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Han Han, 10 ans de sport auto chinois

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Le pilote chinois le plus célèbre dans son pays, ce n’est pas Ho Pin Tung ou Ma Qin Hua. C’est, de très loin, Han Han. Ce touche-à-tout fête ses 10 années de carrière. Tout juste sacré champion de CTCC (tourisme) et en CRC (rallye), on lui a remis le prix de pilote de l’année.

Si vous feuilletez un ouvrage sur la Chine d’aujourd’hui, vous verrez apparaitre un certain Han Han parmi les jeunes auteurs Chinois, voir parmi les opposants au régime communiste. Time Magazine l’a même classé dans les 10 personnes les plus influentes.

Ce n’est pas une homonymie, c’est bien le même homme!

Han est né en 1982, à Shanghai. Il est l’archétype du « post 80 », c’est à dire les jeunes bobos chinois qui ont grandi lors du boum économique des années 90-2000. La génération chérie des grandes marques, car ultra-consumériste et occidentalisée.
Cette génération est aussi celle de l’enfant unique. Des enfants gâtés-pourris par leurs grands-parents (qui servent souvent de nounous) durant leurs enfances. Mais à l’adolescence, fini de rire! Il faut avoir d’excellentes notes au lycée, réussir son examen d’entrées aux universités, étudier la finance ou le commerce. Si possible, intégrer ensuite une université américaine. Puis rentrer au pays, trouver un travail dans une grande banque, acheter un bel appartement, avoir une grosse voiture, se marier (dans cet ordre) et avoir un enfant. Tout cela, avant 25 ans!

Han, lui, loupe son examen d’entrée aux universités. Il prend une année sabbatique, puis dénonce ce culte de la réussite dans Les trois portes (rapport au nombre d’années du lycée.) Le livre parait en 2001 et c’est un carton.

Les débuts

A l’été 2003, Han casse sa tirelire: il sera pilote, comme son idole, Sébastien Loeb!

Il loue une Mitsubishi Lancer à TCR (une écurie disparue depuis) et s’aligne au Longyou rallye. Il est un simple quidam, totalement anonyme. D’ailleurs, sur le site de la Fédération, la photo ci-après n’est même pas légendée.
D’emblée, il réalise que ses royalties d’écrivains sont bien juste pour financer sa carrière. Il en est réduit à manger des nouilles instantanées dans sa chambre, lors de l’épreuve.

Heureusement, il rencontre quelqu’un chez Michelin China. Grâce à cela, il peut disputer un second rallye. Mais à bout de finances, il (se) jure qu’on ne l’y reprendra plus…

En 2004, BMW s’apprête à lancer une joint-venture en Chine, avec Brilliance. Face à Audi, le constructeur possède un énorme déficit de notoriété.

Pour se faire connaître, il joue la carte du sport, avec une coloration très chinoise à la Formule BMW Asia. Après Ho-Pin Tung (champion 2003) et Marchy Lee (futur champion 2004), il organise un « volant » parmi des espoirs chinois. Han est le plus rapide et il se voit offrir un volant.

Han termine 11e (et 5e meilleur débutant.) Pour un pilote de 22 ans sans expérience des circuits, c’est bien.

Mais dans l’absolu, c’est insuffisant. En plus, l’argent de sa « bourse » fait long feu.

Reste de bons souvenirs, comme cette visite du stand Williams au Grand Prix de Chine. Tung, alors vague pilote d’essai, est content de jouer les guides:

En 2005, il retourne en Chine. 333-SAIC-VW engage des Polo en tourisme (qui s’appelle alors CCC.) Des voitures proches des Polo Cup. Han Han l’écrivain ne dépare pas trop d’un peloton essentiellement composé de gentlemen-drivers.

Néanmoins, il y a une grande différence: il est payé pour conduire.

Han veut refaire du rallye. 333-SAIC-VW y engage aussi des Polo. Pour autant, la Fédération Chinoise doit intervenir pour convaincre l’équipe de lui donner un baquet.

A l’arrivée, les interviewer préfèrent lui parler de ses livres que de ses résultats sportifs.

