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Pace, le plan de redressement d’Opel au sein de PSA

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Vaste challenge pour PSA suite à la reprise d’Opel. Cent jours après la clôture du rachat de la filiale européenne de GM, le groupe sochalien se devait de présenter un plan de redressement. C’est désormais chose faite à travers l’annonce du programme Pace. Une réplique de « Back in the Race » lui-même élaboré par Carlos Tavares  lors son arrivée à la tête de PSA en 2014 diront certains.

En un jeu subtil d’équilibriste, tentant de rassurer tant les salariés que les partenaires financiers, le PDG d’Opel, Michael Lohscheller a ainsi présenté les principaux points des mesures qui seront mises en œuvre dans les prochains mois par le constructeur, lors d’une présentation au siège de Rüsselsheim, en Allemagne.

Si certes, le redressement devra passer avant tout par des réductions de coûts, l’emploi ne serait pas menacé , du moins à court terme. Il est vrai que le gâchis évoqué récemment par Carlos Tavares, le patron de PSA, plaide en faveur de telles politiques. Ce dernier avait alors déclaré que les coûts de production dans les usines d’Opel étaient supérieurs de 50 % à ceux des usines du groupe.

Au lieu de frapper dans la force vive, mieux vaut déjà mettre une place une organisation cohérente et optimisée. La mise en place de plates-formes communes devrait permettre d’agir en ce sens. Certes, l’épineux problème des suppressions de postes n’aura été qu’effleuré. Il n’en demeure pas moins qu’une négociation débute à l’heure actuelle avec le syndicat IG Metall.

Cote marketing et production, le constructeur souhaite miser sur l’électrique. Il compte ainsi proposer une « offre électrifiée » sur toutes ses lignes de produits d’ici à 2024.

Une situation dramatique

Reste qu’il y a urgence … ! «  Opel est dans une situation dramatique, c’est un fait, il n’y a pas de temps à perdre », a ainsi martelé par trois fois et sans ambages Carlos Tavares jeudi. Une situation semblable à celle de PSA il y a près de 4 ans, alors en quasi-faillite.

Opel « n’a pas pu revenir aux profits depuis 1999« , a reconnu pour sa part Michael Lohscheller tandis que Carlos Tavares rappelait que l’ancienne filiale de GM avait cumulé 19 milliards d’euros de pertes depuis 1999.

Retour à la rentabilité dès 2020

Après avoir repris Opel et le britannique Vauxhall PSA vise désormais un retour à la rentabilité de ces marques d’ici à 2020 sans départs contraints de salariés.
Rappelons que l’ancienne filiale de GM a accumulé la bagatelle de 15 milliards de dollars de pertes depuis 2000. Qu’à cela ne tienne. Elle s’est déjà fixé pour objectifs de free cash flow positif et de marge opérationnelle de 2 % en 2020 et de 6 % en 2026.

Opel s’est également donné pour objectif de réduire ses coûts « de 700 euros par voiture » via un plan d’économies. Selon le constructeur, rien que les économies d’échelle avec les marques françaises du groupe PSA (Peugeot, Citroën et DS) devraient permettre d’économiser 1,1 milliard d’euros d’ici à 2020 et 1,7 milliard d’ici à 2026. Le seuil de rentabilité de l’ensemble Opel et Vauxhall s’établirait quant à lui à une production annuelle de 800 000 véhicules.

Près de 200.000 véhicules produits à l’heure actuelle en Corée du Sud – héritage de son passé commun avec General Motors – seront désormais assemblés en Europe, ouvrant ainsi la voie à une mutualisation des achats et une augmentation du plan de charges des usines Opel.

Reste que les coûts devront être réduits dans toutes les fonctions, tant au niveau des frais administratifs qu’en terme de dépenses de R&D. Les investissements passeront quant à eux de 6 % à 4 % des revenus.

Optimisation des plates-formes

Si les véhicules d’Opel sont fabriqués à l’heure actuelle sur 9 plates-formes techniques. Ces dernières devront être réduites à deux en 2024. Parallèlement, le nombre de blocs moteurs et boîtes de vitesse chutera de 10 à 4.
La firme allemande ne devrait utiliser à terme plus que des plates-formes et des moteurs du Groupe PSA.

