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LA solution nexiste pas et nexistera pas en matière de transport

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Marc Antoine Franc, consultant en Environnement dans le domaine de l’Industrie interviendra au World Forum de Lille les 9, 10 et 11 Octobre. Il y sera question d’un sujet qui intéresse les lecteurs du Blog Auto, les biocarburants et leur coexistence avec la filière alimentaire. En guise de prélude à cette conférence, interview avec ce spécialiste.

Les biocarburants sont un embryon de solution, déployables rapidement et ouvrent surtout la voie à une 2ème génération… C’est une solution à court terme ?

Je ne pense pas que les biocarburants tels quils existent aujourdhui, c’est-à-dire produits à partir de cultures alimentaires, seront remplacés dès quune nouvelle technologie émergera. La production déthanol à partir de canne à sucre au Brésil existe depuis plus de 20 ans et la production de biodiesel à partir de colza en Europe sest accélérée ces 5 dernières années. Il représente déjà 6% du diesel à la pompe en France. Des filières complètes se sont mises en place sur ce modèle créant au passage de milliers demplois. Elles nauront pas vocation à disparaître avant un moment ! Il est fort à parier que les autres solutions comme les biocarburants de 2ème génération, mais aussi les voitures électriques ou à piles à combustible, cohabiteront longtemps avec la 1ère génération dès quelles verront le jour.

Les biocarburants de 1ere génération arrivent en bout de course… quel bilan en tirer ?

Les biocarburants de 1ère génération narrivent pas en bout de course, loin de là ! Ces derniers mois ont été très difficiles pour les producteurs quon a jugés responsables de la hausse des prix sur les matières premières alimentaires et donc de la faim de le monde en occultant au passage les causes profondes à savoir les perturbations climatiques, les spéculations financières, laugmentation de la population et des niveaux de vie. Je vous invite à lire cette note sur ce sujet. En revanche, ces mêmes industriels, qui nont pas vu venir la déferlante dattaques qui sest abattue sur eux, ont beaucoup à tirer des leçons de cette période. Le message principal étant le suivant : lalimentaire est un sujet hautement sensible et on ne peut pas nier la responsabilité des biocarburants dans la modification des équilibres. Il faut encadrer la production et cest pourquoi Bruxelles impose désormais des « critères de durabilité » aux filières de production qui ne pourront plus sapprovisionner à partir de cultures ayant remplacé des forêts ou des surfaces alimentaires

Que doit-on attendre de la seconde ? Les nouvelles filières à vocation purement énergétique vont-elles être LA solution ?

La 2nde génération permettra de produire des biocarburants à partir de matières végétales de tout type. On pourra donc conserver la partie noble de la plante (la graine) pour lalimentaire et utiliser le reste comme matière première énergétique. Les procédés pour décomposer la matière restent très difficiles à maîtriser et il faudra attendre encore quelques années pour voir un véritable déploiement commercial de cette technologie. Entre 2015 et 2020 probablement. On craint cependant quil soit nécessaire de construire de très grandes installations pour rentabiliser les investissements ; ce qui nécessiterait daugmenter le transport pour collecter la biomasse et réduirait le bénéfice environnemental.

Jinsiste sur un point : LA solution nexiste pas et nexistera pas en matière de transport. Il faut compter sur une multiplicité de solutions (1ère et 2ème génération, électrique,) couplées à une nécessaire réduction des consommations. Le transport est le seul secteur dont les pays de lOCDE ne parviennent pas à contenir la croissance. Seul lenvolée du baril a permis ce miracle (-10% en 1 an en Europe, -5% aux USA !) mais à quel prix pour les usagers. Et pour réduire les consommations, les industriels comme les politiques semblent beaucoup moins créatifs !

La concurrence avec la filière alimentaire, ce sera le thème de la conférence. Quels éléments, chiffres, pouvez vous nous fournir ?

Aujourdhui la planète cultive pour son alimentation 1500 millions dhectares. LINRA et le CIRAD estiment dans cette étude que 4000 millions dhectares sont encore cultivables. Lagriculture de demain na-t-elle pas vocation à jouer un rôle central pour nourrir 9 milliards dhabitants en 2050 mais aussi pour subvenir à bien dautres besoins comme lénergie, la biochimie, les biomatériaux, et pour cela, il faut investir massivement dans les infrastructures agricoles des pays du Sud, le secteur primaire en général, laissé à labandon des aides nationales (4% du PIB investi dans lagriculture en Afrique contre 10% en Asie daprès la Banque Mondiale) et des aides internationales.

Est ce un crime contre l’humanité comme le dit Jean Ziegler ?

Je ne soutiens pas ces attaques mais disons que elles auront permis dengager le débat sur la marche à suivre pour les biocarburants et lagriculture en générale. Le point positif de tout ça : le regain dintérêt des investisseurs pour les projets agricoles de tout type dont les projets biocarburants certes mais aussi alimentaires ou forestiers dans les pays du Sud. Production alimentaire, accès à lénergie, stockage de carbone, biodiversité, sont désormais des sujets à la mode.

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Marc Antoine Franc édite un blog, Croissance Verte, riche en informations.
Vous pourrez le retrouver au World Forum de Lille.

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