En 2006, Han lance son blog. Il a une opinion sur tout et n’importe quoi, de Karl Marx à Sébastien Loeb, des iles Senkaku/Diaoyutai à la CCTV (chaine d’état), en passant par les actrices japonaises de films X…

Vu de France, ses propos semblent alambiqués et encombrés de métaphores. Néanmoins, pour éviter la censure, il faut savoir slalomer habilement et fonctionner par sous-entendus.

En quelques mois, il devient LE blog des post 80. Grâce notamment à la proximité entre l’auteur et ses lecteurs. Cette popularité lui offre une assise et il peut se permettre d’être encore plus impertinent vis-à-vis du pouvoir, ce qui lui apporte des lecteurs, etc.

Professionnalisation

En 2008, Xu Lang meurt brutalement dans la Transorientale, alors qu’il porte assistance à un concurrent. Xu, premier Chinois vainqueur d’une spéciale du Dakar, est l’idole du pays. Qui le remplacera?

Liu Caodong, champion de Chine 2004 et 2006 est désigné par les médias. Ford, pour d’évidente raisons commerciales, songe à un programme en WRC privée.
Liu craque et se réfugie dans l’alcool. Il n’y survivra pas.

Compte tenu de son aura, Han hérite du sceptre. Il arrive à gérer la pression et se fait un nom dans le rallye.

Côté circuit, la Polo évolue pour devenir une vraie voiture de course. Nissan et Haima font de même, provocant une course à l’armement en 1600. Les privés et les structures peu motivées (comme DongFeng-Citroën) sont marginalisés.

Han monte de plus en plus souvent sur les podiums de la catégorie 1600 et il devient l’un des hommes forts de ce CCC en pleine mutation.

Pour 2009, changement de régime! Il est recruté par une écurie privée, Fcaca et dispose d’une Impreza Groupe N.

Fcaca organise une présentation grandiose, avec conférence de presse. Han a droit à autant de temps de parole que les autres.

Avec l’Impreza, il peut désormais jouer le « scratch ». Les médias spécialisés s’intéressent davantage à lui.

En parallèle, à chaque épreuve, il est assailli par des fans (dont de nombreuses jeunes filles), avec lesquels il pose volontiers.
« Two cold » est son surnom (à cause de l’hébergent de son blog.)

En fin de saison, c’est la consécration: il est champion de Chine de rallye. De quoi être pris davantage au sérieux.

En CCC (devenu CTCC), il est toujours pilote 333-SAIC-VW.

Dans les paddocks, on voit apparaitre une « Hanhanmania ». Podium ou pas, les journalistes vont l’interviewer et les photographes, le shooter. L’intéressé, très cabot, leur en donne volontiers pour leur argent en petites phrases ou en pitreries.

Superstar!

Toujours en 2009, les vêtements Vancl l’utilisent comme mannequin. Il est choisi pour son côté rebelle (tout comme l’actrice Wang Luo Dan, habituée aux rôles de jeune femme à poigne.)

Dans la publicité, il explique qu’il aime la liberté, qu’il préfère porter des tee-shirt à 29 yuans et non pas des habits de grandes marques.
La campagne fait polémique en Chine et les affiches sont détournées.

Depuis, il apparait régulièrement dans les affiches et les publicités de Vancl. Dans un spot, on le voit même faire du drift en Subaru.

L’industrialisation de la nouvelle Polo prend du retard. SAIC-VW décide de prolonger la vie de l’ancien modèle avec la Sporty, qui reprend l’avant (mais pas le moteur) de la Polo GTI.

Han Han est invité à la présentation, mais pas au salon de Pékin.

Han est à la croisée des chemins: il n’est plus un simple gentleman-driver. Il est le leader de Fcaca et de 333-SAIC-VW.

Fcaca veut disputer le PWRC. Han se rend à un shake-down en Finlande, puis il renonce: il ne veut pas quitter trop longtemps la Chine.
L’écurie tente de s’engager malgré tout. Or, elle a « vendu » aux sponsors la présence de Han. Sans surprise, les partenaires lâchent l’écurie, qui disparait.