Pas de réduction de postes mais une réduction du coût du travail

Par une réflexion et une terminologie pour le moins subtiles, le PDG d’Opel aura tenté de rassurer ses salariés sur leur devenir. Jouant presque avec les mots le dirigeant a mis en avant la nécessité de réduire le coût du travail …. avant de réduire le travail lui-même.

Rien ne sert en effet de réduire l’emploi si les vices demeurent. Mieux vaut prendre le problème à la source que de mettre un pansement sur une jambe de bois. Le pansement ne réglera pas le problème et la multiplication de jambe de bois ne ferait que freiner la production et le moral des troupes.

Pour rappel, PSA avait promis qu’il n’y aurait ni fermeture de site, ni licenciement en Allemagne, jusqu’à fin 2018. reste qu’en octobre dernier, Opel a tout de même annoncé 400 suppressions de postes chez Vauxhall, au Royaume-Uni.

« Nous devons réduire les coûts du travail, ce sera inévitable, nous le ferons de manière responsable et réfléchie, en évitant les licenciements et les fermetures d’usines« , a déclaré jeudi Michael Lohscheller.

« Les décisions ne seront pas faciles, mais les managements impopulaires d’aujourd’hui seront les héros de demain », a déclaré Carlos Tavares. Laissant ainsi entendre que la situation sur le terrain financier est réellement on ne peut plus dramatique et que seules des mesures drastiques permettront de ne pas mettre la clé sous la porte. Ce n’est pas du chantage … mais de la négociation …

Des aides aux départs … et donc des effectifs moindres

« La réduction constante du coût du travail est une nécessité et doit être obtenue par des mesures réfléchies, telles que des concepts innovants d’aménagement du temps de travail, des programmes de départs volontaires ou des dispositifs de retraite anticipée« , a néanmoins déclaré M. Lohscheller, sans toutefois dévoiler de chiffres.
Si la suppression d’emplois n’est pas à l’ordre du jour … reste que la réduction de postes pourrait l’être puisque que les départs des seniors devraient être favorisés sans qu’il ne soit question de relève pour le moment.

Une réduction des coûts qui doit permettre d’aller de l’avant

Le groupe « a l’intention de conserver et moderniser toutes ses usines », a par ailleurs martelé le dirigeant. Tentant ainsi de rassurer les salariés. Selon lui, la réduction des coûts « crée un bouclier qui protège l’entreprise et les salariés des vents contraires ». Une manière comme une autre de faire évaluer la pilule des réorganisations internes qui devraient découler du plan.

M. Lohscheller l’affirme haut et clair : Opel a «aussi une ambition de croissance ».

Deutsche Qualität et nouveaux modèles

Si certains redoutaient un abandon à terme de la marque Opel, ceci n’est pas à l’ordre du jour. Bien au contraire, PSA compte bien tirer partie de l’image de Deutsche Qualität véhiculée par le constructeur allemand. Ses véhicules seront d’ailleurs conçus dans le centre de R&D de Rüsselsheim.

Cette image de « technologie, précision, et qualité » liée à son caractère allemand, selon les termes mêmes de Michael Lohscheller devrait ainsi permettre à la marque d’augmenter ses prix.

Opel promet par ailleurs le lancement d’un nouveau modèle majeur par an.

Développement à l’international

Opel souhaite bâtir cette croissance en misant en partie sur l’international et en développant son chiffre d’affaires. Il ambitionne ainsi de se développer sur «  plus de 20 nouveaux marchés à l’export d’ici à 2022  », dont la Chine et le Brésil. Une stratégie qui n’avait pas été possible durant le temps où le constructeur rendait compte à GM.
Désormais, Opel veut augmenter ses ventes sur le segment des véhicules utilitaires légers de 25 % entre 2017 et 2020.

Alors que l’entreprise perdait des parts de marché et réalisait 40 % de ses ventes aux particuliers à des prix bradés (aux loueurs ou aux concessionnaires), elle souhaite désormais se montrer comme une entreprise conquérante non seulement en Europe, mais dans des contrées plus lointaines.

En avant l’électrique

Opel table également sur l’électrique pour se refaire une santé. Le constructeur va ainsi proposer une «  offre électrifiée  », 100 % électrique ou hybride, sur toutes ses lignes de produits d’ici à 2024.

