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Brève rencontre: Rolls-Royce Springfield

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1928_Rolls_Royce_Springfield_Ascot_Dual_Cowl_Phaeton.jpgQuoi de plus Anglais qu’une Rolls-Royce? Elle est inscrite au patrimoine national au même titre que la reine, Big Ben, les bus à deux étages, les pubs, le five o’clock tea ou les fish & chips.

Alors, imaginez une Rolls-Royce produite aux Etats-Unis… Blasphème? Et pourtant, c’est arrivé.
Lorsque le 23 décembre 1904, l’Honorable Charles Stewart Royce, fils de Lord Llangattock et Henry Royce, ingénieur autodidacte, s’associèrent, c’était pour construire « la meilleure voiture au monde », « aussi célèbre que les pianos Steinway ». Le premier, vendeur de voitures étrangères de luxe, cherchait une voiture Britannique capable de rivaliser avec celles du continent. Le second a conçu à Manchester une 10hp 4 cylindres très bien finie. La première Rolls-Royce fut donc la 10hp.

Pub_Springfield.jpgDés 1906, Charles Rolls disputa (et remporta) une épreuve à New-York avec une 25hp. Son sentiment était que le marché U.S. offrait un potentiel illimité pour Rolls-Royce. Claude Johnson, son bras droit, fut plus pragmatique. Une agence officielle fut fondée et des voitures importées au compte-goutte. Le problème est connu: les voitures importées sont surtaxés à 33% de leurs valeurs TTC. Il faut donc produire sur place pour contourner la surtaxe. 
En 1914, Rolls-Royce chercha à vendre des moteurs d’avions aux Etats-Unis, mais la guerre saborda le projet. Il y eu ensuite, l’idée d’une fusion avec Pierce-Arrow (pendant de Rolls-Royce aux USA) et finallement, le 18 octobre 1919, Rolls Royce of America fut créé.

Des locaux sont trouvés à Springfield, Massachussets (afin de s’éloigner de la roturière Detroit.) Rolls-Royce y envoit des cadres britanniques. En 1921, la première 40/50 (plus connue sous le nom de Silver Ghost) « Springfield » sort de chaîne. Problème, à 14 500$ le châssis nu, elle est trop chère: pour 370$ on peut s’offrir une Ford T de base neuve et carrossée; une Packard coûte 6 800$ et même la très luxueuse Pierce-Arrow est à 8 550$. L’explication est que Rolls-Royce fait importer toutes les pièces de Grande-Bretagne. Un démarreur Lucas coûte 216$ contre 40$ pour un Bijur américains.

Silver_ghost.jpgLes voitures commencèrent à s’américaniser avec l’utilisation de pièces « indigènes », ce qui permit de descendre le tarif à 15 000$ la voiture complète. Autres modifications: une batterie 6V (et non 12V), un carter d’huile plus petit (aux Etats-Unis, il y a des stations services à tous les coins de rue) et sacrilège, la conduite passe à gauche (Charles Royce, premier mort de l’aviation anglaise, en 1910, doit alors se retourner dans sa tombe.) Autre adaptation aux goûts des Américains, Rolls-Royce commence également à proposer des voitures carrossées (il faudra attendre l’après-guerre pour bénéficier de cela en Europe.) De quoi aider à dépasser l’objectif annuel de 350 voitures en 1923 et 1925 (avec respectivement 365 et 359 unités.)

Phantom_I_1926.jpgDébut 1926, comme l’atelier de carrosserie est saturé, Rolls Royce of America rachète Brewster, un carrosier New-yorkais réputé (et éphémère constructeur.) En 1927, la New Phantom (future Phantom I) débarque sur les chaînes et remplace la 40/50. A noter qu’en parallèle, de riches clients achètent directement en Grande-Bretagne leurs voitures, à des prix astronomiques. En 1927, le nombre de voitures produites à Springfield chute à 340 unités, puis c’est la dégringolade, avant même le krach de Wall street: 275 voitures en 1928 et 251 en 1929. Les Américains veulent du neuf, du cliquant et non une vieille dame Anglaise qui offre un soucis extrême du détail.

28_Phantom_I.jpgEntre 1930 et 1932, à peine 100 voitures sont produites annuelement. Du coup, la Phantom II ne traverse pas l’Atlantique et Rolls-Royce de laisser mourir son usine. En 1934, après un peu moins de 3 000 voitures, Rolls-Royce of America est revendue.
Les nouveaux propriétaire décident alors de commercialiser des Rolls-Royce « dégriffées », sous le nom de Springfield et motorisée par des V8 Ford. Heureusement, Pierce-Arrow rachète l’usine dés 1935 et met fin à cette horreur.

A noter que curieusement, dans les Simpsons (qui se passent à Springfield, un nom de ville très commun aux Etats-Unis), il n’y eu jamais de Rolls-Royce Springfield.

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2 Commentaires sur "Brève rencontre: Rolls-Royce Springfield"

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superstar
Invité

C’est pourtant la voiture idéale pour Mr Burns.

Quand j’ai lu « Springfield, Massachussets », il m’a fallu attendre le fin de l’histoire pour comprendre. J’en connaissais qu’un, dans l’Illinois.

Fabrice
Invité

il y a des Springfield dans presque tous les états…

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