Accueil 20 ans déjà F1 Imola 1994: La planète en état de choc

F1 Imola 1994: La planète en état de choc

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Avec le décés de Roland Ratzenberger samedi 30 avril 1994 lors des qualifications du Grand Prix de Saint-Marin le petit monde de la F1 avait (re)pris conscience que le sport automobile pouvait tuer. Ayrton Senna, extrêmement choqué par cet accident, avait confié ses doutes au médecin Sid Watkins. Il n’avait pas envie de prendre part à ce Grand Prix dans ces circonstances.

Cependant, poussé par des intérêts supérieurs il ne pouvait pas renoncer à courir ce dimanche à Imola. Pourtant, le Brésilien était perturbé, en témoigne cet étrange message adressé à Alain Prost alors qu’il commente un tour du circuit pour l’émission de TF1 Auto-Moto: « Avant de commencer, un bonjour spécial à mon… à notre ami Alain. Tu nous manques à tous, Alain ! »

Mais il était écrit que ce Grand Prix de Saint-Marin serait à jamais maudit. Dès le dimanche matin à 11 h lors de l’épreuve annexe de coupe Porsche, le pilote et homme politique Français Jacques Heuclin est à son tour blessé dans un accident.

Peu avant l’heure du départ qu’Ayrton Senna prendra pour la 65ème fois de sa carrière depuis la pole position, le Brésilien apparait non casqué et extrêmement soucieux assis dans le cockpit de sa Williams-Renault. A quoi pense-t-il sur cette pré-grille ? Sans doute à Roland Ratzenberger et à sa monoplace dont il n’arrive toujours pas à appréhender le comportement. En cas de victoire il a prévu une petite attention en mémoire du pilote décédé la veille. Il s’est procuré un drapeau autrichien qu’il brandira sur le podium s’il gagne le Grand Prix.

A l’extinction des feux tout ne se passe pas comme prévu. La Benetton de Lehto qualifiée en cinquième position reste scotchée sur la grille. Tout le monde parvient à éviter l’obstacle à l’exception de Pedro Lamy qualifié en fond de grille. Le choc est violent et des débris ainsi qu’une roue sont projetées dans les tribunes. La trop longue liste de personnes blessées lors de ce week-end va encore s’allonger puisque des spectateurs et un policier sont touchés.

Pour permettre aux commissaires de dégager les épaves de la piste, la course est neutralisée par un safety car. La procédure peut paraître normale aujourd’hui mais ce fût la première entrée en piste dans l’histoire de la F1 d’une voiture de sécurité en vertu d’un nouveau règlement inspiré des courses américaines.

Après cinq tours parcourus à faible allure, la course reprend. Senna est en tête devant Schumacher. Il est 14 h 18 lorsqu’il aborde pour la sixième fois du Grand Prix la courbe de Tamburello qui se négocie à fond à plus de 300 km/h. L’image de la Williams qui se pulvérise contre le mur est saisissante. Comme passager de sa monoplace, Senna a tiré tout droit tapant le mur à 211 km/h. On apprendra plus tard que la colonne de direction s’est rompue. C’est à sa demande qu’elle avait été raccourcie car il estimait que le volant était trop près de son corps.

Comme une épouvantable rengaine, les ambulances se précipitent encore une fois pour secourir un pilote accidenté. Cette fois le drapeau rouge est brandi. La situation est grave, on le comprend très vite. Le triple champion du monde est allongé à même le sol tandis que les secouristes lui pratiquent une trachéotomie pour l’aider à respirer. Un hélicoptère est posé au milieu de la piste pour évacuer le blessé vers l’hôpital de Bologne. A cet instant, survient une scène surréaliste. Erik Comas, autorisé à tort par l’équipe Larousse à reprendre la piste surgit à pleine vitesse sur les lieux de l’accident. Fort heureusement il parviendra à éviter tout le monde mais sera exclu du Grand Prix.

