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Trophée Andros – Hautes Alpes PACA : le dessous des cartes du circuit

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Serre-Chevalier-Circuit-de-glace

Le blog auto se penche sur le circuit de Serre-Chevalier, enjeu économique et au coeur d’une situation locale compliquée, à l’occasion de la manche du Trophée Andros 2018.

Ronde hivernale, Rallye de Monte Carlo (cf photos) et Trophée Andros sont des noms qui résonnent avec un bel écho dans cette célèbre station de Serre-Chevalier en bordure de la vallée de la Guisane, au pied du majestueux Lautaret.

Depuis 1971, le circuit de glace de Serre Chevalier a réussi à attirer un nombreux public pour des événements sportifs, tout en développant des activités de formation et de sécurité autour du concept de « la glisse maîtrisée ».

Pendant 20 ans, jusqu’en 2009, le trophée Andros a constitué la grande affiche de la saison du blanc, qu’aucun pilote ne voulait rater. Puis, au milieu des événements concoctés autour des ‘’historiques’’, grâce au soutien très marqué de la Région PACA et du département des Hautes Alpes, l’Andros est réapparu dans le calendrier en 2017.

Une situation locale compliquée

A l’occasion de l’édition 2018, se situant à 3 courses de la fin du championnat, sur place nous avons voulu prendre conscience de l’impact du circuit de glace et de ses manifestations en termes de notoriété et d’économie.

Pour ce faire, débutant nos contacts par l’office de tourisme avec une demande de rencontre avec son directeur, nous sommes étonnés de constater un embarras de la charmante attachée de presse, qui ne peut pas nous apporter de réponse…

Nous appelons alors directement la Présidente de l’office de tourisme de la vallée de Serre Chevalier, également maire de Le Monétier les bains, commune sur laquelle est implantée en partie le circuit de glace, l’autre partie étant située sur celle de Villeneuve la Salle. Nous sommes surpris d’entendre que l’on ne peut pas soutenir ou encourager les activités du circuit, par solidarité avec Villeneuve la Salle.

En effet, cette commune n’ayant pas soldé un contentieux avec le gestionnaire du circuit, on ne veut pas en vanter les manifestations. En fait, Madame Anne-Marie Forgeoux, qui au titre de la Région PACA, où elle siège également, a sans doute suivi la volonté du Président Christian Estrosi de faire revenir l’Andros à Serre Chevalier alors que, sur place elle entretient un contentieux entamé en 2011 par un maire décédé récemment et qui, avec quelques arguments contestables entendait sans aucun doute mettre fin ( avant 2021 date butoir du contrat)  à la concession de terrain, pour favoriser la poussée urbanistique.

On navigue bien loin du sport automobile me direz-vous ! En effet, et l’on peut déplorer ce genre d’obscurantisme ou d’affairisme de la part de promoteurs lorgnant sur un terrain idéalement situé. Heureusement, malgré des vents contraires le sport reste bien vivant sur le circuit de glace et après les épreuves hivernales habituelles comme la Ronde Hivernale, les 12 heures sur glace et le Sprint hivernal l’Andros a posé ses structures pour le plus grand bonheur de nombreux amateurs de glisse et pour un apport appréciable à l’économie de la vallée, comme nous l’ont confirmé un certains nombre de professionnels.

Des retombées économiques indéniables

Charles-Eric Gensollen, le sympathique propriétaire du gîte Le Rebanchon au hameau du Casset déclare sans ambages que le circuit lui vaut la moitié de sa clientèle durant la période janvier-février (hors congés scolaires).

Lorena Paul et son mari Christophe 3ème génération d’exploitants de l’hôtel 3 étoiles Le Christiania à Villeneuve la Salle, se réjouissent d’accueillir toute la semaine le staff de l’organisation du trophée et soulignent, que les autres organisations du circuit constituent un plus en termes d’activité de leur établissement. Au demeurant, le Trophée Andros avec sa notoriété et le non chevauchement avec d’autres événements dans la station reste à leurs yeux le l’événement le plus important.

Dans la catégorie des hébergeurs nous avons rencontré Nicole Sanchez-Ventura la dynamique propriétaire depuis 42 ans de l’auberge du Choucas, hôtel quatre étoiles, au Monétier.

Nous avons trouvé là une personne très reconnaissante au circuit d’apporter un impact « capital et fructueux » à la vallée. Derrière une volonté de voir cesser un sujet polémique initié par le maire (décédé récemment) avec des arguments fallacieux de sécurité, cette dame insiste sur la notoriété que les compétitions automobiles ont apporté à l’économie de la vallée. Les Prost, Laffite, De Chavanne, Hallyday et toutes les éditions du trophée Andros ont entraîné des retombées économiques incontestables.

A la question de savoir comment une situation aussi ubuesque des élus locaux qui tournent le dos au développement économique de la vallée pourrait évoluer, la réponse fuse:

« Avec le bon sens des juges qui vont déterminer l’issue de cette affaire. Il faudra peut être aller plus haut dans la juridiction car tout le monde ou presque est unanime pour ce que l’on conserve ce circuit et son ambiance chaleureuse et sportive qui plait à toutes les classes de la société. »

Et du point de vue économique?

