Accueil Champ Car Carl Haas (1929-2016) : la deuxième mort du Champ Car

Carl Haas (1929-2016) : la deuxième mort du Champ Car

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Carl Haas (aucun lien de parenté avec Gene Haas) était le « Haas » de Newman-Haas. Peu connu du grand public, pragmatique et bougon, il était l’antithèse de Paul Newman. C’est pour cela qu’ils étaient complémentaires. De Jacky Ickx à James Hinchcliffe, en passant par Mario Andretti et Sébastien Bourdais, Haas a toujours su dénicher de bons pilotes et les sublimer.

Né en 1929, aux Etats-Unis, Carl Haas fut pris dans l’essort du « road racing », au début des années 50. Il disputa sa première course en 1952, sur le Milwaukee Mile. Au fil des saisons, la MG TD des débuts laissa place à une Porsche 356, puis une 550, une RSK et une Elva MK III (ci-après, une voiture identique.) Haas écumait les épreuves de SCCA, en indépendant. A Nassau et à Sebring, il s’incrustait dans d’autres équipes. En 1958, Frank Nichols, le patron d’Elva, l’invita au Tourist Trophy, à Goodwood. 2 ans plus tard, il fonda Carl Haas Automobile Imports, un distributeur de pièces de compétition.
En 1962, Nichols le rappella : son distributeur aux USA l’a lâché et il propose à Haas de le remplacer. Mike Hewland proposait alors des boites de vitesses pour les Elva (basées sur celle de la Cox) et Haas négocia avec lui les droits exclusifs pour les USA. Elva et Hewland furent ainsi les premières grosses cartes de Carl Haas Automobile Imports. Pour prouver la qualité de ses produits, Haas pilota lui-même une Elva MK VI à boite Hewland, puis une MK VII.

Elva

En solo

Elva battait de l’aile au milieu des années 60. Mais Haas su anticiper en misant sur un autre constructeur, Lola. Le patron raccrocha discrètement le casque et il forma une vraie équipe. Pilier de la SCCA, il a su accompagner la croissance du « road racing » et impliquer Lola dans les nouvelles disciplines : Formula Vee, Can-Am et F5000. Profitant de son carnet d’adresse, il inonda le marché.

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Comme patron d’écurie, le succès vint très tard, malgré le recrutement de pilotes comme Jackie Stewart ou Reine Wisell (ci-après.) Lessivée, la Can-Am renait en 1977 avec des F5000 modifiées. Patrick Tambay offrit un premier sacre à Haas. Alan Jones permit à l’équipe de doubler la mise. En 1979, ce fut le tour de Jack Ickx. Enfin, Patrick Tambay boucla la boucle en 1980.

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Avec Newman et Andretti

Haas était pragmatique. En 1981, March débarqua en Can-Am et la série s’effondra. L’avenir, c’était le CART. L’ex-championnat USAC s’est professionnalisé et structuré. Mais c’était presque une coupe monotype March. Pour arriver, il fallait marquer le coup. Néo-retraité de la F1, Mario Andretti rêvait de conquérir Indianapolis. Beatrice acceptait de sponsoriser l’équipe. Il lui fallait un parrainage prestigieux. Haas songea à un acteur grisonnant, mais très populaire et surtout, fondu de voitures : Paul Newman. Il s’était croisé dans les paddocks de SCCA, où Newman était pilote usine Datsun. Newman accepta d’emblée l’offre et s’impliqua bien au-delà de son rôle initial.
L’équipe débuta en 1983. Andretti décrocha le titre en 1984 et dans la foulée, d’autres équipes commandèrent des châssis Lola. Haas avait gagné son pari.

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Haas se perdit dans une aventure en F1, où il retrouva Jones et Tambay. Lâché par Beatrice -racheté par Parmalat-, il du renoncer après deux saisons. Il n’oublia pas son rôle de VRP de Lola. C’est grâce à Haas que Lola décrocha le marché de la fourniture de l’Indy Lights.

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En Indycar, Newman-Haas passa à deux voitures avec l’arrivée de Michael Andretti. Il pouvait remercier les supermarchés Kmart. L’équipe gagna ses galons de concurrent régulier, à une époque où il avait un fort turnover. Haas devint un pilier du paddock, avec ses gros cigares qu’il mâchonnait (interdiction de fumer dans la pit-lane ? Envie d’arrêter de fumer ?) Le fiston Andretti gagna le championnat en 1991 et son père le persuada d’aller en F1. Pour le remplacer, Haas vint chercher Nigel Mansell, brièvement fâché avec la F1. L’Anglais remporta le titre 1993. 1994 se passa très mal, on dit qu’Andretti senior en eu si marre de son équipier qu’il abandonna le pilotage ! A mi-saison, Haas réexpédia Mansell à Franck Williams. Dans la foulée, il reprit Michael Andretti., ainsi qu’un ex-futur de la F1, Christian Fittipaldi.

