Brève rencontre: Bugatti EB112
Elle aurait du être une supercar à 4 portes; l’une de ces voitures majuscules pour que seuls les superlatifs peuvent décrire. Finalement, comme presque toutes les Bugatti d’après-guerre, elle restera une symphonie inachevée. Jamais produite, elle entra directement dans la légende, sans passer par la dure épreuve du public.
A l’avenir, les livres sur les Bugatti sauteront sans doute directement de la 101 Exner (1965) ci-contre à la Veyron.
Il est vrai que l’épopée “Bugatti Spa” fut très sulfureuse. Du souffre car pour beaucoup de Bugattiste, l’EB110 était juste une supercar avec une vague calandre en fer à cheval. De plus, l’entreprise fut financée par la mafia. Reste à savoir si Romano Artioli (alors PDG) s’est fait berner par une cascades de sociétés-écrans, s’ils les a contacté faute de financements “propres” ou si Bugatti Spa fut fondée uniquement pour blanchir l’argent sale.
Vers 1992, alors que la production de l’EB110 débute à peine, on parle déjà d’autres projets: une “petite” Bugatti et une berline.
Au salon de Genève 1993, Bugatti présente un prototype d’EB112, signé Giorgietto Giugiaro pour Ital Design. Son génie fut de créer un dessin possédant néanmoins de nombreuses références (calandre de “tank” 57G, épine dorsale de 57 Atlantic, jantes de 41 Royale, etc.) sans tomber dans l’hommage pompeux. Les caractéristiques sont à l’avenant: V12 6l 460ch (avec une boite 6, encore rare en 1993), 300km/h en pointe, 4 roues motrices et châssis carbone.

Malgré un prix de vente de 1 500 000 frs (soit deux Mercedes S600) et une date de mise en production improbable de “fin 1995″, les clients se pressent.
Au salon de Genève 1994, une maquette à l’échelle 1 de l’EB112 “de série” est présentée. Mais dés septembre, Bugatti sombre.
On parlera vaguement d’une EB112 produite avec une moteur de Porsche 928, à partir de 1997, puis plus rien.
Gildo Pastor (actuel patron de Venturi) récupère les quatre EB112 de pré-série, inachevées, afin d’en construire deux voitures “complètes” dans son atelier du “Monaco Racing Team”. Les deux modèles en sortiront en 2001 et il a gardé cette voiture noire.
En 1998, Ferdinand Piech, qui se prend pour le roi Midas, tente à son tour de faire renaître Bugatti. Pour en faire quoi? Il hésite.
En vue du salon de Paris, il demande à Ital Design de lui créer un gros coupé (non-roulant.) Ce sera l’EB118 (notez les plaques françaises, pour marquer la rupture avec Bugatti Spa.)
La parenté stylistique entre l’EB112 et EB118 est troublante. Ital Design poussera plus loin le mimétisme avec cette EB218 quelques mois plus tard.
Néanmoins, Bugatti s’orientera ensuite dans une toute autre direction avec une troisième prototype, la Chiron, qui annonçait déjà la Veyron…
Il y eu ensuite un autre projet de berline, mais il fit long feu et aujourd’hui, plus que jamais, l’avenir de Bugatti semble incertain.


























12 commentaires »
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1
Très belle voiture!!! Une grande émotion lorsque j’ai eu la chance de la croiser… Un intérieur en alu bouchonné absolument somptueux… Dommage…
12 avril 2007 à 23:482
“lune de ces voitures majuscules pour lesquels seuls les superlatifs peuvent la décrire”
le pluriel de “pour lesquels” me gêne, associé au singulier de “la décrire”.
Une tournure plus simple du style “que seuls les superlatifs peuvent décrire” eu été tout aussi efficace, et moins ambigüe quant à la justesse du français employé.
Aussi pourquoi descendre Ferdinand Piech sur une histoire de roi Midas ?
12 avril 2007 à 23:58Je verrai bien une allusion au roi Midas pour un fabriquant de pneu, en référence à l’enseigne qui offre un service dans les pneumatiques, mais là…
3
L’histoire du roi Midas était une légende de la Grèce antique. Tout ce qu’il touchait se changeait en or. Et vers le milieu des années 90, Piech n’était pas loin d’être persuadé que lui aussi, pouvait tout changer en or (cf. le brève rencontre sur la Volkswagen W12)
13 avril 2007 à 0:044
L’avenir de Bugatti est déjà tracé. Le nouveau modèle qui suivra la Veyron sera dévoilé cet été…….
13 avril 2007 à 7:33Aucun doute sur l’avenir de la marque, uniquement sur le projet qui va suivre…
On enterre bien vite !
5
J’ai eu l’occasion de voir ces superbes voitures ainsi que l’ensemble des prototypes Bugatti (surtout la Chiron) au musée Schlumpf l’été dernier.
De retour dans ce musée en début de semaine, en laissant trainer un peu mon regard, j’ai pu faire une photo de deux des ces EB 112 plutôt insolite … mais je ne sait pas comment vous la joindre !
13 avril 2007 à 8:006
L’histoire modenese de Bugatti est trouble mais la réduire à de telles accusations manque de sérieux.
13 avril 2007 à 8:377
C’est curieux, je me souviens avoir ete ebloui par l’esthetique de la EB112 a l’epoque. Aujourd’hui je revois les photos et elle me parait bcp moins attrayante, un peu desequilibree meme (surtout de profil).
13 avril 2007 à 8:598
Tiens, on dirait un peu la Porsche Panamera !!
13 avril 2007 à 10:289
Amusant, la Bugatti 101 Exner semble avoir servi d’inspiratrice pour la voiture maudite du film « The Car » (1977). Un coupé venu de l’enfer et qui écrabouille tout le monde sur la route.
13 avril 2007 à 14:1710
“Lhistoire du roi Midas était une légende de la Grèce antique. Tout ce quil touchait se changeait en or.”
Merci pour l’info.
Mais; je serais encore plus comblé si on ne me prenait pas pour un demeuré.
“Et vers le milieu des années 90, Piech nétait pas loin dêtre persuadé que lui aussi, pouvait tout changer en or”
C’était sous-entendre cela que je trouvais un peu gros.
14 avril 2007 à 12:22Pages : [1] 2 » Voir tous les commentaires
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