En CTCC, il s’ennuie. Il en a marre de jouer la victoire en « 1600 »; il veut le scratch! Il menace de partir si 333-SAIC-VW ne crée pas une voiture plus grosse.

En rallye, il ne reste pas longtemps à pied! Subaru le recrute pour son écurie officielle.

A l’été, la FIA et la Fédération Chinoise lui confient deux rôles.

D’une part, il doit réfléchir à une formule « 1600 Turbo » pour le CTCC. Un moyen d’introduire de vraie voiture de course dans le championnat.

D’autre part, il sert de consultant pour le karting. Le championnat chinois (CKC) existe depuis 2003. Néanmoins, c’est davantage une activité de loisirs qu’une vraie pépinière de talents (même s’il a déjà « sorti » Yue Cui et Ma Qin Hua.)
L’objectif est donc de le développer et le professionnaliser.

A l’automne, c’est chez Peugeot qu’on le retrouve. La marque au lion l’embauche le temps d’essayer de battre des records avec le prototype EX1.

Sur l’aéroport militaire de Chengdu, Han bat les records du 1/4 de mile et du 1/8 de mile, en catégorie électrique. Il efface ainsi les temps réalisés 3 mois plus tôt à Monthléry.

Nicolas Vanier, également invité par Peugeot, ne bat pas de records.

En 2011, les 1600 Turbo débarquent en CTCC. 333-SAIC-VW et ChangAn-Suzuki sont les seuls constructeurs présents. Néanmoins, seul 333 a pris les choses au sérieux, avec des essais hivernaux et une vraie mise au point.

En conséquence, la nouvelle Polo est rapide d’emblée. Par contre, la fiabilité n’est pas au rendez-vous.

Han donne la priorité au CRC. Deux rallyes tombent un week-end de CTCC et sa Polo est confiée à d’autres.
Pour les organisateurs, c’est un gros problèmes: nombre de médias veulent uniquement voir Han.

333-SAIC-VW a beau essayer de pousser Wang Rui et Gao Huayang. Mais les journalistes se fichent bien d’eux. En conférence de presse, toutes les questions sont pour Han, quel que soit son résultat!

Han est aussi entouré en permanence de jeunes filles. Marié et père d’une fille, il aurait reconnu la paternité de deux enfants (de deux autres femmes.) De quoi faire jaser dans une Chine puritaine où l’on passe directement de « célibataire endurci » à « marié ».

Lu Gan, l’un de ses remplaçants, est le premier a mettre en pole la Polo 1600 Turbo. Néanmoins, c’est Han qui décroche la première victoire absolue de la voiture.

Néanmoins, en CTCC, les podiums sont uniquement par catégorie. Il doit donc se contenter du podium en 1600 Turbo:

Han Han est une star. Dans les librairies chinoises, ses livres sont parfois les seuls romans en vitrine (les Chinois préférant les biographies d’Hommes riches et/ou puissants.)

Son blog Twocold est le premier de la blogosphère chinoise. Ses détracteurs disent que Han profite de son aura pour descendre ses ennemis. Ce qui est vrai, c’est qu’il possède une liberté de parole assez inédite.

Il essaye de lancer une revue politico-artistico-littéraire, Party. Il demande à ses lecteurs de lui envoyer des articles refusés par d’autres journaux.
Party évite les sujets brûlant (Tibet, Xinjiang, démocratie, sort des opposants…) Mais il évoque les affaires de corruption. Le magazine est interdit peu après sa parution.
A l’automne 2011, Han remet le couvert avec un deuxième numéro (et un autre diffuseur.) Là encore, le magazine est interdit.
Dans la tradition chinoise, Han effectue son auto-critique et juge ses magazines « incohérents ». Il a touché la limite de la liberté accordée aux trublions. Il est trop connu pour être emprisonné de suite, mais l’avertissement est ferme. Il n’y aura donc pas de troisième numéro de Party.

L’année de toutes les victoires

2012 commence par d’autres ennuis. Un obscur universitaire du nom de Fang écrit un livre à charge contre Han. Il démontre que l’auteur utilise des « nègres ».

La riposte vient… De la Fédération Chinoise du Sport Automobile. En plein nouvel an chinois (pour profiter d’une exposition maximale), la fédération écrit deux communiqués. C’est elle qui défend les talents d’auteur de Han!

