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L’Emilie-Romagne, capitale mondiale de l’automobile sportive

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Ou pourquoi une région d’à peine 4 millions d’habitants monopolise (presque) tous les grands constructeurs.

La plus grande ville d’Emilie-Romagne est Bologne.

Si l’on vous dit « Rome », « Venise », « Milan » ou « Florence », vous pensez à des peintres, à des hommes politiques, à des monuments ou même à des équipes de foot.

A contrario, le mot « Bologne » ne vous fait penser qu’à ceci:

Maintenant, prenez une carte de l’Emilie-Romagne:

Puis, indiquez dessus les sièges sociaux historiques de Ferrari, Lamborghini, Maserati et Pagani.

Vous remarquez quelque chose?

Non?

Alors indiquez dessus les sièges de Bugatti (époque Bugatti Spa), De Tomaso, Ducati, Toro Rosso, ainsi que les villes natales d’Amédée Gordini et d’Enrico Nardi.

Pourquoi une telle concentration? La première raison est géographique: la région fait la jonction entre le Nord et le Sud du pays. Dés la haute antiquité, on se bat pour le contrôle de cet endroit stratégique.

Rome créera finalement la via Emilia, qui coupe en deux Bonona (actuelle Bologne.)

On retrouve ce tiraillement entre le Nord et le Sud au moyen-age, puis à la renaissance. Au XIXe siècle, mauvaise pioche: Bologne est rattaché à la papauté. Or, les papes ne veulent pas entendre parler de révolution industrielle, de trains et encore moins d’éclairage au gaz (allant jusqu’à démonter celui posé lors de l’occupation napoléonienne.)

En 1859, l’Emilie-Romagne est intégrée à l’Italie, qui vient de s’unifier. Pour marquer le coup, l’université de Bologne (l’une des plus vieilles au monde, se dote d’un cursus « ingénierie industrielle ».)
Mais c’est déjà trop tard: Turin a pris beaucoup d’avance. La deuxième et la troisième révolution industrielle oublient la région.

Bientôt, en Italie, il y a Turin-Gènes-Milan et « le reste ». Dans « le reste », la population ne se développe pas économiquement et pour s’enrichir, il faut partir.

La suite fut une série de hasards. Enzo Ferrari était de Modène. Un soir, à Bologne, il propose à plusieurs industriels locaux de financer une écurie privée. Et c’est ainsi que le 1er décembre 1929, la Scuderia Ferrari nait et son siège est à Modène.

En 1926, Alfierri Maserati se retrouve au chômage, suite à la faillite de Diatto. Il retourne à sa Bologne natale et fonde avec ses frères son propre ateliers de construction de voitures de course, Maserati.

Mais les finances sont mauvaises et ils vendent à la famille Orsi, dont le patriarche, Adolfo, a fait fortune dans la ferraille. En 1937, les Orsi déménagent le siège de Maserati dans leur ville, Modène.

Vient ensuite le troisième larron: Ferruccio Lamborghini. Ce fils de viticulteurs était lui aussi un natif de la région. En 1948, il construisis une « spéciale » sur base Fiat Topolino. Il dispute avec les 1000 Miglia et termine la course dans un restaurant. Ses ambitions de pilote sont douchées.
Par contre, il a remarqué que les tracteurs agricoles sont rare. En récupérant des pièces à droite et à gauche, il en construit un et fonde Lamborghini Trattori. Le business est florissant et Lamborghini peut s’offrir des GT.
Aux débuts des années 60, il décide de construire ses propres GT (parce qu’il s’est disputé avec Enzo Ferrari, qui l’aurait traité de plouc? Pour suivre les traces d’Adolfo Orsi, issu comme lui d’un milieu modeste? Parce qu’il a vu une 2cv et a eu une révélation?)

Et tout naturellement, il s’installe près de chez lui, à Sant’Agata Bolognese.

Ainsi, trois des principaux fabricants de GT s’installèrent à quelques centaines de mètres les uns des autres.

A partir de là, il y eu une saine émulation entre eux: chacun voulait construire les meilleures GT. Le climat était d’autant plus propice qu’Aston Martin, jusqu’ici dominateur, connait un passage à vide. Les Italiens sont les nouveaux rois. D’où la constitution d’un véritable savoir-faire régional.

Dans les années 70, l’économie d’Emilie-Romagne se développe. On parle de « troisième Italie » (entre le Nord industriel et le Sud rural.)
Dans le secteur automobile, de nombreux sous-traitants quittent Turin, jugé trop contrôlée par les syndicats. Ils choisissent l’Emilie-Romagne car grâce à l’importante gare ferroviaire de Bologne, ils ne sont guère loin de leurs clients. Et sur place, ils rejoignent d’autres entreprises fondées par des anciens employés des trois constructeurs.
Tout ceci crée un « cluster post-fordien ».

Alors, si vous souhaitiez produire une supercar et qu’il existe une région où il y a déjà sous-traitants et personnel qualifiés, le choix s’imposait de lui-même. D’où l’implantation de Bugatti Spa ou de Pagani.

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