A 14 h 31 l’hélicoptère décolle en direction de Bologne. La course reprend à 14 h 55 pour 53 tours avec addition des temps des deux manches. Damon Hill, l’autre pilote Williams, est fébrile au moment de remonter dans sa voiture alors que l’on ignore encore la cause de l’accident de son équipier. Mais son équipe ne lui en laisse pas vraiment le choix. Au douzième tour la Ferrari de Gerhard Berger se range dans le garage de la Scuderia. On pense à un ennui technique mais l’Autrichien renonce volontairement car il n’a plus le coeur à piloter en sachant son ami entre la vie et la mort. L’intérêt des médias ne se tourne plus vers la course, désormais secondaire, mais vers l’état de santé du champion brésilien. Des dizaines de journalistes convergent vers l’hôpital Maggiore où est admis Senna.

Sur la piste la compétition se poursuit lorsqu’au 44ème tour Michele Alboreto s’arrête aux stands pour un ravitaillement. En accélérant pour reprendre la piste une roue se détache de sa Minardi et va percuter et blesser quatre mécaniciens de Lotus et Ferrari.

Furieux que la course n’ait pas été définitivement interrompue après le crash de Senna et qu’un nouvel accident soit survenu, Berger se précipite vers la direction de course pour les supplier d’arrêter cette mascarade, imité par son compatriote Niki Lauda. Mais les deux hommes seront refoulés et l’épreuve ira jusqu’à son terme avec une troisième victoire consécutive de Schumacher devant Larini et Hakkinen. Le podium sera célébré sans champagne par respect pour Roland Ratzenberger et dans l’incertitude sur le sort du Brésilien.

Son décès sera officialisé à 18 h 40 par la voix du docteur Maria Theresa Fiandri après l’échec d’une opération neurologique de la dernière chance. L’autopsie révèlera que sa mort a été causée par un triangle de suspension qui a transpercé la visière de son célèbre casque jaune. A quelques centimètres près Senna serait sorti tout seul de son baquet en pestant d’avoir encore perdu des points précieux dans sa quête d’un quatrième titre mondial.

Son pays le Brésil lui offrira des funérailles nationales auxquelles assisteront un demi-million de personnes. Son cercueil sera porté par Berger, Boutsen, Barrichello, Emerson et Christian Fittipaldi, Warwick ainsi que son éternel rival Alain Prost à la demande de sa famille.

Les disparitions du champion brésilien à l’âge de 34 ans et de Roland Ratzenberger feront entrer la F1 dans une nouvelle ère. De profondes évolutions techniques amélioreront significativement la sécurité à tel point que 20 ans plus tard, Ayrton Senna demeure encore à ce jour le dernier pilote de F1 mort dans l’exercice de son métier.

A lire également:

Partie 1: F1 Imola 1994: Les prémices du drame

Partie 2: F1 Imola 1994: Qualifications mortelles pour Roland Ratzenberger

Crédit photo: Williams

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10 Commentaires sur "F1 Imola 1994: La planète en état de choc"

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9114ever
Invité

Très bel article : merci LBA

Invité

oui vraiment, merci.

leelabradaauto
Invité

condensé d’émotions gravissimes dans l’article – oui, merci de ne jamais oublier

Big-j
Invité
alfa155
Invité

Très bel article et hommage.

J’en ai les larmes aux yeux, triste fin pour un pilote hors norme, une grosse pensée aussi à Ratzenberg trop souvent oublié par les médias.

Un week-end de F1 placé dans la tristesse qui comme le rappelle très bien cet article c’est le dernier pilote à s’être tuer pour sa passion, mais qu’il n’y a pas si longtemps que ça un autre pilote est passé très proche de la mort au Canada en 2007 au volant de sa BMW.

Rip à tous ces pilotes disparus.

cisatracurium
Invité

@alfa155: Un autre brésilien est passé près du drame en Hongrie en 2009, lui aussi, touché à la tête par un débris ayant traversé son casque!

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