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La deuxième moitié des années 90 fut marquée par la domination de Reynard. Lola se perdit dans un retour en F1 et Haas tenta de rebondir avec Swift. Puis Newman-Haas utilisa des Reynard comme tout le monde, en 2000. Hélas, le constructeur fit faillite peu après. Haas essaya alors de vendre une mise à jour des Reynard, signée Swift. Sans succès. Signalons qu’en marge de son équipe, Haas fut également patron du Milwaukee Mile (le circuit de ses débuts), promoteur du Grand Prix de Houston et président de la SCCA.

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Les années Champ Car

Alors que tout les top teams du CART déménageait vers l’Indycar, Newman-Haas restait fidèle à la série. Kmart eu de graves difficultés, laissant l’équipe sans gros sponsor. En 2003, Newman et Haas tentèrent un coup : Sébastien Bourdais. Jusqu’ici pilote de F3000, il n’avait jamais couru aux Etats-Unis. Il n’avait aucun budget. En prime, dans un contexte de guerre d’Iraq, le Français est hué dans les paddock (car les Français étaient considérés comme des traitres par George W. Bush.) Mais une nouvelle fois, Haas avait eu du flair : le Manceau offrit quatre titres consécutifs à Newman-Haas, de 2004 à 2007.

En 2007, Haas s’impliqua dans le retour de Travis Carter en Nascar. Une aventure qui ne dura qu’un an.

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La fin

En 2008, Champ Car et Indycar fusionnèrent. A contrecœur, Newman et Haas débarquèrent en Indycar. Newman, atteint d’un cancer en phase terminale, se faisait plus rare sur les circuits. Justin Wilson, qui a remplacé Bourdais, s’imposa à Detroit et Newman mourut peu après.
Contrairement aux autres équipes issues du Champ Car, Newman-Haas passa le cap de 2008. Mais dans quel état ? Sans sponsor-titre, elle en fut réduite à recruter des pilotes payants. Haas du ainsi héberger la voiture de la peu véloce Milka Duno. En 2010, il n’offrit qu’un programme en pointillé à Graham Rahal. Haas eu un dernier coup de flair : James Hinchcliffe. Pilote d’Indy Lights sans le sou, il lui offrit sa chance et le Canadien fut sacré meilleur débutant 2011.

2008 IRL Detroit

La suite est à mettre au conditionnel. 2012 marquait l’arrivée des nouveaux châssis. Newman-Haas en commanda trois. Mais Haas souffrait de la maladie d’Alzheimer. Il préféra pousser Hinchcliffe chez Andretti et baisser le rideau de fer. Newman-Haas n’aura jamais gagné les 500 miles d’Indianapolis. Au printemps, il aurait eu une accalmie et Haas accepta l’offre de participer à « Indy », avec Jean Alesi et Lotus. Puis, la maladie reprit le dessus. Pour la forme, Haas annonça un retour en 2013. Carl Haas Automobile Import participa tout de même -avec Multimatic- au tour de table de la reprise de Lola.
Retour à l’indicatif. 2014, c’était les 85 ans du patron. Anciens pilotes et anciens mécaniciens se réunirent pour une petite fête. Haas n’y était pas. Il n’était plus capable d’apparaitre en public et il avait déjà tout oublié. Il est parti le 29 juin, mais sa mort ne fut annoncée que plusieurs jours après. Les fans, eux, n’oublieront pas tout ce qu’aura fait -et réussi- Carl Haas.

Haas 1

Crédits photos : Honda (photos 1 et 10), Coys (photo 2), Ford (photos 3, 7, 8, 9 et 11), Richard Wilder (photo 4), Lola (photo 5) et Peter Collins (photo 6.)

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3 Commentaires sur "Carl Haas (1929-2016) : la deuxième mort du Champ Car"

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Admin

Belle évocation d’un de ces personnages forts qui font tout le sel du sport auto.
Sinon le blog auto doit être le seul media du monde à avoir évité d’illustrer l’évocation de Carl Haas avec une photo le cigare à la bouche (il l’a à la main) mais d’en avoir à la place parlé dans le texte. Bravo pour l’originalité.

gigi4lm
Invité

Un article bien documenté, bien écrit et bien illustré … comme dab.
Merci jjo

Tiégo
Invité

C’est toujours aussi mal écrit… 🙁

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