La marque souhaite en parallèle relever le défi du respect des normes européennes de CO2. Opel doit en effet s’y préparer, car rappelle Carlos Tavares, «  le niveau des amendes représente un risque vital pour l’entreprise ». Pour ce faire, le constructeur utilisera progressivement les technologies de PSA pour électrifier son parc.

Dans cette optique, Michael Lohscheller a également annoncé que le centre de recherche et développement de Rüsselsheim, qui emploie 7 700 ingénieurs, allait devenir «  un centre de compétence global  » pour le groupe PSA, notamment sur la pile à combustible et certaines technologies de conduite automatisée.

Opel a confirmé l’arrivée de différents modèles électrifiés dont une version 100 % électrique de la prochaine génération de l’Opel Corsa. Le constructeur équipera son futur véhicule via une technologie développée par PSA . Son arrivée est prévue d’ici 2020. Si le communiqué du constructeur ne détaille pas ses caractéristiques, elle devrait reprendre une grande partie des éléments e-CMP de PSA.

Présentée en 2016 et prévue pour équiper toutes les marques du groupe, cette plate-forme repose sur un moteur électrique de 115 ch associé à une batterie de 50 kWh rechargeable en AC 7 kW ou via une borne rapide Combo.

Au-delà de la Corsa électrique, Opel annonce trois autres produits électrifiés d’ici à 2020 dont la version hybride rechargeable du Grandland X. Révélée lors du dernier salon de l’automobile de Francfort, cette déclinaison « plug-in hybrid » devrait reprendre les éléments de la plate-forme EMP2 qui équipera le DS7 Crossback et la Peugeot 3008 hybrides rechargeables.

Quant à l’épineux sujet de l’Opel Ampera-e, le plan de redressement n’aura pas abordé le sujet. Reste que les retards de livraisons et la récente hausse de prix imposée par GM sont loin de faciliter les choses …
La priorité actuelle est de pouvoir lancer des produits capables de dégager rapidement de la marge et du volume pour sortir du déficit. De quoi donner du plomb dans les ailes de l’Ampera-e. 

Sources : Opel, AFP, Les Echos, Challenges

Crédit Illustration : Opel

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28 Commentaires sur "Pace, le plan de redressement d’Opel au sein de PSA"

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SGL
Invité

Tip top ! 🙂
Mais le chemin sera dur.

R-motor
Invité

De 10 à 4 moteur…dommage il on des gros bloc qui manque a PSA sur le au de gamme et pourrait servir à DS ( je pense au bloc de l’insigna GSI)

wizz
Membre
-c’est seulement un bloc 2L 4 cylindres -il faudra payer des royalties à GM -il faudra l’adapter sur la plateforme EMP2 de PSA, et adapter avec les boites de vitesse https://news.autojournal.fr/news/1508116/Peugeot-3008-4008-Chine-SUV Sinon, la plateforme EMP2 est déjà compatible avec leur moteur 1.8 THP. Si la gamme de PSA s’arrête actuellement au 1.6 THP, c’est aussi parce qu’il n’y a pas une demande suffisante pour ce niveau de motorisation pour amortir les divers frais (homologation par exemple). En revanche, PSA+Opel, en cas de nécessité d’un moteur « supérieur », il suffirait d’y mettre le 1.8 THP dans le catalogue européen, qui pourrait être… Lire la suite >>
zeboss
Invité

dans 10 ans les moteurs 100 % thermiques sur les petites autos seront bannis. En toute honnêteté que faire avec un V6 de 340 cv (comme sur l’insignia-buick US) sur nos routes ?
Ha oui pour l’image …

SGL
Invité

Totalement, surtout pour faire moins 1% des ventes, intrinsèquement cela ne peu être rentable.
Maintenant pour l’image de marque… c’est parfois utile des vendre ces modèles à pertes pour le bien du reste de la gamme.

