 3 grands à leur sort. Evidemment, Fox News ou le « Tea party » évitent de rappeler tout cela.
Lors de l’état de grâce de Barack Obama, ils étaient réduits au silence. Désormais, ils profitent de sa baisse de popularité pour sortir du bois. Ils s’en prennent à la personnalité du président. Un président métisse, cosmopolite, ouvert sur les autres pays. Pour les conservateurs, Toyota (et sa filiale US) est un symbole de ce cosmopolitisme. D’où un tir de barrage sur le constructeur.

Les démocrates sont régulièrement attaqués sur les thèmes du patriotisme et de la défense des Américains. Deux thèmes clef aux Etats-Unis. Alors, ils ont été obligé d’embrayer sur les problèmes du géant nippons. D’autant que les démocrates sont soutenus financièrement par l’UAW (syndicat des ouvriers du secteur automobile), qui représente indirectement les intérêts des « 3 grands ».

Ainsi, il s’est créé une surenchère démagogue sur les problèmes du constructeur. Le paroxysme est atteint avec sa convocation au congrès pour l’équivalent d’une enquête parlementaire.

Théoriquement, acheter une voiture de son pays, c’est faire travailler les ouvriers de son pays. A contrario, la montée des constructeurs étrangers fut désignée comme cause du chômage.

En décembre 2008, à Détroit, le pasteur Charles H. Ellis III alla beaucoup plus loin dans la culpabilisation. Un dimanche, il fit venir 3 représentants des constructeurs Américain et fit garer 3 SUV US hybrides dans son église.
La plupart de ses paroissiens sont des ouvriers du secteur automobile. Alors que Chrysler, Ford et GM négociaient une aide financière de l’état, il invitait à prier pour une issue favorable. Il évoquait un « futur hybride, de foi et d’espoir. » De foi en dieu ou de foi en les constructeurs US? Le discours est ambigu et l’on peut en déduire que dieu est du côté des 3 grands. Tandis qu’acheter une étrangère (au hasard, une Toyota) serait un acte athée (donc proscrit, dans un pays religieux comme les Etats-Unis.)

Pour certains Américains, les problèmes actuels qui toucheraient les propriétaires de Toyota seraient carrément une punition divine.

De l’autre côté du Pacifique, on y voit surtout un vaste mouvement anti-japonais. La tension monte entre Tokyo et Washington. Et Sarah Palin (ex-colistière républicaine de l’élection présidentielle de 2008, actuellement journaliste à Fox News) d’ironiser sur le fait qu’Obama, l’ami du monde entier, soit brouillé avec l’allié historique.

Akio Toyoda, président de Toyota et arrière-petit-fils du fondateur est enfin sorti de son mutisme. Il multiplie les excuses publiques. Il a admit qu’à trop vouloir croitre, le constructeur s’est éloigné de ses valeurs, notamment la qualité.
Il suit une bonne vieille stratégie de sortie de crise: 1) C’est ma faute; 2) plus jamais ça. Il a indiqué qu’il allait nommer un directeur de la qualité dans chacune des grandes régions géographiques, chacun siégeant dans un tout  nouveau « Comité spécial pour la qualité mondiale ».
Enfin, les prochaines Toyota seront équipé d’un système qui coupe le moteur lorsque l’on appuie simultanément sur l’accélérateur et le frein.

En bonus (histoire de finir sur une note joyeuse), ce photomontage trouvé sur un site d’information Japonais. Il montre Akio Toyoda prêt à envoyer un fulguro-poing (sur les « 3 grands »?)

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