« Du point de vue économique c’est même pas la peine d’en parler. Sans circuit de glace on aura beaucoup moins de retombées économiques notamment au moins de janvier et également une partie de décembre parce que beaucoup de gens viennent skier à Serre Chevalier de préférence  à d’autres stations précisément en raison du fait des possibilités offertes par le circuit. »

Une mini table-ronde

En conclusion de cette mini-enquête, nous avons regroupé Max Mamers promoteur du trophée Andros, Arnaud Murgia conseiller départemental (canton de la Vallée de Serre Chevalier) et  Julien Laurent directeur du circuit de glace.

Monsieur Mamers votre organisation est reconnue pour avoir un impact très important en sport automobile et en termes économiques comment pouvez-vous estimer les retombées sur une station quand vous arrivez pour un weekend de courses?

« Ces études il y a longtemps qu’elles sont faites, sinon nous aurions déjà arrêté. On sait que c’est plus d’1 million d’euros sur un weekend. Par exemple, à Isola nous avons été 5 ans sans y aller à cause de problèmes de piste et, ce sont les commerçants qui ont fait un battage auprès d’Estrosi pour que ça revienne. Nous y étions la semaine dernière et ils nous ont dit: la recette du trophée Andros c’est tout simplement celle du mois de janvier. En fait, ça représente  environ 2000 nuits d’hôtel avec des gens à fort pouvoir d’achat et qui arrivent en partie dès le lundi, avec une augmentation tout au long de la semaine. »

Oui c’est incontestable.

« Tout à fait! J’ajouterais également que vous allez avoir deux fois deux heures de direct sur l’Equipe TV avec un spectacle dans la neige, la glace et ça, c’est encore plus fort que le reste en termes d’impact économique et de notoriété. »

Monsieur Arnaud Murgia vous êtes conseiller départemental et je ne vous cache pas que la position des élus de proximité (les maires de Villeneuve et de Monétier) me parait pour le moins incompréhensible, quel est votre point de vue à ce sujet ?

« Pour moi, la première des choses, ça ne sert à rien d’avoir un aussi bel événement et d’en profiter pour se diviser et se taper dessus, les uns les autres. En tout cas, moi je ne suis pas là dedans. Je voudrais remercier Max, car lorsque nous avons avec Julien Laurent fait ce pari un peu fou de faire revenir l’Andros, nous étions un peu seuls. On est arrivé à une situation ubuesque, où l’office de tourisme s’est prononcé par un vote contre le retour du trophée et contre son financement, alors même, que la Présidente de cet office était conseillère régionale et que la Région s’était positionnée positivement pour ce très bel événement.

Bref, l’essentiel pour moi était que l’Andros soit là, les guerres de chapelles existent partout. Le trophée Andros est encore là et c’est bien le plus important. Le reste, c’est un peu de la tambouille interne, même si j’en tire parfois quelques ressentiments et tristesse car j’aimerais que notre vallée donne une autre image mais moi, dans mon rôle d’élu, je continuerai à faire avancer les choses.

Partant de là, en fonction de la nature même de la station assez familiale avec ses résidences secondaires, il nous fallait quelle que chose en janvier. Là, vous ne trouverez pas un hôtel ou un restaurant qui ne travaille pas bien ce week-end. Serre Chevalier c’est une multitude d’activités, c’est le Tour de France, c’est le ski, c’est le parapente,  c’est l’escalade, l’alpinisme  et c’est bien entendu aussi le sport automobile, qui fait partie de notre histoire, de notre vocation et de notre tradition. Pour ma part, avant que l’on empêche cet événement de passer ici, il faudra peut-être qu’une voiture me roule dessus avec des pneus cloutés. »

Max Mamers, vous voulez compléter le propos je crois?

« Moi je suis un fidèle de la station. C’est grâce à moi que Luc Alphand a fait sa première course automobile. Or, j’assiste aujourd’hui à un déclin lamentable de la station, cette station est arrêtée. »

Julien Laurent à toi le mot de la fin. Vois-tu une ouverture à cette situation, comment peux-tu imager une sortie intelligente de la situation?

« Je suis prêt à l’ouverture. Des démarches de ma part ont déjà été engagées pour ouvrir des portes. A chaque fois on a un soupçon d’espoir pour avoir une discussion ouverte pour le circuit certes, pour le trophée Andros sur le circuit mais aussi, pour la station. A chaque fois, il ne se passe rien…. Alors on est à la traîne comme Max l’a très bien résumé. Que d’énergie perdue!

Heureusement nous avons des partenaires institutionnels qui nous suivent. On essaie de faire au mieux. je pense que nous avons tous à y gagner à travailler dans le même sens en dépassant certains intérêts personnels ou politiques. C’est vraiment regrettable. »

Vers l’ouverture?

Après cet entretien, comme pour apporter une conclusion positive à notre sujet, Gilles Perli maire de Villeneuve la Salle -que nous n’avions pas réussi à joindre- nous contactait, pour nous dire qu’il avait « hérité d’un dossier contentieux » dont il ne pouvait pas me parler. Il ajoutait bien connaitre Julien Laurent et se disait prêt à le recevoir prochainement en mairie pour parler de l’avenir.

Puisse notre démarche avoir été le catalyseur d’une prise de conscience de l’impérieuse nécessité de sortir de cette guéguerre stérile. L’automobile a de l’avenir, le circuit sur glace aussi pour un développement construit collectivement avec les forces vives du territoire et les élus, tous attelés à un objectif commun.

Alain Monnot

Photos: Michel Picard et François-Xavier Rougeot

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