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La sixième « première Porsche » est à vendre!

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Vous avez 275 000$ (environ 190 000€) à dépenser? Cooper classics, négociant New-yorkais en voitures anciennes vous propose ce prototype de Porsche 356 pour ce prix. Le qualificatif de « prototype de Porsche 356 » est à la fois ni vrai, ni faux.

Où faut-il placer le curseur de la première Porsche? Où s’arrête le bureau d’étude et où commence le constructeur?

Faut-il faire démarrer l’histoire avec les 3 Volkswagen Berlin-Rome (typ64) de 1939? Ces voitures furent créées en vue de la course Berlin-Rome. L’épreuve fut annulée pour cause de deuxième guerre mondiale et les voitures furent entreposées durant la guerre. Porsche les considère aujourd’hui uniquement comme des Cox modifiées.
A la fin de la guerre, l’entrepôt fut bombardé. Avec ce qu’il restait Porsche construisit une voiture (portant des badges « Porsche » et nom « VW » dessus) et la vendit à un particulier dans l’immédiat après-guerre.

Faut-il plutôt partir de la Cisitalia-Porsche de 1947 (déjà évoquée ici et ici)?

Cette voiture de Grand Prix n’eu pas de rapport avec les Porsche postérieures. Mais ce fut le premier travail de l’entreprise Porsche, alors basée à Gmünd, en Autriche.

Faut-il partir de la 356 « 001 » de 1948? Ce prototype de cabriolet à moteur central est officiellement la toute première Porsche. Mais ce n’est qu’un prototype et là encore, elle n’eu pas de descendance directe.

Quid des Porsche 356 « Gmünd » de 1949? Le soucis est que les voitures construites en Autriche étaient construites à la main (on y reviendra.) Du coup, parmi la cinquantaine de voitures, il n’y en a pas deux identiques!

Il s’agit donc davantage d’artisanat ou de pré-série que de série.

Bref, l’entreprise Porsche, telle qu’on la connait, n’a vraiment débutée qu’en 1950, avec la production des 356 « pré-A » à Zuffenhausen.

Néanmoins, il serait curieux de dire que c’est l’an 1 du constructeur, alors que Porsche existait depuis 3 ans et avait construit une soixantaine de voitures!

Pour compliquer tout, voilà qu’une sixième « première Porsche » refait régulièrement surface. Il s’agit d’une voiture de 1948, construite par Hans Waibel.

Retour en 1948. La Porsche 356 « 001 » fut construite en mai 1947. Théoriquement, la construction des Porsche 356 « Gmünd » a débuté à l’hiver 1948 et la 356 sera présentées officiellement au salon de Genève 1949. Leurs carrosseries sont en aluminium et un seul tôlier sait maitriser ce métal dans les Alpes Autrichiennes: Friedrich Weber.

Le soucis est que Weber a tendance à lever le coude. Lorsqu’il a trop bu, il fait une sieste pour cuver et la construction prend du retard.
Le salon approche à grands pas et Porsche n’a rien à présenter! Ferry Porsche se tourne vers un ami de son père, Hans Waibel. Ce dernier est un carrossier industriel Suisse:

En 1939, Waibel et Porsche senior ont travaillé ensemble. Le carrossier a construit deux Volkswagen. Ces véhicules (et celles d’autres sous-traitants) servaient à la propagande nazie pour dire que oui, la Volkswagen est produite. Ainsi, les Allemands pouvaient donc acheter les timbres pour s’en procurer une, en toute confiance. En fait, l’argent sera détourné pour financer l’effort de guerre et l’usine de Wolfsburg était loin d’être terminée lorsque le conflit éclata.

Ferry Porsche propose à Waibel de construire deux Porsche à partir de châssis livrés par l’usine. Hélas, avec le boum économique de l’après-guerre, Waibel est débordé et il doit décliner l’offre.

Ferry Porsche se tournera vers Beutler, un autre carrossier Suisse et c’est lui qui construira les 3 voitures vues au salon de Genève 1949. Elles iront ensuite dans la vitrine du tout premier concessionnaire Porsche, Ruprecht von Senger, toujours à Genève:

Fin 1948, à la demande d’un client, Waibel reçoit un châssis, qu’il transforme en cabriolet deux places.

Waibel eu les plans de la 356 entre les mains et la carrosserie en est très inspirée. Notez néanmoins la calandre de Morris Minor(?), les portes suicides (??) et surtout le pare-brise Securit d’un seul montant (qui n’apparaitra que bien plus tard sur les 356.)

Terminée en 1949, la voiture restera 5 ans dans un coin du garage avant d’être revendue à Ruprecht von Senger. La voiture passa de mains en mains.

En 1988, Waibel largue une bombe: cette voiture aurait un châssis Porsche! Elle serait donc antérieure au Gmünd « de série » et aux 3 voitures de Beutler.

En 2002, la voiture réapparait (ci-dessous.) Waibel est mort en 1999 et son fils déclare que « de nombreuses modifications ont été faites ».

Il n’y a pas de châssis livré à Waibel dans les archives de Porsche. En même temps, il n’y a pas grand chose « tout court » dans ces archives. La spéciale de Waibel est surnommée « la Porsche qui est censée ne pas exister ».

Certains parlent d’un châssis Volkswagen. Les premières 356 avaient beaucoup de pièces de Cox et il est difficile de trancher le nœud gordien.
Waibel Junior a ensuite déclaré « qu’il ne sait pas si c’est une Porsche ou une Volkswagen ». Sur le site officiel de Waibel Autos, elle devient même une « Volkswagen Sport ».

Evidemment, ça n’arrange pas les vendeurs. Une Cox cabriolet 2 places, c’est rare. Mais une Porsche 356 de pré-série, c’est le jackpot!

Notez que Porsche et Waibel ont finalement travaillé ensemble. La police de Zurich a commandé 5 Porsche 356 Cabriolet et Waibel fut chargé de les réceptionner et de les transformer en patrouilleuses.

Et comme on peut le voir sur ce cliché, d’autres Cox passeront dans les établissements Waibel:

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