ART
Invité

Visiblement tu ne retiens rien à rien SGL…

SGL
Invité

Ce que je retiens… ce sont les chiffres avant tout qui me confortent dans mes convictions.
Combien en % faisaient les V6 chez PSA sous les capots des C5, 607, 407 et combien dans les Insignia ?

zeboss
Invité

l’image de marque peut passer aussi par une techno sophistiquée et qui ne te fait plus passer pour un gros pollueur, si si ça arrive .. ;-).

wizz
Membre

énorme déficit d’image pour Volvo désormais, par l’absence de V6…

SGL
Invité

Oui tout à fait @wizz. 😉
Mais Volvo propose des PHEV tellement performants, des GMP 4 cylindres avec moteurs électriques dignes de bons V8… qui représente l’avenir du premium… au grand dam des amoureux des grosses mécanique 100% thermique (que je comprends aussi).
Voir Kia Stinger, pour le haut de gamme, façon à l’ancienne…

wizz
Membre
zeboss Je ne serais pas aussi affirmatif Si dans 10 ans, les batteries auraient fait d’immenses progrès, grosses capacités et pas chères, alors pourquoi pas Si dans 10 ans, le pétrole explose, reste au-dessus de 200$ ou 300$, cela rendra le carburant très cher (ps: pour les anti taxe, je rappelle qu’un baril fait 159 litres, et que si le pétrole est à 240$, cela signifie mécaniquement qu’il y aura au minimum 1.50$ de matière première par litre). Dès lors, les gens se montreront raisonnable « une petite électrique avec 160-250km abordable, ça suffira pour pouvoir encore aller au boulot, et… Lire la suite >>
zeboss
Invité
c’est ce que je dis, pas 100% thermique, mais tu sembles oublier délibérément les injonctions d’émissions de co².. Sous les 90gr voir peut être moins.. Donc pour y arriver hybridation impérative, légère peut être en 48V (mais je ne vois pas l’intérêt, la batterie devant être plus grosse pour assurer qq hectomètres full elec), ou hybrides rechargeables ou elec full… Donc bye bye les 3 litres ou plus les 2l turbo aussi, surtout quand on a très peu dans la gamme et qu’on ne couvre pas des marchés basés sur ces motorisations.. L’Europe et la chine favorise les moins de… Lire la suite >>
wizz
Membre

les petites voitures pourraient rester en 100% thermique (avec ce stop & start 48v), par soucis tarifaire

les grosses, ce sera du « downsizing + élect », parce qu’un gros moteur très rarement sollicité va leur plomber le bilan CO2

georges
Invité

Ça sent une réduction en R&D, ce n’est pas une carrosserie et intérieur différent qui donnera du travail à tous.
Et pour l’autonome PSA doit déjà y travailler, reste la danseuse hydrogène !

zeboss
Invité

Le régulateur adaptatif des Opel semble bien au point, l’autonome est déjà dans les starting blocs chez PSA, donc remis au gout du jour avec les Ingés de chez Opel, ça peut le faire mieux et plus vite (sachant que peut être ils avaient de leur côté de bonnes solutions mais pas présentées en public). Quand à l’hydrogène, et selon la pensée de Tavares la logique électrique doit prendre en compte la production des batteries et de l’électricité fournie. Toyota et Hyundai savent faire en hydro.. Honda aussi… les autres ?

greg
Invité

 » Il est vrai que le gâchis évoqué récemment par Carlos Tavares, le patron de PSA, plaide en faveur de telles politiques. » Ah ben si c´est Tavares qui le dit, c´est forcément vrai, surtout si dans cette moyenne il met en plus les usines chinoises.

dédé
Invité

Qui a une idée du chiffre d’affaire de Citroën en 2016 ?
Est ce le double de Opel ?
Dans les 54 milliards de PSA, combien pour Citroën et combien pour Peugeot ?

Opel 200.000 véhicules produits à l’heure actuelle en Corée du Sud, seront désormais assemblés en Europe …… combien de milliards cela va couter à PSA de rapatrier des « croutes » au lieu de les dépenser chez Citroën ?

zeboss
Invité

le CA de Citroën ? on s’en fout quand aux « milliards » pour rapatrier des « croutes » (bonjour le niveau) ce sera plutôt quelques millions, une centaine à tout casser, l’Adam et certaines versions du MoKKA sont sur des bases déjà plus ou moins produites en Europe. Adam = Corsa en réduc, Mokka déjà produit en europe..

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