Ce dernier écrit-il vraiment ses livres? On ne le saura jamais, tant la foudre s’abat sur Fang. Han pose ensuite au milieu de ses manuscrits.

Subaru China profite du buzz pour faire de son pilote la mascotte officielle du constructeur!

En CTCC, la Fédération mélange 1600 Turbo et 2000 au sein de la catégorie « Superproduction ». Les brides des turbos sont élargies. Si ChangAn-Suzuki renonce, FRD, multiple championne en « 2000 », crée une ChangAn-Ford Focus 1600 Turbo.

La suite semble presque écrite d’avance. L’équipe FRD, plus homogène, remporte le titre constructeurs. Chez les pilotes, Han domine grâce à une voiture sur mesure. L’image typique de l’année, c’est Han qui monte sur sa voiture pour célébrer une énième victoire.
A Ordos, le transporteur a un accident sur le chemin du circuit. Les Polo sont lourdement accidentées. Celle de Han est réparée à temps pour la course. Le pilote s’impose, mais on lui retire sa victoire a posteriori, car sa voiture n’a pas passé les vérifications techniques.
Malgré cela, il réussit à remporter le titre, lors de l’ultime manche.

En CRC, il se promène là aussi. Vainqueur du premier rallye, il termine 2e des deux épreuves suivantes, derrière son équipier David Higgins (qui ne marque pas de points, en tant qu’étranger.)
Il s’autorise même de jouer les divas. Une fois, il refuse de monter des pneus pluies, car ils sont moches. Une autre fois, il effectue une séance-photo en plein rallye.

Du coup, malgré un abandon lors de l’épreuve finale, il remporte le titre.

A Longyou, il se rappelle ses débuts, 9 ans plus tôt. Elle est loin, l’époque des nouilles instantanées et de l’anonymat…

Audi veut faire une entrée fracassante dans le sport auto chinois. La moitié des voitures sont confiées à des stars du volant (Marchy Lee, Adderly Fong, Sun Zheng, Wang Jianwei…), grassement payés par la marque.

Au deuxième meeting, Han dispose à son tour d’une voiture.

Hasard ou coïncidence, alors que le congrès chinois désigne son nouveau président -au forceps-, Han enchaine les courses. Une séquence curieuse pour quelqu’un qui revendique une étiquette de dilettante. Est-ce un stratagème de Pékin pour éloigner un gêneur?

En plus du CTCC, du CRC et de la R8 LMS Cup, on le retrouve au Grand Prix de Macao, avec une Impreza privée.

Enfin, il participe à sa deuxième Race of Champion. Il fait équipe avec Ho-Pin Tung.

Le tandem Chinois ne passe malheureusement pas les éliminatoires.

Post scriptum

Vu de l’extérieur, Han n’est qu’un gentleman-driver. Il n’a pas de plan de carrière et court pour le plaisir. Son seul souhait est de disputer le Dakar un jour, mais uniquement s’il a « la même voiture que Sainz ».

Hors de Chine, il est davantage connu pour ses livres. Le Monde, qui cherchait à le rencontrer, est surpris qu’il leur donne rendez-vous sur un circuit!

Pour autant, il est aussi le premier pilote chinois connu du grand public.

La Chine du sport auto est encore jeune. Les vieux gentlemen-drivers des débuts ont fait long feu.
Avec ses 10 années d’expériences, Han fait figure « d’anciens ». C’est le seul pilote chinois aussi expérimenté ayant effectué l’essentiel de sa carrière en Chine.

Du coup, il sert déjà de modèles. Xiao Han, jeune kartwomen de 9 ans veut aussi devenir comme son idole. Son surnom est « moitié de Han ».

Crédits photos: CTCC (photos 1, 21, 22, 23, 26 et 31), TwoCold (photos 2, 8, 15 et 24), FASC (photos 3, 6, 7, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 17, 18, 19, 27, 28, 30 et 32), BMW (photos 4 et 5), VW (photo 16), Peugeot (photo 20), Subaru (photo 25), Macau Grand Prix (photo 29)

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