Brève rencontre: Fiat 8V
Dans les index de la plupart des livres sur l’automobile, “Ferrari” est immédiatement suivi par “Fiat“. Hasard ou coïncidence, la plus prestigieuse des marques italienne et la plus modeste sont voisines dans le classement alphabétique.
Tout cela pour dire qu’à une ligne près, la 8V aurait pu être un succès. Hélas, ce ne fut pas le cas et les acheteurs potentiels s’éloignèrent de cette voiture aux origines trop populaires.
Pour commencer, il faut prononcer son nom “ottovou” (et non pas “huitvé”.) Ses origines sont un peu confuses.
A la fin des années 40, Fiat est persuadé qu’il peut vendre des milliers de voitures aux Etats-Unis. Fiat songe à une grande berline et Dante Giacosa, un de ces “sorciers” Italiens, crée un V8 2 litres à partir de deux 4 cylindres. Un moteur à la fois compact et “facile” à industrialiser. Installé sur un châssis 1400 “à l’américaine” (donc rallongé), il s’avéra néanmoins trop juste.
Ensuite, comment en est t’on arrivé à la 8V?
Est-ce que Giacosa, frustré de travailler sur des “popus”, dessina un coupé autour du V8 et persuada Fiat de le produire?
Ou bien est-ce que la maison de Turin, rassasié de victoires en catégorie 1100, décida de construire une voiture pour se battre en 2 litres?
En tout cas, Giacosa reçoit un feu vert pour sa berlinette. Le V8 ne donnait que 90ch (contre 60ch pour le V8 2,2l d’une Ford Vedette contemporaine.) Giacosa y ajoute deux Weber double-corps et on passe à 115ch (d’autres en tireront jusqu’à 127ch, soit à peine moins qu’un V12 de Maranello) et au démarrage, il ronronne comme un big-block de Corvette!
Pour la carrosserie, c’est Fabio Luigi Rapi, qui s’en occupe, avec l’aide de la soufflerie de l’école Polytechnique de Turin. Pour les trains roulants, elle reprend l’arrière de la 1100 (à roues arrières indépendantes) et l’avant du tout-terrain Campagnola (à roues avant indépendantes), du coup, cela en fait la première Fiat à 4 roues indépendantes.
Les points noirs? Un châssis trop lourd. Fiat a voulu faire du rigide, mais il a sacrifié le passage sur la balance. Du coup, la tenue de route est hasardeuse et les quatre tambours rendent facilement les armes.
Néanmoins, Carlo Salamono, l’intrépide pilote d’essai de la marque (à côté de lui, Jarier possède un pied droit en plumes) atteignait 207km/h sur une autoroute entre Milan et Turin. Une fois, il le fit en compagnie de Jean Bernardet de l’Auto-Journal, qui est en ressorti avec quelques litres de sueur en moins…
La 8V sera produite trois années, à partir du salon de Genève 1952, jusqu’en 1954. Il y en aura deux séries (la seconde se reconnaît à sa carrosserie en fibre de verre et surtout ses doubles phares.) Elle décrochera les titres 1952, 1954, 1955, 1957 et 1959 de championne d’Italie en 2 litres. Ghia, Michelotti et Pininfarina lui créerent de très belles carrosseries. Mais seuls 114 voitures trouvèrent preneur (dont 32 “acier” de la première série.) La faute au logo Fiat au bout du fin capot. Franco Cornacchia, ex-agent Ferrari, racheta les 20 dernières 8V, invendues et les fit recarrosser par Zagato.
Enfin, il faut mentionner les Siata. Giorgio Ambrosini et sa Societa Italialiana Appilcazioni Tecniche Autoaviatorie a construit de nombreuses voitures sportives sur base Fiat dans les années 50-60.
Dés 1953, il installe le V8 2 litres, poussé à 122ch, dans un châssis tubulaire. C’est la Siata 208S, dont une cinquantaine (+-10%) d’exemplaires furent produits.


























8 commentaires »
1
une hisstoire maginifique et bien racontée. Est-ce que l’on peut voir des 8V dans nos miusées ?
25 février 2007 à 8:222
Le V8 n’est pas la simple jonction de 2 4 cylindres mais bel et bien un moteur entièrement spécifique, à l’angle original de 70°.
A l’origine FIAT voulait un V6 mais Giacosa les a convaincu que le V8 était meilleur.
L’équipe de Giacosa avait de même mené une bonne partie de l’étude du coupé sport en secret et a suggéré l’idée à FIAT lorsque le proto de grosse berline s’est révélé un échec.
En pus des 20 Zagato dont tu parles (25 en fait) il y en a eu 5 autres(ou 6 selon les sources), réalisées préalablement, et dont seule la partie centrale de la carrosserie était modifiée, les ailes restant d’origine. Elles portent la dénomination “Elaborata Zagato”.
Celle de la première photo est simplement fabuleuse : c’est l’une des 8 “supersonic” de Ghia. (chassis n° #106 000039 elle a fait 380 000 lors de la vente du Geneva Classic en octobre 2006).
Ghia avait également donné ce dessin à 3 Jaguar XK120, une Aston DB 2/4 et à une Alfa 1900.
Dernière anecdote : Pourquoi 8V et non pas V8 ?
Parce que chez Fiat on pensait que V8 était une marque déposée de Ford qui affichait ce logo sur ces autos alors on a voulu éviter les procès….
Avec le recul otto vu’ sonne tellement mieux que l’on ne peut qu’en être satisfait..
Belle idée d’article en tous cas de penser à une auto pas si connue !
25 février 2007 à 9:503
Ca c’est le talent de Joest de nous parler de voitures si attachantes et pourtant si méconnues.
25 février 2007 à 10:154
Joest, faites gaffe, si ça se trouve superstar, avec sa grosse lèche, vous fait le coup de Fontenelle !
http://vivelefeu.blog.20minutes.fr/archive/2007/02/22/merci-fog.html
Na, superstar, jrigole
Et chui comme vous, japprécié ces articles sur des voitures peu connues mais achement intéressantes.
25 février 2007 à 10:275
Ah là c’est trop fort. Je ne pensais pas voir aussi léche-cul que ça.
Mais euh, c’est pas ma faute si Joest propose autre chose, bien plus interessant qu’un sinistre corbillard d’Ingolstadt.
25 février 2007 à 12:566
Voilà une chouette rencontre, et bein documentée et complétée
je ne la connaissais pas du tout, et son prix est incroyable (pour une fiat “ratée”) mais elle est superbe, elle mérite le détour!
Et comme Christophe, je me demandes si elle est visible quelque part?
25 février 2007 à 20:187
ouais ben moi son talent je préfèrerai qu’il s’exprime sur des photos qui depassent le 128×128 pixels de mon téléphone …
27 février 2007 à 21:478
Pour tous ceux qui ne savaient pas que FIAT n’a pas toujours fait que des voitures pourries…
Comme quoi il n’est jamais trops tard pour en apprendre un peu plus sur les magnifiques petit bijoux de FIAT!!!
Merci le blogauto de faire des reportages aussi intéressant et enrichissant.
1 mars 2007 à 23:47Ajoutez un commentaire